Opinion
De Visu - Tintin au musée
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Le monde d'Hergé en toile de fond pour présenter des trésors précolombiens
Le plus célèbre des jeunes reporters vient tout juste de débarquer à Québec. Arrivé directement de Bruxelles, il s'installe au Musée de la civilisation pour présenter les souvenirs de ses aventures au pays des Incas.Et cet hommage est superbement bien rendu. Par une habile superposition de la trame narrative des aventures de Tintin et des collections des MRAH, on découvre un monde fascinant rempli de mystère et d'exotisme. Plongés dans l'oeuvre d'Hergé, les visiteurs rencontrent Tintin et ses amis au moment où les premières boules de cristal sont lancées contre les savants de l'expédition Sanders-Hardmuth. Dès les premiers pas, on se retrouve dans la bibliothèque du professeur Bergamotte pour y rencontrer la terrifiante momie qui a inspiré le personnage de Rascar Capac.
Herget trompe Hergé
L'exposition revient sur les grands moments dramatiques du récit d'Hergé. En suivant Tintin, Milou et Haddock, on découvre plus de 250 objets rituels et usuels des collections précolombiennes des MRAH. «Lorsqu'on pense au voyage de Tintin au Pérou, commente Sergio Purini, on pense pratiquement exclusivement aux Incas. Cette idée est extrêmement réductrice parce que les Incas ne représentent que la dernière grande civilisation installée au Pérou et qu'elle ne dure même pas un siècle. Alors que, derrière elle, il y a déjà 3000 ans d'histoire façonnée par de grandes civilisations.» C'est ainsi que l'exposition prend grand soin de remettre les éléments présentés dans leur contexte historique. «Il n'y a aucune intention de critiquer l'oeuvre d'Hergé. Son oeuvre en est une d'imagination. Mais on trouvait que le récit de fiction permettait de donner un souffle fascinant au discours plus scientifique.»
L'association de l'oeuvre d'Hergé aux MRAH était pratiquement inévitable. «Il faut savoir qu'à l'époque où Hergé dessine Le Temple du Soleil, il habite tout près d'un des Musées royaux, raconte Dominique Maricq, archiviste de la Fondation Hergé. Hergé a très peu voyagé et il n'est jamais allé au Pérou. Il trouve donc l'inspiration pour son album dans les salles du musée.» Bien avant l'invention du photocopieur, il envoie son assistant Edgar Jacobs, qui deviendra plus tard célèbre avec la série Blake et Mortimer, faire des croquis dans les livres de la bibliothèque des MRAH. C'est ainsi que le créateur découvre les paysages andins et les lieux mythiques qui deviendront plus tard les décors du Temple du Soleil.
«Comme on le sait, Hergé a commis quelques erreurs géographiques et chronologiques dans son récit, rappelle Sergio Purini. Mais ces erreurs sont en partie imputables aux sources documentaires qu'il consulte.» En effet, le créateur s'inspire notamment d'un numéro du National Geographic publié en 1938 et qui traite de la civilisation des Incas. «Par un hasard extraordinaire, le dessinateur qui propose une représentation d'une scène de la vie précolombienne se nomme Herget, avec un «T» à la fin. Le Herget américain s'emmêle dans ses reconstitutions. Il fait une soupe invraisemblable des époques, des périodes et des lieux. Hergé est donc trompé par son homonyme. On va justement retrouver ces mêmes anachronismes dans l'oeuvre du Belge.»
L'exposition Au Pérou avec Tintin, par son approche à la fois ludique et didactique, est dans la droite ligne de l'esprit qui animait Hergé. «Avant d'être publié en album cartonné par Casterman, il faut savoir que Le Temple du Soleil est paru en feuilletons dans le Journal Tintin», explique Dominique Maricq, qui vient tout juste de publier un livre retraçant l'histoire du fameux Journal. «Il y avait une sorte de charte morale au Journal Tintin. Ça se voulait un journal amusant, mais avec une prétention pédagogique. Dans le cas du Temple du Soleil, Hergé tenait à apprendre des choses à ses lecteurs. Il y a eu beaucoup d'erreurs de faits, évidemment, mais il y avait tout de même une volonté didactique. De même, cette exposition permet de s'amuser et d'apprendre des choses fascinantes sur la vie précolombienne et sur le contexte de création de l'oeuvre d'Hergé.»
Collaborateur du Devoir
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