Haro sur le sacro-saint communautarisme britannique
Mots clés : apartheid, voile
Considéré comme un modèle d'intégration, il est aujourd'hui accusé de favoriser l'apartheid

Photo: Agence Reuters
Interrogé le lendemain par la BBC sur le même sujet, Jack Straw récidivait, affirmant le barrage qu'impose le port de ce tissu dans une société où les expressions du visage sont essentielles à la communication. La controverse était lancée...
La voix de la communauté musulmane ne fut pas longue à se faire entendre. «Un propos discriminatoire», s'indigna la Commission islamique des Droits de l'homme. «Un commentaire trahissant un manque total de compréhension», compléta l'Organisation de protection du Hidjab. Tandis que Reefat Bravu, du Conseil britannique musulman affirmait: «Cela va causer de nombreux dégâts auprès de la communauté musulmane, une fois de plus montrée du doigt par le gouvernement. Les femmes ont le droit de porter le voile, et ces remarques constituent un nouvel exemple du dénigrement des musulmans.»
Le feu semblait couver depuis quelque temps déjà dans l'ombre de la société britannique. La preuve? Une histoire vieille d'un mois, révélée par la presse britannique au détour de la polémique. Celle d'Aishah Azmi, une assistante en langue malmenée pour avoir refusé de retirer son niqab. Depuis septembre, la jeune femme de 24 ans est suspendue de ses fonctions dans une école de Thornhill Lees dans le Dewsbury. Selon le Conseil de Kirklees, responsable de sa suspension, l'enseignement d'une langue nécessite en effet de voir les mots se former sur le visage de son professeur. La jeune femme a porté plainte contre son employeur pour discrimination et a perdu la bataille jeudi...
Ce débat intervient à un moment où les relations entre la communauté musulmane et le gouvernement de Tony Blair ne sont pas au beau fixe. Montrés du doigt après les attentats dans les transports publics londoniens le 7 juillet 2005, accusés de ne pas faire le ménage dans leurs rangs, taxés de rechigner à se fondre dans la société britannique, les musulmans vivent des heures difficiles sous le regard réprobateur des Britanniques de souche.
Mais ils ne sont pas les seuls visés. En prenant de la puissance, la polémique s'est propagée au multiculturalisme tout entier, égratignant sur son passage d'autres confessions. Ainsi, Nadia Eweida, une employée de British Airways a été suspendue pour avoir refuser de dissimuler la croix catholique qu'elle portait autour du cou. Elle envisage aujourd'hui de poursuivre son employeur pour discrimination. Mais pour la compagnie aérienne, cette position n'est pas affaire de religion. Car la règle est simple: l'uniforme de la compagnie ne souffre pas de bijoux ou d'ornements. Seule exception, le Kara pour les Sikhs, un bracelet s'acier symbolisant austérité et sobriété. Les turbans sikhs et les hijabs musulmans sont, eux aussi, tolérés. Assez pour outrer la quinquagénaire employée à l'enregistrement des bagages...
À travers ces épisodes récents, c'est le droit ancestral britannique à la liberté d'expression de sa foi qui fait aujourd'hui débat. Doit-il être appliqué partout et pour tous ou banni de certaines zones de la vie citoyenne: écoles, hôpitaux, tribunaux? En attendant de trancher, la polémique a ouvert la brèche sur l'échec possible du communautarisme, considéré pendant longtemps comme un modèle d'intégration et accusé aujourd'hui de créer un apartheid. Pour y remédier, le ministre de l'Éducation, Alan Johson, a proposé de contraindre toutes les écoles religieuses (catholiques, juives ou musulmanes) à accueillir un quart d'élèves non-croyants. Mais les représentants des différentes communautés s'opposent fermement à cette réforme.
Collaboratrice du Devoir
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