Rapport accablant de la FAO - La population sous-alimentée n'a pas diminué depuis 1990

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AFP
Édition du lundi 30 octobre 2006

Mots clés : population, fao, faim

Rome -- Le nombre de personnes souffrant de la faim n'a pas diminué depuis le début des années 90, alors que «le monde est plus riche aujourd'hui qu'il ne l'était il y a dix ans», dénonce aujourd'hui la FAO dans son rapport annuel sur l'insécurité alimentaire.

Les dernières estimations, qui remontent à la période 2001-2003, font état d'un sévère constat d'échec: 854 millions de personnes se trouvaient sous le seuil des 1900 calories par jour, dont 820 millions dans les pays en développement.

En 1996, le Sommet mondial de l'alimentation à Rome avait fixé pour 2015 l'ambitieux objectif de réduire de moitié la faim dans le monde par rapport à la période 1990-92, soit un maximum de 412 millions de personnes sous-alimentées.

«Dix ans plus tard, nous sommes confrontés à une triste réalité: aucun progrès n'a été réellement accompli» vers cet objectif, souligne le directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, Jacques Diouf.

La baisse de trois millions enregistrée dans les pays en développement (de 823 à 820 millions) est si faible qu'elle «peut être assimilée à une erreur statistique», ajoute-t-il dans un préambule au rapport.

«Les tendances les plus récentes sont vraiment préoccupantes», souligne la FAO, qui note une augmentation de 26 millions des personnes sous-alimentées entre 1995-97 et 2001-03, après une baisse de 100 millions dans les années 80.

Pourtant, déplore M. Diouf, «le monde est plus riche aujourd'hui qu'il ne l'était il y a dix ans», «la nourriture plus abondante», et seule manque «la volonté politique de mobiliser ces ressources au profit des plus affamés».

Situations contrastées

Le bilan de la FAO, dont les projections pour l'avenir sont plus optimistes, avec une prévision de 582 millions de personnes sous-alimentées en 2015, masque des situations très contrastées.

Le nombre absolu et la proportion de personnes sous-alimentées a baissé en Asie et dans le Pacifique entre 1990-92 et 2001-03, mais cette baisse est d'abord due à la Chine et au Vietnam, où les zones rurales ont profité de la croissance agricole.

De même, «la plupart des pays d'Amérique du Sud ont progressé», note la FAO, mais une hausse «sensible» de la faim a été enregistrée au Venezuela et «des échecs ont été observés pour la plupart des pays d'Amérique centrale, notamment le Guatemala et Panama».

En Afrique subsaharienne, le sida, les guerres et les catastrophes naturelles ont «entravé les mesures prises pour lutter contre la faim», notamment au Burundi, en Érythrée, au Libéria, en Sierra Leone et en République démocratique du Congo. La FAO s'alarme particulièrement pour ce pays, théâtre de 1998 à 2002 d'une guerre régionale mettant aux prises sept États, où le nombre de personnes sous-alimentées a triplé entre 1990-92 et 2001-03, passant de 12 millions à 36 millions, soit 72 % de la population.

Pour modifier la situation, la FAO insiste sur la nécessité d'investissements massifs dans l'agriculture, et plus généralement dans les zones rurales, où se concentre la faim. La FAO met notamment l'accent sur le «cercle vicieux de la faim et de la pauvreté», affirmant que la faim n'est pas seulement une conséquence de la pauvreté mais également une de ses causes, car elle «nuit gravement à la santé et à la productivité des personnes».


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