Passagers indésirables: l'opposition est divisée

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Hélène Buzzetti
Édition du mardi 31 octobre 2006

Mots clés : npd

Ottawa -- La création d'une liste de passagers aériens indésirables «made in Canada» suscite des réactions mitigées sur les banquettes de l'opposition à Ottawa. Si le Bloc québécois s'y oppose, le Parti libéral y est favorable alors que le NPD se situe quelque part entre les deux.

«À première vue, je peux pas être d'accord avec ça», a commenté hier le chef bloquiste. Gilles Duceppe s'inquiète que des Canadiens se retrouvent sur cette liste. «Comment peut-on en vertu du respect de la Charte [des droits de la personne] dire que certains citoyens ont le droit de se déplacer par avion au Canada et d'autres n'ont pas le droit alors que les gens n'ont jamais été condamnés, n'ont pas fait l'objet d'accusation? Qu'il y ait des présomptions contre quelqu'un qui demande refuge au Canada, c'est une chose, mais des gens qui sont citoyens canadiens, c'est autre chose.»

Les libéraux appuient cette initiative puisqu'elle reprend en tous points la liste qu'ils préparaient eux-même lorsqu'ils étaient au pouvoir. Jean Lapierre, ex-ministre des Transports, soutient qu'une telle liste est «un mal nécessaire».

«Pour éviter l'arbitraire et les erreurs de la liste américaine, on a voulu se donner une liste beaucoup plus serrée avec une responsabilité ministérielle à l'autre bout.» Le ministre devra en effet approuver chaque inscription, s'en portant donc garant. Les fonctionnaires de Transports Canada lui auraient assuré à l'époque qu'à peine «une centaine de personnes» y figureraient.

Le NPD exprime des réserves au sujet de cette l'initiative. Le critique en matière de Transports, Peter Julian, rejette la logique du «mal nécessaire». Selon lui, le Canada ne devrait pas être obligé de se doter d'une liste parce que les Américains en imposent une.

Le NPD a une raison supplémentaire de se méfier d'une telle liste de «passagers indésirables». Son député Pat Martin s'est retrouvé sans savoir pourquoi sur la liste «no fly» américaine pendant près de deux ans. Deux ans à être systématiquement intercepté au moment de prendre sa carte d'embarquement à l'aéroport. Une quarantaine de fois il a dû attendre plus d'une demi-heure dans une petite salle que les employés téléphonent (où au juste? M. Martin sait seulement que c'était aux États-Unis) pour obtenir le droit d'embarquer dans l'avion qui assurait le lien entre Ottawa et Winnipeg, où se trouve sa circonscription.

«C'est un affront à la souveraineté canadienne, estime M. Martin. C'est une insulte que de nier le droit d'un député de prendre un avion dans son propre pays sans avoir à prouver qu'il pose un risque pour la sécurité.»

M. Martin explique qu'après un an et demi d'un tel traitement, il a obtenu un numéro sans frais aux États-Unis où on a exigé, pour reconsidérer son cas, qu'il envoie son certificat de naissance, son acte de mariage, son passeport et d'autres documents. «Je leur ai dit d'aller se faire voir! J'ai appelé aux Affaires étrangères, à Transports Canada, j'ai rencontré de hauts dirigeants d'Air Canada. Personne n'arrivait à me retirer de cette stupide liste!»

Pour cette raison, M. Martin préfère l'instauration d'une liste canadienne, mais considère que le critère pour y figurer est encore beaucoup trop vague.


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