Stirling Prize 2006 - Un architecte canadien parmi les finalistes

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Catherine Szacka
Édition du lundi 23 octobre 2006

Mots clés : architecte

La Brick House est, comme son nom l'indique, entièrement faite de brique, des murs aux planchers. Une construction très minimaliste où la lumière naturelle entre principalement par des puits de lumière placés aux endroits stratégiques.

Le 14 octobre dernier, le Royal Institut of British Architecture annonçait en grande pompe, sur les ondes télévisées de Channel 4, le nom du gagnant du Stirling Prize 2006, une distinction accompagnée d'un chèque de 20 000 livres (plus de 40 000 dollars) remise chaque année à l'architecte anglais ayant conçu et réalisé l'édifice le plus significatif pour l'évolution de l'architecture britannique. Cette année, le prix a été remis à Richard Rogers pour l'aéroport Barajas de Madrid.

Une décision un peu prévisible: récompenser l'un des architectes les plus connus d'Angleterre qui, de surcroît, n'avait jamais été décoré du prestigieux prix Stirling. Or si aujourd'hui tous les projecteurs anglais sont braqués sur Rogers et sur son aéroport aux couleurs flamboyantes, au cours des dernières semaines, tous les architectes en nomination pour ce prix ont pu profiter du battage médiatique entourant la tenue du concours. L'un d'eux, Adam Caruso, est canadien et a fait ses études d'architecture à l'Université McGill.

Pour la onzième édition du Stirling Prize, un prix nommé en l'honneur de James Stirling, grand architecte britannique mort en 1992, la «short list», comprenait six édifices conçus par cinq grands bureaux anglais: le nouveau terminal de l'aéroport Barajas à Madrid par Richard Rogers Partnership, la Brick House construite dans un quartier ouest de Londres par Caruso St John Architects, l'Evelina Children's Hospital de Londres réalisé par Hopkins Architects, l'Idea Store érigé dans le quartier londonien de Whitechapel par Adjaye/Associates, l'Assemblée nationale du Pays de Galles également par Richard Rogers Partnership et le Centre des Sciences Phaeno à Wolfsburg en Allemagne de Zaha Hadid Architects. Six projets d'échelles très différentes, allant d'un aéroport international à une maison familiale en passant par un centre des sciences. Six projets dont les concepteurs sont, pour la plupart, déjà bien connus sur la scène de l'architecture britannique, voire même internationale.

Ce n'est pas la première fois que Caruso St John Architects est retenu pour le Stirling Prize. En 2000, cette entreprise avait été mise en nomination à la suite de la construction de la New Art Gallery de Walsall en Angleterre, un projet qui, dit-on, a fait connaître le travail de l'agence en Angleterre. Cette année, c'est avec un édifice beaucoup plus modeste, une maison familiale construite à Londres, en pleine ville, sur un terrain étroit et de forme irrégulière, que les architectes se font remarquer. La Brick House est, comme son nom l'indique, entièrement faite de brique, des murs aux planchers, à l'intérieur comme à l'extérieur. Une construction très minimaliste, un espace où la lumière naturelle entre principalement par des puits de lumière placés avec parcimonie, aux endroits stratégiques. La Brick House est presque invisible depuis la rue; elle a été conçue, dit Adam Caruso, en s'inspirant de l'idée du camouflage.

Dans le milieu de l'architecture londonienne, les architectes de Caruso St John sont connus pour leur simplicité. On dit d'eux qu'ils sont l'antithèse même du star-system, ils n'aiment pas les entrevues, ils sont discrets et fuient les projecteurs. Tom Dyckoff, critique d'architecture pour le Times de Londres, écrivait récemment que ces architectes travaillent lentement et intelligemment sur des projets qu'ils ont réellement choisis.

C'est après avoir terminé ses études à Montréal, vers la fin des années 1980, qu'Adam Caruso s'installe à Londres. «Il y a vingt ans, il n'y avait pas de travail à Montréal, dit-il, je suis donc venu à Londres avec un visa de deux ans.» L'architecte n'est plus jamais rentré au pays. Avec son associé, l'Anglais Peter St John, il fonde sa propre firme en 1990 et fait ses premières armes grâce à l'enseignement et au système des concours alors très populaires en Europe. «Au début, dit-il, notre bureau s'est forgé une bonne réputation en Allemagne et en Suisse, mais demeurait marginal par rapport à l'architecture anglaise.»

Pour Adam Caruso, être choisi pour le prix Stirling n'a pas tellement d'importance. On sent bien qu'aux mondanités il préfère la réflexion. Il aime se pencher sur ce qui se construit autour de lui et ailleurs dans le monde, au Canada par exemple. L'an dernier, l'architecte originaire de Montréal a été invité à faire partie du jury qui allait décerner les médailles du Gouverneur général en architecture, des distinctions qui visent à reconnaître et à célébrer la qualité exceptionnelle d'oeuvres récentes réalisées par des architectes canadiens. Ce fut, dit-il, une expérience très intéressante qui lui a permis d'observer les caractéristiques de l'architecture canadienne contemporaine. «Il y a vraiment une scène intéressante au Québec en ce moment, quelque chose qui n'existait pas lorsque j'ai quitté Montréal dans les années 1980.»

Pourtant, lorsqu'on lui demande s'il aimerait construire dans son pays d'origine, Adam Caruso semble surpris: «Nous n'avons jamais essayé de faire des projets au Canada. Je n'en ai pas vraiment l'envie ou l'intention puisque, selon moi, c'est difficile de faire de l'architecture au Canada à cause des budgets très restreints auxquels les architectes doivent s'adapter.»
Collaboration spéciale

- Caruso St John
www.carusostjohn.com/

- Stirling Prize 2006
www.architecture.com/go/Architecture/Also/Awards_2006.html


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