Opinion

Théâtre - La carpette aux maléfices

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Alexandre Cadieux
Édition du lundi 30 octobre 2006

Mots clés :

Bagarres, poursuites haletantes, sortilèges mortels, explosions, meurtres, fornication monstrueuse... décidément, le nouveau spectacle fantastique du Théâtre Sans Fil ne s'adresse ni aux coeurs sensibles ni aux enfants. Le plus récent opus de la compagnie, Le Royaume des Devins, marque le retour à la scène de cette institution théâtrale de renommée internationale qui fête cette année son 35e anniversaire. Les créateurs du Hobbit et de La Couronne du Destin s'aventurent ici dans l'univers assez sombre de Clive Barker pour un spectacle où l'abondance des effets sonores et visuels prend parfois le pas sur les marionnettes, véritables vedettes de cette production.

André Viens, cofondateur et metteur en scène du Théâtre Sans Fil, signe ici l'adaptation du roman de Barker, romancier britannique spécialisé dans l'effroi. Ce récit particulièrement touffu nous entraîne sur les pas de Cal, jeune employé d'une compagnie d'assurances qui, en pourchassant un pigeon, entre en contact avec un tapis merveilleux. Tissée à même les beautés de la Terre, la carpette contient en fait un monde à part entière, repaire des Devins chassés de notre dimension par l'intolérance des hommes. Cal se heurte bientôt à d'effrayants personnages qui, menés par la sorcière Immacolata, semblent prêts à tout pour récupérer le précieux artefact.

Si on se retrouve parfois perdu devant l'abondance d'informations et si les motivations des personnages ne nous apparaissent pas très clairement dans ce premier épisode, on tombe sous le charme des magnifiques créatures sortant de l'atelier du Théâtre Sans Fil. Le Royaume des Devins nous propose une galerie de marionnettes toutes plus impressionnantes les unes que les autres, de la gracieuse prêtresse Immacolata au rigolo bébé Nemrod, en passant par cet Ange de la mort, créature maléfique et terrifiante. Des manipulateurs presque invisibles donnent vie à ces personnages féeriques avec beaucoup de précision. Paradoxalement, c'est grâce à de toutes petites actions, comme une bouffée de cigarette ou les sanglots silencieux d'un vieillard, que les marionnettistes arrivent le mieux à nous faire croire à l'existence de ce monde parallèle, tellement les créatures qui le peuplent nous apparaissent alors comme étrangement humaines.

Ce spectacle soulève ainsi la délicate question des difficultés du fantastique au théâtre. Au Royaume des Devins, l'ébouriffant tourbillon formé par les nombreuses projections, les effets de fumée et la bande-son occupent constamment l'attention du spectateur, l'empêchant ainsi parfois de profiter du raffinement des marionnettes et de la dextérité avec laquelle elles sont manipulées. Gageons que les artisans du Théâtre Sans Fil, avec l'expérience et le savoir-faire que nous leur connaissons, sauront trouver pour ce spectacle, qui en est à sa première rencontre avec le public, le délicate équilibre entre les possibilités de la technique et la grâce et le dépouillement nécessaires pour laisser «respirer» ces créatures si aptes par elles-mêmes à évoquer toute une série de mondes fantastiques.

Collaborateur du Devoir


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