Mexique - La contestation est étouffée à Oaxaca

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Claude Lévesque
Édition du mardi 31 octobre 2006

Mots clés : police, oaxaca

La démission du gouverneur pourrait mettre un terme définitif à la crise

La place centrale d'Oaxaca, au Mexique, portait hier les marques des violences de dimanche.

Photo: Agence Reuters

La police mexicaine est intervenue dimanche et hier afin de mettre un terme à un mouvement de contestation qui paralysait depuis cinq mois la ville de Oaxaca, dans le sud du pays.

Appuyées par des véhicules blindés équipés de canons à eau et par des hélicoptères, les forces de l'ordre fédérales ont repris le contrôle du centre de cette agglomération de 600 000 habitants et de la plupart de ses quartiers. Des manifestants continuaient toutefois hier à se réunir dans certaines zones périphériques, réclamant la démission du gouverneur de l'État, un dénouement qui est maintenant souhaité par la majorité des députés et des sénateurs mexicains.

Tout a commencé le 22 mai par une grève des enseignants d'Oaxaca, dont les demandes s'étaient heurtées à une fin de non-recevoir de la part du gouvernement local.

Les enseignants, qui réclamaient des hausses de salaires et diverses mesures visant à améliorer la vie dans les écoles, ont alors commencé à occuper le centre d'Oaxaca.

Le mouvement revendicatif a été appuyé par plusieurs centaines d'organisations sociales et autochtones regroupées au sein de l'Association des peuples d'Oaxaca (APPO), dont fait partie le syndicat des enseignants.

Trois semaines plus tard, des policiers locaux ont tenté sans succès de déloger les manifestants. L'opération avait fait quatre victimes selon les médias mexicains.

De son côté, le président mexicain, Vicente Fox, s'était refusé jusqu'au week-end dernier à envoyer les troupes fédérales à Oaxaca. Il s'est ravisé après que trois personnes, dont le caméraman américain Brad Will, eurent été tuées vendredi dernier au cours d'une fusillade survenue près d'une barricade, et dont les manifestants attribuent la responsabilité à des policiers locaux en civil.

Citant ces témoins, l'organisation Reporters sans Frontières identifie les auteurs présumés des coups de feu comme étant un policier et deux fonctionnaires municipaux ainsi qu'un militant du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), au pouvoir dans l'État d'Oaxaca. L'ultime reportage de Brad Will, qui travaillait pour le réseau Indymedia, est diffusé sur le site video.google.com.

L'opération policière fédérale survient après que les enseignants eurent accepté de reprendre le travail en vertu d'un accord signé samedi. Quelque 14 000 écoles sont fermées depuis cinq mois dans l'État d'Oaxaca.

Le ministre mexicain de l'Intérieur, Carlos Abascal, a affirmé que l'intervention ne devait pas être interprétée comme un soutien au gouverneur Ruiz, que ses opposants accusent de malversations.

Les autorités mexicaines affirment également qu'elle n'a pas fait de victimes, alors que l'APPO a annoncé deux morts, une vingtaine de blessés et une cinquantaine d'arrestations.

Certains dirigeants de l'APPO ont promis hier de «résister». Plusieurs milliers de manifestants ont effectivement marché sur le centre-ville d'Oaxaca, décidés à reprendre la ville, où la police anti-émeute s'était déployée en force.

Certains citoyens, moins nombreux, ont au contraire organisé des contre-manifestations en appui à l'intervention de la police fédérale.

À Mexico, la Chambre des députés a voté massivement hier une motion réclamant la démission du gouverneur de l'État, Ulises Ruiz ou, à défaut, sa révocation, afin de favoriser un retour au calme. La mesure a reçu l'appui du parti du Parti d'action nationale (PAN, droite) du président Fox et du Parti de la révolution démocratique (PRD, gauche), mais la plupart des députés du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) auquel appartient le gouverneur Ruiz se sont abstenus. Le PRI, qui a longtemps dominé la vie politique mexicaine, est au pouvoir dans l'État de Oaxaca depuis 1920. Ulises Ruiz a été élu à son poste en décembre 2004.

Le Sénat, qui est seul habilité à démettre un gouverneur de ses fonctions, a ensuite voté «unanimement» une résolution dans le même sens, selon un communiqué relayé hier soir par l'Agence France-Presse.

«À l'unanimité, le Sénat de la République demande à Ulises Ruiz qu'il envisage d'abandonner son poste pour contribuer à l'établissement de la gouvernabilité, de l'ordre juridique et la paix» dans l'État d'Oaxaca, indique le texte, qui a donc été approuvé par les sénateurs du PRI.

L'État d'Oaxaca est situé dans le sud du Mexique. À l'élection présidentielle du 2 juillet, cette région pauvre a voté massivement pour le candidat du PRD, Andrés Manuel López Obrador, qui a été défait de justesse par le successeur de Vicente Fox à la tête du PAN, Felipe Calderón. Le perdant n'a pas encore reconnu le résultat de l'élection.

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Avec l'Agence France-Presse et Reuters


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Politique de baillônage de Fox - par Julien Lavoie
Le mardi 31 octobre 2006 23:00

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