Portrait - Dans l'univers de l'infiniment petit
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Raymor se démarque en nanotechnologies

Photo: Pedro Ruiz
Les C-SWNT peuvent être jusqu'à 100 fois plus résistants que l'acier, selon un rapport de poids de 1/6, ce qui en fait donc des matériaux légers très résistants et utilisables dans une gamme très vaste de produits. Par exemple, le président George W. Bush se balade sur un vélo qui pèse moins de 13 livres, mais qui a coûté 8500 $. Les C-SWNT ont des propriétés électriques étonnantes; ils sont jusqu'à mille fois plus efficaces que le cuivre pour la conductivité électrique et jusqu'à dix fois plus efficaces pour le transfert de chaleur. Ils ont aussi une capacité considérable de protection contre la corrosion. En somme, il y a des applications possibles dans plusieurs domaines, dont l'aérospatiale, la défense, les appareils médicaux, l'électronique, les télécommunications, l'automobile et de multiples produits de consommation courante, tels que les textiles, la peinture, la filtration d'eau, les écrans plats, etc.
L'origine de Raymor remonte à Calgary en 1980, avec des activités dans les gaz miniers. Stéphane Robert n'arrive dans cette entreprise qu'en 1996, en tant qu'investisseur; il en devient le président l'année suivante. Diplômé en géophysique de l'Université Laval, M. Robert a d'abord travaillé au Canada et en Afrique de l'Ouest et s'est rapidement spécialisé dans le financement et l'acquisition de propriétés minières et de projets technologiques industriels. Il est venu chez Raymor avec l'intention précise d'aller vers les matériaux avancés, d'abord les poudres et les revêtements métalliques, puis éventuellement vers les matériaux très avancés que sont les nanotubes de carbone. Bref, des produits de haute valeur ajoutée pour des clientèles industrielles majeures. En 1999, il signait une entente avec l'université McGill afin de développer et d'acquérir une nouvelle méthode de production et de recyclage du lithium; mais la situation du métal lithium changeait radicalement en 2000 et M. Robert s'est alors tourné vers la tendance grandissante des nanotechnologies, ce qui allait conduire aux ententes actuelles concernant les nanotubes de carbone monoparois, les revêtements par protection thermique, les poudres métalliques sphériques et le formage à finition immédiate.
Aujourd'hui, Raymor détient une vingtaine de brevets, dont celui obtenu au début de 2006 comportant des droits exclusifs mondiaux d'une licence pour la commercialisation de la technologie dont le coeur est une torche au plasma générant des températures de 8000 à 10 000 degrés. Le procédé retenu utilise le méthane comme source de carbone, qui est transformé en nanotubes de carbone et d'hydrogène, un sous-produit qui pourrait être vendu ou réutilisé dans l'usine.
Raymor annonçait en février l'installation d'une première unité à grande capacité de production de C-SWNT pour atteindre 10 000 grammes par jour avant la fin de l'année. Le C-SWNT, qui entre dans la confection du vélo de M. Bush, a coûté entre 350 et 500 $ le gramme. C'est évidemment un prix excessif pour une production de masse. M. Robert pense, grâce à sa technologie, pouvoir ramener ce prix entre 20 et 30 $, et peut-être même à 10 $ dans cinq ans. Il mise sur une plus grande capacité de production pour y arriver. À un tel prix et avec une production de 10 kg par jour, on arrive, dit-il, à une production de 3,6 tonnes par année, et une seule tonne rapportera alors 72 millions. Les études de marché montrent qu'il y a un potentiel pour des ventes de deux milliards d'ici 2020.
Depuis son arrivée chez Raymor en 1996, M. Robert a réussi à injecter 25 millions pour amener l'entreprise au point où elle en est maintenant, et cela grâce à des placements privés, dont 20 millions obtenus depuis deux ans. Parmi les projets à venir, il y a celui d'installer une usine aux États-Unis, ce qui requerra des capitaux additionnels de 50 millions. En novembre 2004, Raymor a signé une entente de coparticipation avec PyroGenesis, une autre société montréalaise, ayant pour résultat la création d'une filiale industrielle appartenant totalement à Raymor, en vue de produire des poudres métalliques sphériques, surtout utilisées dans les applications biomédicales; les profits de cette filiale sont remis aux deux partenaires. PyroGenesis avait depuis 14 ans investi 10 millions pour développer ses produits avancés et obtenir 20 brevets. Raymor a par ailleurs fait l'acquisition de technologies de l'INRS, à qui il devra payer des redevances pendant 20 ans.
Désormais, Raymor est en phase de commercialisation. Il y a quelques semaines, il annonçait l'installation d'une seconde unité d'atomisation au plasma pour la production de poudres métalliques sphériques. Cette division a déjà une douzaine de clients annoncés. Installé dans un vieux quartier industriel de Montréal, Raymor est présentement en train d'emménager dans un nouvel immeuble plus grand à Boisbriand. La liste des clients de Raymor comprend des noms prestigieux. Une commande de C-SWNT est venue de EADS Composites Atlantic, filiale du groupe du même nom et dont font partie Airbus, Eurocopter, etc. Boeing n'est pas en reste, avec une commande de poudre de titane, selon le procédé d'atomisation au plasma développé dans les années 1990 dans les laboratoires d'Hydro-Québec à Shawinigan en collaboration avec Noranda. Siemens a fait appel à Raymor pour des revêtements par projection thermique sur les composantes de turbines utilisées à la production d'énergie. Le ministère canadien de la Défense fait également partie de la liste des clients.
Raymor n'en demeure pas moins pour l'instant une PME en démarrage, avec une soixantaine d'employés, certains détenteurs d'un Ph. D., d'autres, ingénieurs, spécialistes en chimie, en métallurgie et en nanotechnologie. Après huit ans d'efforts, l'entreprise a dégagé des revenus de 500 000 $ en 2005. «Ce sera plus cette année, mais les revenus vont augmenter de façon significative en 2007», prévoit M. Robert, qui mise considérablement sur le marché américain, où, selon lui, on est très conscient de l'importance des nanotechnologies pour l'avenir. Des firmes comme IBM, Dupont et plusieurs autres y travaillent depuis 10 ou 15 ans et sont en attente de quantité et de prix ou, en d'autres mots, qu'on passe du laboratoire à la production industrielle. C'est sur ce terrain que Raymor arrive dans le peloton de tête et compte répondre aux attentes de ses clients et de ses investisseurs.
M. Robert déplore que sa compagnie soit sous-évaluée au Canada parce que, soutient-il, on ne pense ici qu'aux bénéfices et aux revenus, alors qu'aux États-Unis on prend en considération la valeur de la technologie. Selon les critères d'évaluation américains, Raymor aurait à son avis une capitalisation boursière de l'ordre de 120 millions. Si les choses continuent de bien aller, Raymor sera inscrite au Nasdaq en 2007 et après, on construira l'usine aux États-Unis.
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haute technologie - par pierre michaud
Le lundi 06 novembre 2006 17:00

