Au coeur de la ville

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Normand Thériault
Édition du samedi 28 et du dimanche 29 octobre 2006

Mots clés : intervenant, recherche, maire

Photo: Jacques Grenier

La recherche universitaire a une nouvelle orientation. Les universités sont devenues des intervenants de choix dans la ville, tout comme dans le paysage économique québécois.

L'actuel maire de Montréal, au temps où il était ministre québécois, avait lancé au Québec un concept mis au point par un économiste de l'université Harvard: pour Gérald Tremblay, les «grappes industrielles» non seulement permettaient d'établir une planification du développement, mais assuraient aussi une réussite de l'entreprise.

À sa manière, l'actuelle université québécoise reprend l'idée pour organiser son secteur de la recherche: «Il faut toujours qu'il y ait une continuité depuis le concept théorique jusqu'au transfert, déclare ainsi le nouveau vice-recteur à la recherche de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), Michel Jébrak. L'idée, c'est d'avoir une chaîne de l'innovation qui part de la recherche fondamentale et va jusqu'à la recherche appliquée.»

Acteurs civils

Les universités québécoises sont devenues des personnes morales et physiques imposantes dans la société québécoise. Ainsi, le développement du centre-ville montréalais se raconte en énumérant les nouveaux pavillons érigés au cours des dernières années. Si les promoteurs privés ont déposé le projet d'une nouvelle tour à bureaux à Montréal (la première depuis des lustres), on ne trouve toutefois, pour faire pendant aux nouveaux condos qui poussent dans le paysage, que des constructions universitaires.

L'UQAM a ainsi eu à peine le temps d'inaugurer son Complexe des sciences (un lieu de toute beauté dont le pavillon de la Téluq en fait encore sursauter plus d'un) qu'elle déplace les pelleteuses sur le site de l'îlot Voyageur. Le secteur ouest de la ville, à proximité de la rue Guy, est devenu le terrain de construction de Concordia et le flanc du mont Royal, vers la rue Sherbrooke, accumule des interventions signées McGill.

Quant à l'Université de Montréal (UdeM), son dernier projet déposé est réellement de nature immobilière: gérer l'aménagement de la cour de triage d'Outremont, comme pour répondre au fait déclaré qu'il ne resterait plus de place sur le flanc de la montagne après l'érection des nouveaux pavillons scientifiques, s'ajoutant à ces édifices neufs qui abritent les HEC ou Polytechnique, et aux tours qui sont autant de résidences estudiantines (dire qu'il y a 40 ans déjà qu'on inaugurait la tour des «vierges»!).

Ajoutez à cela les deux immenses ensembles que sont les centres hospitaliers universitaires, un qui transformera complètement le centre-sud et l'autre qui «remplira» la cour Glen à l'ouest, et nous pouvons dire, comme une évidence, que sans l'université, point de renouveau urbain montréalais.

Intervenants directs

Il y a présence physique réelle de l'université dans le décor urbain, il faut certes en convenir sans hésitation. Et à l'instar d'un retour d'ascenseur (à moins que ce ne soit le fait de l'application de la théorie des vases communicants), l'université s'ouvre sur la ville. Ses laboratoires, ses centres de recherche se veulent au service des collectivités.

Si on sait par exemple que l'École de technologie supérieure a reçu dans son mandat initial celui d'être un outil pour l'industrie locale (ses laboratoires et ses chaires étant des lieux désignés pour rendre concrète une intuition ou expérimenter un nouveau procédé), plus d'un sera toutefois surpris d'entendre le nouveau vice-recteur de l'UQAM déclarer que les projets de recherche étaient aussi étudiés, aux fins d'évaluation, en fonction de leur «pertinence sociale».

Fait isolé? Au contraire. Le nouveau recteur de Concordia, associé au domaine des sciences appliquées (il a quitté une école technique torontoise, Ryerson, pour accepter un poste de même nature à Montréal), tient des propos similaires pour définir l'orientation de l'autre «jeune» université montréalaise. «Le fil conducteur de nos recherches, déclare ainsi Claude Lajeunesse, c'est d'être "branché" sur les besoins de la société.»

Besoins réels

En ces temps où le réseau routier québécois suscite des craintes, au moment même où des emplois disparaissent, quand un ancien premier ministre insiste sur la nécessité de «travailler» pour «produire», l'université devrait donc faire la preuve de l'«utilité» des millions, voire des milliards, qu'elle réclame pour la recherche.

Quand McGill reçoit des subventions pour accueillir la recherche en génomique, et réaliser ainsi les rêves engendrés par cette nouvelle discipline, nul ne le conteste. Et l'institution de démontrer qu'elle fait des percées étonnantes dans la recherche sur le cancer, ce qui ne nuit en rien.

L'UdeM, avant même de savoir quels seront les nouveaux pavillons que le site Outremont accueillera, informe toutefois que des logements communautaires y seront construits simultanément à l'érection de nouvelles résidences de toute nature.

Et Polytechnique lance une chaire de recherche pour trouver des façons concrètes de remettre en état le réseau d'eau montréalais: ses partenaires sont des villes, Montréal et Laval, ainsi que le secteur privé. Il y a des PPP (ces partenariats public- privé pourtant souvent décriés) qui se font ainsi dans l'enthousiasme.

En fouillant plus (même si la chose est loin d'être tenue secrète, quand elle est en fait présentée comme une belle réalisation), on découvre que toutes les institutions se sont donné des outils -- avec bureaux, personnel et programmes -- de valorisation de la recherche. Une telle réalité, qui s'exprime en brevets, dollars et faits concrets, est le pain quotidien de cet univers de la recherche universitaire.

L'université, que plus d'un discours populiste décrivait comme «décrochée» de la réalité, se laisse donc découvrir sous un nouveau visage. Ce qu'un Béchard avait initié à Sherbrooke il y a quelques années a déteint sur tout le réseau.

Il faudra donc revoir cette image qui présente le chercheur isolé par son propos, perdu dans des rêves abscons pour la grande majorité de ses concitoyens.

Le Devoir


Vos réactions


Aucun commentaire ... soyez le premier !

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com
  Publicité - Un produit ou un service ?