Réduction des gaz à effet de serre - Kyoto était à portée de main, sans effort

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Louis-Gilles Francoeur
Édition du mardi 31 octobre 2006

Mots clés : ges, kyoto

La reprise économique dans certains pays, le retrait des États-Unis et l'absence de progrès dans certains États, comme le Canada, compromettent l'atteinte des objectifs

Le retrait des États-Unis du protocole de Kyoto, la reprise économique dans les pays de l'Est et l'absence de véritable progrès chez les nouveaux «hors-la-loi» de l'environnement, comme le Canada, font en sorte que l'atteinte des objectifs du pacte international devient chaque jour plus problématique, alors que le succès était à portée de main.

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) sont à la hausse dans les pays industrialisés, ce qui pourrait faire rater de peu les objectifs de Kyoto que la communauté internationale semblait pouvoir atteindre jusqu'ici sans avoir fait de grands efforts.

C'est ce qui ressort du bilan 1990-2004 publié hier par le Secrétariat de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) en pleine tempête médiatique internationale déclenchée par le rapport de Sir Nicholas Stern, en Grande-Bretagne, dont Le Devoir faisait état hier.

Dans ce bilan, le Canada apparaît au quatrième rang des pays les plus éloignés de leurs engagements parce qu'il dépassait en 2004 de 26,5 % ses émissions de 1990, les ayant fait passer de 598,9 millions de tonnes de GES à 758,1 Mt (ou mégatonnes).

Pour Matthew Bramley, de l'Institut Pembina d'Ottawa, «le Canada est devenu un pays hors la loi dans le dossier des changements climatiques, car le gouvernement Harper ne veut même pas essayer de se conformer à ses engagements». Il souhaite que le Canada soit bientôt lié par les lois internes du pays avec l'adoption éventuelle du projet de loi présenté par le député Pablo Rodriguez visant à forcer l'atteinte des objectifs de Kyoto.

Selon le bilan onusien divulgué hier, les émissions des pays industrialisés signataires de l'Annexe I du traité de Rio sur les changements climatiques se situaient en 2004 à 3,3 % sous la barre des émissions de 1990. Celles de l'Annexe B du protocole de Kyoto, soit en gros les pays de l'Annexe 1 de Rio moins les États-Unis et l'Australie, se situaient à 15,3 % sous la barre de l'année de référence 1990. À Kyoto, en 1997, 35 pays ont convenu de ramener leurs émissions moyennes pour la période 2008-2012 à 5,5 % sous la barre de 1990.

Mais la performance apparente des pays industrialisés n'est pas le résultat de leurs efforts sur le plan interne: on doit plutôt l'attribuer au fait qu'entre 1990 et 2004, l'effondrement économique des pays de l'Est soviétique, fort industrialisés à l'époque, a retranché 36,8 % au bilan de leurs émissions. Cette énorme réduction des émissions de GES dans l'ancien Bloc soviétique a fort bien masqué la hausse globale des émissions de GES de 11 % qui est survenue dans les autres pays membres de la communauté de Kyoto entre 1990 et 2004, au point de la transformer en une réduction globale de 3,3 %, soit fort près de l'objectif de - 5,5 %.

Les 35 pays industrialisés qui se sont engagés en 1997 à réduire leurs émissions avaient convenu d'un objectif global de réduction de 5,5 % alors que le groupe comptait sur d'éventuelles réductions par les États-Unis et l'Australie, lesquels ont quitté le club de Kyoto depuis. À eux seuls, les États-Unis émettent 40 % des émissions de GES des pays industrialisés.

Reprise à l'Est

Mais pour l'ONU, les signes d'encouragement se font de plus en plus rares. En effet, les «pays en transition» économique de l'ancien Bloc soviétique, à qui l'on doit l'essentiel de la réduction globale des pays industrialisés, accusent depuis l'an 2000 une augmentation de leurs émissions de GES de 4,1 %. Cette «tendance», selon le Secrétariat sur les changements climatiques, «signifie que les pays industrialisés vont devoir intensifier leurs efforts pour mettre en place et faire fonctionner des politiques musclées pour réduire véritablement leurs émissions», estimait hier le directeur de cet organisme, Yvo de Boer. Et cela est d'autant plus vrai que les États-Unis ne sont plus là pour partager leur part du fardeau international.

Cette tendance à la hausse se confirme aussi par le fait que le nombre de pays du club de Kyoto à avoir réduit leurs émissions a diminué depuis l'an 2000. Ainsi, entre 1990 et 2000, la moitié des pays de l'Annexe I de Rio, soit 23 sur 41, ont réduit leurs émissions. Or ce nombre a été réduit à 7 entre 2000 et 2004.

Des chiffres

Les variations sont énormes d'un pays à l'autre. Alors que la Lituanie réduisait ses émissions de 60,4 % par rapport à 1990, la Turquie décrochait le championnat des augmentations toutes catégories des 35 membres du club de Kyoto avec une augmentation de 72,6 %, suivie de l'Espagne avec une augmentation de 49 % et du Portugal, de 41 %. C'est alors que le Canada et la Grèce se retrouvent au quatrième rang, à égalité, avec des augmentations de 26,6 % de leurs émissions pour la même période.

Mais il n'y a pas que de petits pays comme la Lituanie qui ont réussi des réductions majeures de leurs émissions ou d'anciens pays du Bloc soviétique comme la Russie (-32 %), la Hongrie (-31,8 %), la Pologne (-31,2 %) et la République tchèque (- 25 %). L'Allemagne et la Grande-Bretagne, deux pays fortement industrialisés, ont réduit leurs émissions respectives depuis 1990 de 17 % et de 14,3 %. L'Islande, la Suède et le Danemark, qui doivent comme le Canada une facture d'énergie élevée en raison de leurs hivers rigoureux, ont néanmoins réussi à ramener leurs émissions respectivement à - 5 %, - 3,5 % et - 1,1 %, une performance nettement supérieure à celle du Canada et son dépassement de 26,6 %.

Les États-Unis, responsables de 25 % des émissions d'origine humaine chaque année et de 40 % de celles des pays industrialisés, ont pour leur part augmenté leurs émissions de 15,8 % par rapport à 1990.

Les secteurs où les réductions les plus substantielles ont été notées dans les pays industrialisés, y compris les ex-pays de l'Est soviétique, sont l'agriculture (-20 %) et les procédés industriels (-13,1 %). La plus petite baisse notée se situe du côté de la production d'énergie, soit -0,4 %, en raison des hausses importantes notées dans ce secteur du côté des transports (+23,9 %) depuis 1990.

Par contre les émissions par habitant sont passées 15,8 à 14,2 Mt, une baisse de 9,4 %, en grande partie attribuable aux anciens pays de l'Est. L'intensité des émissions a aussi été réduite globalement de 28 %, passant de 0,84 g de CO2 à 0,60 g par dollar de PIB.


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