Chaires de recherche du Canada - L'Université de Montréal fait marche arrière
Mots clés : chaire, recherches
« Le programme est en cours de "bonification" et cela se fait de manière collégiale »
L'Université de Montréal (UdeM) semble reculer au vu de la mobilisation du corps professoral contre le projet controversé de politique des chaires révélé à la fin du mois de septembre.L'institution visait ainsi à augmenter le corps professoral d'une quarantaine de chercheurs d'ici trois ans afin de rétablir le ratio professeurs-étudiants à un niveau acceptable. Bien que la stratégie de l'UdeM soit compréhensible aux yeux de plusieurs -- particulièrement dans un contexte où un déficit de près de 20 millions de dollars freine le recrutement de nouveaux professeurs --, la manoeuvre unilatérale avait provoqué l'ire des détenteurs de chaires.
Le projet est désormais discuté au sein d'un groupe de travail réunissant les détenteurs des CRC, les doyens des facultés et la responsable du dossier, la vice-rectrice principale et aux affaires académiques, Maryse Rinfret-Raynor.
L'initiative de l'université s'inscrit dans la foulée de la première vague de reconduction des chaires juniors créées par Ottawa en 2000. Onze d'entre elles viendront à terme cette année à l'UdeM. Leurs titulaires ont droit à un financement de 100 000 $ par année pendant cinq ans. Le gouvernement donne d'autre part 200 000 $ par année aux chercheurs seniors pendant sept ans. Ce deuxième type de chaire est renouvelable indéfiniment, alors que le premier ne peut être reconduit qu'une seule fois.
Compromis
Lors de l'assemblée universitaire du 16 octobre dernier, Maryse Rinfret-Raynor a tenté de calmer le jeu. Selon le compte-rendu du Syndicat général des professeurs de l'UdeM (SGPUM), elle y a «décrit les chaires comme "un levier stratégique important pour la planification du corps professoral"», mais a soutenu qu'«il est hors de question d'exercer quelque coercition que ce soit: le programme est en cours de "bonification" et cela se fait de manière collégiale, c'est-à-dire avec les facultés».
La vice-rectrice a en effet déclaré que l'université s'engageait à procéder au renouvellement des onze chaires auprès du secrétariat du Programme des chaires de recherche du Canada. Elle a également souligné, à titre informatif, que la création des chaires maison ne se réaliserait que si un nombre suffisant de chercheurs voulaient s'y intégrer.
Bien que l'assemblée n'ait pas statué sur ces détails du projet de politique, l'un de ses membres, Denis Monière, estime que les détenteurs de chaires y ont obtenu un gain important. «Contrairement au plan initial, l'université offre maintenant la liberté de choix», affirme ce professeur de science politique. Claude Lessard, titulaire de la chaire de recherche du Canada sur le personnel et les métiers de l'éducation, voit également d'un bon oeil ce rebondissement, mais affiche tout de même quelques réserves. «Le rapport de confiance a été ébranlé. Même si les titulaires obtiennent leur renouvellement, il est toujours possible que l'université fasse une contre-proposition [de chaires maison].»
Le sujet demeure donc épineux, à tel point que le vice-
rectorat à la recherche et le
SGPUM ont refusé d'émettre tout commentaire pour le moment. Les négociations se poursuivent actuellement avec les titulaires et les doyens, qui s'interrogent sur les tenants et les aboutissants de la stratégie de l'UdeM. «On nage en pleine confusion!, s'exclame Denis Monière. Les conséquences financières sont très nébuleuses. Plusieurs questions sont toujours sans réponses. Quel sera le budget des chaires de l'UdeM? Seront-elles réservées aux détenteurs des CRC? Les professeurs n'ayant pas de chaire pourront-ils aussi
y accéder?»
Possible exode des cerveaux
L'instauration des CRC avait pour objectif de faire du Canada un pôle d'attraction pour les chercheurs de réputation internationale. Nombre d'entre eux ont planifié leur vie professionnelle et familiale en fonction de la durée de la chaire qu'on leur offrait.
«Aucun titulaire ne considère qu'il a un droit acquis sur sa chaire, mais une telle annonce peut modifier des plans de carrière», remarque Claude Lessard.
À l'UdeM, l'heure est aux remises en question. Malgré le dialogue ouvert par l'université, certains professeurs envisagent d'aller voir si l'herbe est plus verte chez le voisin. «Ils doutent de la crédibilité de l'université en matière de financement de la recherche», croit Denis Monière.
Pierre Jolicoeur a quitté un poste prestigieux à l'Université de Waterloo, en Ontario, pour accepter la chaire de recherche du Canada en sciences cognitives expérimentales.
«Il n'était pas clairement écrit dans mon contrat d'embauche que la chaire serait renouvelée, mais c'était sous-entendu que cela se ferait si les performances étaient satisfaisantes», témoigne-t-il. À la rentrée scolaire, il n'avait aucune intention de quitter l'UdeM. Et aujourd'hui? «Ce n'est plus pareil...», laisse-t-il tomber.
Collaboratrice du Devoir
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