Théâtre - Wajdi est en ville!

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Michel Bélair
Édition du mardi 31 octobre 2006

Mots clés : dramaturge

Wajdi Mouawad est en ville et, comme à l'habitude, il est partout. Il fait la une des journaux, on l'entend à la radio, on le voit à la télé, il participe à des débats: difficile de le rater. On ne s'en plaindra surtout pas: chaque fois qu'il prend la parole, Mouawad la prend vraiment et lui fait dire des choses qu'elle garde parfois, secrète et timide comme peut l'être la parole ici, enfouies sous des couches de choses innommables le plus souvent innommées...

Mais il y a aussi qu'en plus d'être dramaturge, metteur en scène, cinéaste et directeur de théâtre, Mouawad est devenu un personnage public: il «apparaît» tout à coup et on lui saute dessus. Plus que cela, on l'a accaparé: presque tout le monde dans le milieu dit Wajdi en parlant de lui; même ma fille qui ne l'a jamais vu! Comme si tout le monde le connaissait depuis toujours et avait usé les mêmes bancs d'école que lui! Vous connaissez beaucoup de gens, vous, qui disent Lorraine, Michel, Denise, Danielle, ou Raymond? Wajdi, oui. Comme si ça allait de soi, Wajdi. Comme s'il nous appartenait. Comme s'il faisait déjà partie des «trésors nationaux» comme Brassard ou Tremblay qu'on nomme toujours Brassard et Tremblay...

Wajdi donc est là. Pour Incendies, bien sûr, que l'on reprend au TNM à compter de la semaine prochaine avec la même équipe de comédiens et de techniciens dans la même mise en scène. Incendies qui est aussi à sa façon une sorte de «trésor national» transnational. Une quête des origines au bout de laquelle on trouve toutes les horreurs qui tissent encore aujourd'hui, même, la vie de millions de personnes en guerre dans des pays déchirés. Incendies qu'il faut voir absolument sous tous les prétextes! Pour l'intelligence et la bêtise qui s'affrontent sur fond de massacre tout comme pour cette façon de raconter exceptionnelle, épique, en se servant de quatre ou cinq chaises en bois et d'un escabeau qui peut se transformer en arbre centenaire sous nos yeux... Pour l'espoir aussi.

Incendies pour les flashs de mise en scène et ces images qui en surgissent, éblouissantes de sens et d'émotion: l'arrosoir automatique qui se transforme en mitrailleuse, la scène de l'autobus, l'accouchement, la visite des prisons, le procès et oui, encore, l'espoir qui pousse dans le caca le plus répugnant. En discutant avec un collègue de la rédaction, l'autre jour, nous nous sommes mis d'accord: Wajdi est le «king absolu» de la convention théâtrale. Il peut faire surgir n'importe quoi de n'importe quoi: un arbre d'un escabeau, un sniper d'un appareil photo, l'odeur du sang et du massacre à partir d'un projecteur qui éclaire une chaise ou un seau rouillé...

Un conseil toutefois: dépêchez-vous! Dépêchez-vous parce que les places vont partir très vite et que ce sera peut-être déjà le cas dans quelques jours et qu'il vaut même la peine de faire la queue s'il le faut pour vous en procurer. Bon. On vous l'aura dit.

Mais Wajdi, qui retourne ces jours-ci au Liban pour quelques semaines, ne tiendra pas l'affiche qu'au TNM: ses deux plus récents textes vont bientôt se mettre à circuler. D'abord Assoiffés, une production du Théâtre Le Clou mise en scène par Benoît Vermeulen, sera créée dans le cadre du festival Coups de théâtre. C'est un spectacle destiné de façon plus particulière aux adolescents de 14 ans et plus, mais vous pouvez oser le risque de vous y frotter; ça se passera les 18 et 19 novembre à l'Espace Libre avant de partir en tournée un peu partout au Québec.

