En plein développement - La Chine recherche une société harmonieuse

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AFP
Édition du lundi 30 octobre 2006

Mots clés : individualisme

Wuhan -- La construction d'une «société harmonieuse», nouveau credo du gouvernement chinois, se heurte à la montée de l'individualisme et au souci immédiat des provinces d'engranger des records économiques.

«Chacun a ses problèmes, moi j'ai réussi et je peux me payer ma bouteille de cognac, l'harmonie cela se mérite.» La scène se passe dans une petite église catholique de l'ancienne concession française à Wuhan. Une église à ne pas manquer puisque reconvertie en ... «God's music bar». La jeunesse dorée y joue aux dés en s'abreuvant d'alcool fort pendant qu'un orchestre pop hurle sous la nef.

L'homme qui s'exprime a 34 ans, caricature plutôt sympathique de la nouvelle bourgeoisie d'affaires. Sa bouteille de cognac -- à 500 yuans (près de

70 $CAN) sur une carte des consommations évidemment en forme de croix -- représente un mois de salaire de bien des employés et ouvriers de Wuhan, cité industrielle de 10 millions d'habitants sur le fleuve Yangtze.

Le revenu annuel moyen à Wuhan s'est officiellement élevé à 10 850 yuans en 2005. Les bas salaires tournent autour de 200 à 300 yuans.

Certes le coût de la vie y est moins élevé qu'à Pékin et Shanghai. Mais les disparités sociales sont criantes dans cette métropole où, frénétiquement, on détruit et on construit, où les multiples centres commerciaux de luxe restent des vitrines pour l'immense majorité des habitants qui doit d'abord économiser, faute de protection sociale.

«Si vous avez de l'argent, vous pouvez vous soigner, c'est la médecine à deux vitesses», se lamente un médecin local.

Avenues interminables

Fatigués et polluants, les autobus tentent d'assurer le service public dans des avenues interminables où la compétition automobilistique est à l'image des tensions sociales, laissant de marbre les statues de Mao qui font de la résistance.

Le soir venu, la gymnastique et la danse au bord du fleuve apaisent les esprits. À la même heure, des centaines de karaokés se maquillent de lumières dégoulinantes.

Dans Voiture de luxe, le dernier film de Wang Chao, un instituteur de campagne retrouve à Wuhan sa fille dont il apprendra vite qu'elle est devenue entraîneuse dans un de ces bordels à peine déguisés.

En présentant son film à Cannes cette année, où il a été primé, le réalisateur évoquait «l'écart entre les riches et les pauvres, la distance qui sépare le peuple du bonheur, les contradictions entre le système social hérité du passé et le poids du présent».

À la mairie, on affirme évidemment travailler pour une société harmonieuse mais on défend surtout le modèle de développement qui a permis à Wuhan, comme ailleurs en Chine, de sortir une partie de la population de la pauvreté en un temps record, de créer une classe moyenne de consommateurs potentiels et un bataillon de grandes fortunes.

«Notre croissance a atteint 15,2 % sur les neuf premiers mois de l'année», indique le maire, soit un rythme nettement plus élevé que la moyenne nationale (10,7 %). Trop rapide? «Cela correspond à nos besoins», affirme Li Xiansheng pour qui l'emploi est la priorité, avec la lutte contre la pollution. D'ailleurs, la ville est plutôt verte malgré sa grisaille ambiante.

«Si nous voulons améliorer notre système d'assurance chômage, il faut de l'argent et pour cela il faut continuer le développement économique, améliorer encore les profits des entreprises», poursuit le maire, dans une interview à l'AFP durant laquelle le sujet de la corruption, détonateur d'explosions sociales pourtant reconnu par le gouvernement, sera écarté.

Le dimanche précédent, le président Hu Jintao est lui revenu sur la question, appelant une énième fois les cadres communistes de tout le pays à «faire preuve d'auto-discipline pour résister au matérialisme, à l'hédonisme et à l'individualisme».


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