Opinion

Concerts classiques - La poule aux oeufs d'or

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Christophe Huss
Édition du mardi 31 octobre 2006

Mots clés : haydn

Même si la Symphonie «La Poule» ne fait pas partie du cycle des Symphonies «londoniennes» de Haydn, on peut dire que Yannick Nézet-Séguin et l'Orchestre Métropolitain ont tiré, musicalement, avec Haydn, le gros lot de La Poule aux oeufs d'or. Avec le concert d'hier, le chef entamait une intégrale desdites «londoniennes», intégrale qui se prolongera sur plusieurs saisons. Et même si Yannick Nézet-Séguin fourmille d'idées, celle-ci est sans doute la meilleure de sa carrière.

D'abord parce qu'on peine encore à reconnaître que Haydn est le plus important compositeur de l'histoire de la musique, lui qui inventa le quatuor à cordes, donna toute sa maturité à la sonate pour piano, lui aussi que l'on considère -- à juste raison -- comme «le père de la symphonie», un genre qu'il couva de son génie. Ensuite, et surtout, parce qu'un travail en profondeur sur les symphonies Haydn est le moyen le plus sûr de faire progresser un orchestre. Tout le monde a oublié cela aujourd'hui, Kent Nagano en tête, que nous avions spécifiquement interrogé sur ses intentions en la matière dès notre premier entretien.

Haydn, c'est l'école de la rigueur, de la fluidité, de la cohésion, de la discipline absolue en matière de nuances et d'accentuation. Haydn, c'est également une obligation pour tous les musiciens de s'écouter les uns les autres. La fréquentation de Haydn permet ainsi de former un vrai esprit de corps musical, si le chef s'avère être le bon guide. Voilà pourquoi la Poule a révélé, dès hier, son oeuf le plus précieux, le plus grand et le plus brillant.

Yannick Nézet-Séguin est un haydnien d'instinct. Il a de ce compositeur une vision ludique, jubilatoire et juste, maîtrisant tous les accents, tous les élans, tous les équilibres. Opposant les deux pupitres de violons, surélevant les derniers rangs, le chef a trouvé la configuration orchestrale qui convient idéalement à Maisonneuve. Peut-être pourra-t-il essayer de placer la timbale derrière les altos la prochaine fois, pour lui donner un peu plus de présence. Le Métropolitain a sonné hier avec une cohésion qu'on ne lui connaissait pas, avec une poésie des timbres même, notamment de la part du bassoniste dans le Largo de la 93e Symphonie et l'introduction de la 104e. Yannick Nézet-Séguin a tout osé et tout réussi, même si, personnellement je préfère une vision plus rustaude et bourrue du Menuet de la 93e. L'ivresse des sens a gagné chef et orchestre, dans un Finale de 104e Symphonie qui s'apparentait à une transe collective.

Dans Mozart, David Jalbert fut un compagnon quasiment parfait, fluide et simple, n'ornementant pas trop la Romance. Il avait choisi, comme Sviatoslav Richter, les cadences de Beethoven, et, après un temps d'adaptation (la moitié du 1er volet), l'orchestre lui a donné un accompagnement pré-beethovénien cossu et dense.

Avant le concert, Jean-René Dufort était venu tourner une séquence de sa prochaine émission. On espère qu'au montage cela aura autant d'esprit qu'une symphonie de Haydn!

Collaborateur du Devoir


Vos réactions


Aucun commentaire ... soyez le premier !

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com