Puis, en janvier, l'Espace Go accueillera Forêts qui a été créée en mars dernier, en France, et qui tourne encore en suscitant autant de réactions qu'Incendies (qui avait reçu un Molière, on s'en souviendra, et que Wajdi, l'homme de principes, avait refusé, mais ça c'est une autre histoire... ). Forêts qui est la troisième pièce d'un puzzle de quatre morceaux entamé avec Littoral et Incendies et qui sera suivie, on ne sait pas trop quand, de Ciels qui devrait clore ce cycle dramatique. On espère pouvoir vous en parler plus en détails avec l'auteur à ce moment-là.

D'ici là, n'oubliez pas qu'à chaque représentation d'Incendies, le TNM recueillera les dons en argent des spectateurs. Cet argent alimentera un fonds spécial qui sera par la suite distribué, probablement par l'entremise du Centre des auteurs dramatiques (CEAD), à deux auteurs libanais et à deux auteurs israéliens «pour qu'ils écrivent sur ce qui s'est passé l'été dernier».

L'idée est de Wajdi, on s'en serait douté...

***

En vrac

- Les finissants de l'École nationale de théâtre présenteront leur premier exercice public annuel du 7 au 12 novembre prochain à la salle Ludger-Duvernay du Monument-National, boulevard Saint-Laurent. Pour l'occasion, René Richard Cyr signera la mise en scène d'une sorte de collage à partir du Balcon et des Bonnes de Jean Genet; la chose s'appelle Le Boxon. C'est la troisième fois que René Richard Cyr aborde l'oeuvre de Genet et, comme le veut la tradition de l'École, tout le spectacle, en coulisse comme sur scène, est assumé par les comédiens, concepteurs de son et d'éclairage, de décor et de costumes, régisseurs, directeurs techniques et directeurs de production qui, tous, devraient contribuer à faire le théâtre de demain. Le prix des billets est fixé à 7 $ et l'on peut se les procurer à la billetterie du Monument-National.

- On signale comme ça en passant, pour nos lecteurs de Québec, l'arrivée prochaine de Cette fille-là de Joan MacLeod au Périscope dans la traduction d'Olivier Choinière et la mise en scène de Sylvain Bélanger. Du 7 au 25 novembre, la production du Théâtre du Grand Jour mettra en vedette une Sophie Cadieux éblouissante de vérité dans un spectacle dont on ne peut -- aussi bien vous le dire -- ressortir indemne. Pour les questions pratiques, on se renseigne au Périscope au 418 529-2183 ou sur le site www.theatreperiscope.qc.ca.

- On vous parlait ici, il y a quelques semaines, des célébrations diverses entourant le centième anniversaire de naissance de Samuel Beckett et de la programmation spéciale du Théâtre français du CNA à ce sujet (voir le www.nac-cna.ca/fr/theatrefrancais/beckett/index.html). Mais voici qu'en visitant quelques sites français consacrés au théâtre, j'en ai trouvé un tout neuf consacré à l'année Lagarce (www.lagarce.net). On trouvera là une liste de toutes les activités prévues -- expositions, publications, spectacles et mises en lecture -- pour souligner le 50e anniversaire de l'un des dramaturges français les plus joués. Ça donnera peut-être des idées à certains fans de Lagarce ici...

- Dans la série d'activités qu'a fait naître le concept de «work in progress», le Théâtre Petit à Petit (PàP) propose un premier laboratoire public autour de Tout est encore possible, un montage de textes de quatre auteurs différents: Marc-Antoine Cyr, Christian Lapointe, Emmanuel Schwartz et Lise Vaillancourt. Ça se déroulera le 6 novembre, à la petite salle de l'Espace Go, à 20h. Maxime Denommée, Francis Ducharme, Claude Poissant et Dominique Quesnel font partie de la distribution. Le prochain labo autour de ce texte est prévu pour mai 2007 et l'on réserve au 514 845-4890.


Vos réactions


Aucun commentaire ... soyez le premier !

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


[an error occurred while processing this directive]

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com