28e Gala de l'ADISQ - Équitable et représentatif

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Sylvain Cormier
Édition du lundi 30 octobre 2006

Mots clés : karkwa, adisq

Inattendu: le groupe [karkwa] partage le Félix de la catégorie «auteur ou compositeur de l'année» avec Pierre Lapointe.

Photo: Jacques Nadeau

Entre choix étonnants d'audace (Champion), lauréats unanimement célébrés (Ariane Moffatt, Pierre Lapointe) et gagnants populaires (Dany Bédar, Annie Blanchard), l'industrie du disque et du spectacle a rarement été aussi bien représentée dans ses diverses tendances que par le palmarès d'hier soir.

Ariane Moffatt en a gagné deux. Pierre Lapointe aussi. [karkwa], Malajube et Kaïn, un par groupe. Champion et ses G-Strings, Simple Plan, Chloé Sainte-Marie, Andrée Watters, Dany Bédar, un partout. Et la fournée 2005 de Star Académie, un itou. Jusqu'à Annie Blanchard de ladite Académie qui, en toute fin de soirée, par vote du public, a eu le sien, pour son interprétation d'Évangéline. Hier soir dans un St-Denis composé de vedettes plus ou moins artistes et d'artistes plus moins vedettes, au vu et au su de centaines de milliers de téléspectateurs de Radio-Canada, l'ADISQ distribuait plus qu'également le reste de ses Félix (soit les quatorze restants, après les 19 de «L'Autre gala de l'ADISQ» et les 27 du «gala de l'industrie», remis lundi dernier). Distribution des prix la plus représentative possible, déduisait-on.

D'où Malajube et Dany Bédar sur le même podium. D'où Star Académie et Champion sur la même planète. On aura eu beau souligner à gros traits dans les médias que cette année était l'année des groupes, et le fait est que bien des groupes se sont distingués hier, la donne est forcément plus large et le paysage de notre chanson plus vaste: le gala en témoignait. On aura eu beau rivaliser d'épithètes élogieux à propos de l'album La Forêt des mal-aimés de Pierre Lapointe, unanimité entérinée hier par l'obtention du Félix de l'«album de l'année -- populaire», ça ne faisait pas du même Pierre Lapointe le récipiendaire d'office du Félix de l'«interprète masculin de l'année». Cette babiole-là, c'est Dany Bédar qui l'a emportée. Pour la deuxième année consécutive. Comme quoi la popularité pure compte aussi.

Représentativité? On voyait tous Pierre Lapointe en tant que seule grosse carotte du potage pourtant riche de la très importante catégorie «auteur ou compositeur de l'année»: les [karkwa], Thomas Hellman, Malajube et Manu Militari conféraient certes un goût relevé à l'ensemble, mais Lapointe semblait l'ingrédient essentiel. Que nenni. Ce Félix de la création, du contenu d'abord, de la qualité intrinsèque, a été attribué à Pierre Lapointe ET à [karkwa], ex-aequo! À un auteur-compositeur-interprète ET à un groupe où l'écriture et la compositions sont partagés. Comme quoi on peut être pertinent seul et à plusieurs.

Voyez comment les récompenses ont été réparties hier. Le même [karkwa] n'a pas été élu «révélation de l'année»: ce Félix a été empoché par Malajube, un autre groupe de première force (leur deuxième, avec celui de l'«album de l'année-alternatif» remporté lundi, sans compter celui de la meilleure pochette). Mais ni Malajube, ni [karkwa] n'ont été bombardés «groupe de l'année»: cet honneur a échu à un autre groupe encore, la rassembleuse formation pop-rock Kaïn. C'est aussi un groupe, Simple Plan, qui est reparti avec le Félix de l'«artiste québécois s'étant le plus illustré hors Québec» (en plus de celui de l'«album de l'année -- anglophone», glané lundi). Représentativité plus que notable: quatre groupes rock différents, tous gagnants.

Poursuivons ce jeu du qui perd gagne et du qui gagne perd. Kaïn, fut-il groupe de l'année, n'a pas fait coup double avec le Félix de l'«album de l'année -- pop-rock». C'est Ariane Moffatt qui a été chercher le trophée: son deuxième album Le Coeur dans la tête ne vaut certes pas Aquanaute, mais Ariane est universellement aimée. À preuve, c'est elle qui succède à Marie-Élaine Thibert et Isabelle Boulay au classement très affectif de l'«interprète féminine de l'année». Le spectacle d'Ariane n'a pourtant pas eu le Félix du «spectacle de l'année -- auteur-compositeur-interprète»: belle audace ou remarquable discernement, les membres de l'ADISQ lui ont préféré le spectacle de Champion et ses G-Strings. Nous avions presque tous misé sur Charlebois, show formidable et choix évident. Il faut désormais se méfier des évidences, comprenait-on hier: tout est possible dans un gala de l'ADISQ équitable. Le meilleur et le pire.

Le meilleur? Une Chloé Sainte-Marie, dont le spectacle de poèmes chantés intitulé Parle-moi (dans la catégogie interprète) a été choisi parmi ceux, pourtant fort courus, des Sylvain Cossette, Marie-Élaine Thibert, Marie-Chantal Toupin et de la troupe de Dracula. Le pire? Une Andrée Watters, dont le deuxième album très ordinaire a été choisi parmi les autres albums plus ordinaires encore de la section «rock» (sauf Chansons d'épouvante d'Aut'Chose, digne de respect). Le meilleur? Le Félix hommage remis à Diane Dufresne: difficile d'imaginer célébration plus appropriée que cette salve de salutations (par les Gréco, Aznavour, Lama, etc.) et la sobre interprétation de la chanson Que par un choeur de valeureux chanteurs (évitant à la fois la comparaison et la surenchère). Le pire? Le Félix purement comptable remis aux diplômés de la Star Académie 2005: catégorie bêtement redondante que celle de l'«album de l'année -- meilleur vendeur», s'ajoutant à tout un tas de disques d'or et platine.

Le meilleur du gala? Notons quelques performances fortes: le numéro collectif d'intro en forme de manifeste pour la diversité musicale avec les Ariane Moffatt, Marie-jo Thério, Malajube et Pierre Lapointe (avec la chouette chorégraphie à la fin); le Tout écartillé d'un Charlebois réjouissant d'énergie rock'n'roll. Mais le vrai héros de la soirée aura été l'animateur Louis-José Houde, à qui l'on avait confié in extremis, à la suite du désistement fort médiatisé de Véronique Cloutier, la mission pas du tout évidente de battre Loft Story dans l'autre joute de la soirée, celles des cotes d'écoute, peut-être la plus importante pour l'avenir de la vitrine promotionelle qu'est le gala de l'ADISQ: l'humoriste aura été plus qu'à la hauteur du mandat.

Le gaillard a carrément rafraîchi le rôle, aussi efficace et drôle que sincère, pour ne pas dire candide. On sentait le fan vibrer (dans sa présentation de Charlebois, tout particulièrement), on mesurait son sens de l'invention (un monologue à partir des «faces de changements d'accords», un autre à partir des «remerciements de pochette», fallait y penser), on jouissait de son habilité à taquiner sans ridiculiser (tout un art), on constatait sa vitalité incroyable et contagieuse. Moi qui n'ai jamais pu l'endurer plus que trente secondes chrono, j'étais conquis. On le reverra. Qu'il gagne ou non le match de l'audimat.

Collaborateur du Devoir


Vos réactions


Aucun commentaire ... soyez le premier !

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


[an error occurred while processing this directive]

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com