Climat: l'alerte de Blair rattrape Harper
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Ambrose tente de faire diversion en critiquant le plan du Québec
Ottawa -- Les déclarations sans équivoque du premier ministre britannique Tony Blair et la sortie d'un rapport alarmant sur les changements climatiques, hier à Londres, ont rapidement rattrapé le gouvernement Harper, qui a dû se défendre de laisser tomber la communauté internationale dans sa lutte contre le réchauffement de la planète.Le chef du NPD, Jack Layton, a également fait monter la pression d'un cran hier en réclamant une réunion d'urgence avec Stephen Harper pour discuter d'environnement. Si cette rencontre prévue aujourd'hui tourne mal, le NPD n'écarte pas la possibilité de présenter une motion de censure dès jeudi pour faire tomber le gouvernement, même si cette éventualité n'est «pas le premier choix» des néo-démocrates.
Le gouvernement britannique a en effet annoncé son intention de prendre la tête de la communauté internationale dans la lutte contre les changements climatiques. Le premier ministre Tony Blair a même nommé un conseiller spécial pour l'aider à convaincre les autres pays de s'attaquer plus sérieusement aux gaz à effet de serre: il s'agit d'Al Gore, l'ancien vice-président américain.
«Il n'y a pas de doute que si la science dit vrai, les conséquences pour notre planète vont être littéralement désastreuses», a affirmé Tony Blair, qui a enjoint aux autres pays, notamment aux États-Unis, à la Chine et à l'Inde, de se lancer dans «une action courageuse et déterminée». «Si nous n'agissons pas maintenant, les conséquences vont être irréversibles», a dit Tony Blair. Pour appuyer sa rhétorique, le premier ministre britannique a fait appel à l'ancien économiste en chef de la Banque mondiale, Nicholas Stern. Ce dernier a rendu son rapport public hier, après plusieurs mois de travail.
Pendant près de 600 pages, il met en garde les pays riches et émergents des risques économiques énormes qu'ils courent à ne pas s'attaquer sérieusement aux changements climatiques. Selon M. Stern, il faudrait un investissement équivalant à 1 % du produit intérieur brut (PIB) mondial chaque année pour contrer les effets néfastes des gaz à effet de serre, alors qu'à l'inverse, un laisser-aller pourrait coûter, d'ici 10 ou 20 ans, pas moins de 7500 milliards de dollars. Si rien de concret n'est fait, c'est 5 à 20 % du PIB mondial qui pourrait être compromis à moyen et long terme.
«La tâche est urgente. Retarder l'action, même d'une décennie ou deux, nous entraînerait sur un territoire dangereux», a averti Nicholas Stern, se disant tout de même «optimiste», car les pays ont «le temps et l'argent pour agir». Le rapport Stern constitue une étape importante pour quantifier les répercussions économiques des changements climatiques. «Nos actions des prochaines décennies pourraient créer une perturbation majeure de l'activité économique et sociale au cours de ce siècle et du prochain, d'une ampleur semblable à celles provoquées par les guerres mondiales», a-t-il soutenu.
Réactions fortes à Ottawa
Ce constat et la prise de position ferme de Londres ont été repris par les partis d'opposition aux Communes, qui en ont profité pour accuser le gouvernement Harper de se croiser les bras avec son approche environnementale qui vise une réduction absolue des gaz à effet de serre seulement entre 2020 et 2025.
«Puisque le premier ministre ne semble pas accorder de crédibilité aux propos des environnementalistes, va-t-il en accorder à ceux du premier ministre Blair et instaurer de réelles mesures qui visent à atteindre les objectifs du protocole de Kyoto?» a lancé le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe. Le premier ministre Harper a répliqué que le rapport Stern soulignait également que le bilan du protocole de Kyoto n'est pas uniforme d'un pays à l'autre et que les résultats ne sont pas réjouissants. «Il est essentiel que nous fassions des progrès, et c'est la raison pour laquelle nous avons introduit, en cette Chambre, la Loi sur la qualité de l'air qui va réduire la pollution et les gaz à effet de serre», a affirmé Stephen Harper.
Le premier ministre a d'ailleurs accepté de rencontrer le chef du NPD, Jack Layton, pour discuter de la question des changements climatiques. En Chambre, Layton a pratiquement envoyé un ultimatum à Stephen Harper. «Est-ce que le premier ministre est prêt à rencontrer le NPD dans les 24 prochaines heures pour construire un plan qui répondra aux défis des changements climatiques et qui sera acceptable pour tous dans cette Chambre?»
Stephen Harper a accepté l'invitation et rencontrera Jack Layton aujourd'hui, selon les porte-parole des deux chefs. L'approche des deux hommes sur les changements climatiques est toutefois à l'opposé, ce qui laisse présager de bien minces résultats. Et que va-t-il se passer si la rencontre ne donne rien? Dans l'entourage de Jack Layton, on affirme que toutes les options sont sur la table, y compris les plus extrêmes. Ainsi, la journée d'opposition de jeudi, qui appartient au NPD, pourrait même devenir une occasion de faire tomber le gouvernement Harper, puisque les néo-démocrates n'écartent pas la possibilité de soumettre une motion de censure sur l'environnement.
«Ce n'est pas idéal, ce n'est pas notre premier choix, mais on n'écarte pas cette possibilité. S'il le faut, on est prêts à retourner en élections sur cette question-là», a soutenu au Devoir Karl Bélanger, le directeur adjoint des communications du NPD. Cette motion, si elle devait voir le jour, serait bien difficile à écarter pour les autres partis d'opposition qui critiquent sévèrement le gouvernement sur son approche environnementale. C'est la première fois depuis l'élection de janvier dernier que la possibilité d'un vote de censure est évoquée. «On va voir s'il est sérieux en considérant la possibilité d'un vrai changement de direction», a soutenu Jack Layton.
Ambrose critique le plan du Québec
Visiblement dans l'embarras, le gouvernement Harper a semblé vouloir détourner l'attention en attaquant le gouvernement Charest et son plan de lutte contre les changements climatiques dévoilé en juin dernier. Ce plan, unanimement salué dans la province, prévoit l'injection de 200 millions par année pour lutter contre le réchauffement de la planète. La ministre de l'Environnement, Rona Ambrose, a soutenu que le Québec avait un «bon plan», mais que le gouvernement fédéral ne pouvait «pas soutenir une telle initiative». Rappelons que Québec réclame 328 millions de dollars d'Ottawa pour financer l'autre partie de son plan, une somme refusée par les conservateurs, qui préfèrent mettre en avant leur propre approche.
Le plan du Québec ne serait pas assez sévère envers les industries, puisqu'il prévoit des ententes volontaires, a dit la ministre. «Notre gouvernement a été clair, nous n'allons pas dans cette direction», a affirmé Rona Ambrose. Le plan vert des conservateurs prévoit des mesures obligatoires de réduction des GES pour les entreprises à partir de 2020, alors que la période 2010-15 sera consacrée à une réduction de l'intensité des émissions de GES, une approche moins contraignante.
La ministre a aussi soutenu que le plan du gouvernement Charest n'en faisait pas assez dans sa lutte contre le smog. «Je l'ai dit plusieurs fois, ça ne va pas assez loin pour réduire la pollution de l'air», a ajouté la ministre à sa sortie de la période de questions. La semaine dernière, le gouvernement conservateur soutenait plutôt que l'enveloppe de 328 millions ne pouvait être versée à Québec en raison de la mésentente entre le précédent gouvernement libéral et le gouvernement Charest. C'est la première fois que la ministre Ambrose évoque une divergence d'opinion pour justifier le refus d'Ottawa.
Des déclarations qualifiées d'«assez incroyables» par Gilles Duceppe, qui soutient qu'en imposant sa volonté Ottawa prouve encore une fois qu'il ne respecte pas les champs de compétences des provinces. Selon lui, toute l'approche des conservateurs sur l'environnement montre «qu'ils ne prennent pas les changements climatiques au sérieux». Le critique libéral en matière d'environnement, John Godfrey, a quant à lui souligné la différence «évidente» de leadership entre Tony Blair et Stephen Harper.
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Avec l'Associated Press
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Plus ça change plus c'est pareil - par Jacques Genest (jagenest@videotron.ca)
Le mardi 31 octobre 2006 06:00

