Fierté de l'économie québécoise il n'y a pas si longtemps - L'industrie de la chaussure est foulée aux pieds

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Éric Desrosiers
Édition du lundi 23 octobre 2006

Mots clés : concurrence, hiver

«La concurrence étrangère a frappé très dur»

Autrefois l'une des fiertés de l'économie québécoise, l'industrie de la chaussure est aujourd'hui assiégée dans ses derniers retranchements par la concurrence étrangère. Se sentant abandonnée de tous, elle se défend comme elle peut en comptant notamment sur sa connaissance intime de l'hiver.

La dernière défaite essuyée par les fabricants canadiens dans leur lutte pour que les importations asiatiques continuent d'être frappées de droits antidumping illustre bien leur degré d'épuisement.

Dans une décision rendue en avril, le Tribunal canadien du commerce extérieur n'a pas estimé bon d'examiner la possibilité de renouveler l'imposition d'un droit de 40 % sur les importations de bottes de sécurité en provenance de la Chine. La principale raison invoquée a été que les demandeurs, représentés par l'Association des manufacturiers de chaussures du Canada (AMCC), n'avaient pas produit «les renseignements sur les niveaux de la production, des ventes, des parts de marché et des profits» qui auraient prouvé les dommages allégués. «Ces statistiques avaient l'habitude d'être gratuites, explique le président de l'AMCC, George Hanna, de son petit bureau à Montréal. Il y a quelques années, Statistique Canada et Industrie Canada nous ont dit qu'on devait maintenant les payer. Mais on n'avait pas les moyens.» Le prix demandé pour ces statistiques était de 12 000 $ par année.

Dans les années 50, le secteur comptait environ 300 fabricants d'une certaine importance au Canada, selon l'AMCC. Il ne resterait plus qu'une vingtaine de fabricants aujourd'hui, les produits chinois ayant déjà conquis à eux seuls 80 % du marché canadien. Près de 40 % du total des effectifs restant se trouveraient au Québec avec 1765 emplois. On y dénombrait encore le double de travailleurs pas plus tard qu'en 2003.

«La concurrence étrangère a frappé très dur, confirme Huguette Biage-Major, conseillère industrielle au ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation (MDEIE). D'ailleurs, on ne parle plus d'industrie de la chaussure au Québec. Il faut parler maintenant d'un secteur de la botte.»

L'avenir est dans la botte

On vante de par le monde, dit-elle, l'expertise québécoise et canadienne en matière de bottes dites «de sécurité», en cuir et à bouts d'acier pour les travailleurs et les militaires, mais aussi de bottes d'hiver, pour des raisons faciles à comprendre. Ces marchés ont pour avantage de se prêter un peu moins bien que les autres à la production de masse à la chinoise.

«Même là, la concurrence asiatique nous entre dedans de plein fouet», dit Xavier Leclercq, président d'Auclair et Martineau, l'un des plus importants fabricants de bottes d'hiver au Canada. Comme dans d'autres secteurs industriels, la meilleure stratégie contre le géant chinois semble être la recherche continue de nouveaux produits, la capacité de produire de petites quantités et le raccourcissement des délais de livraison. L'entreprise de Québec a également fait le choix de miser sur le caractère 100 % québécois de ses produits.

«Les consommateurs gardent un préjugé favorable pour les bottes fabriquées ici, observe Xavier Leclerq. Je vous dirai que ce qui nous fait actuellement le plus mal, ce sont nos concurrents canadiens qui importent de la Chine des bottes semi-finies, ou même finies, et qui trouvent quand même le moyen de jouer la carte du produit local.»

Autre fabricant de bottes de la région de Québec, la compagnie Hichaud se fait, elle aussi, un point d'honneur de s'adapter vite et bien au goût des clients. Elle se concentre également dans la fabrication de bottes de motoneige dernier cri et autres produits de haut de gamme où la concurrence chinoise se fait moins sentir. On a même poussé l'audace jusqu'à se lancer récemment dans la fabrication de chaussures. «C'est une niche tellement petite que l'on n'apparaît pas sur les radars des autres compagnies, explique Andrée Laforge, directrice générale de l'entreprise de 50 employés qui joue également depuis 26 ans le rôle de centre de travail adapté destiné aux personnes handicapées. On parle de petites bottines pour les bébés. Ce sont des produits de haut de gamme qui peuvent se vendre 65 $ la paire et que vous ne trouverez pas chez Wal-Mart.»

Seuls

L'un des problèmes auxquels sont désormais confrontées les entreprises survivantes au Québec est l'effritement de leur réseau de fournisseurs locaux. Cela les oblige de plus en plus souvent à se rabattre sur des fournisseurs étrangers, ce qui allonge les délais de livraison et les force à commander en plus grande quantité que voulu.

Les membres de l'industrie avouent se sentir bien seuls par les temps qui courent. «Le nombre total d'employés du secteur a tellement baissé que les politiciens ne s'intéressent plus du tout à nous, se désole Xavier Leclercq. Une compagnie de 200 ou 300 employés peut déménager toute sa production en Chine, et vous n'entendrez personne le déplorer.»

Le gouvernement du Québec essaie quand même d'aider l'innovation et la découverte de nouveaux marchés par l'entremise des mêmes programmes que ceux qui s'adressent aux secteurs du vêtement et du textile, dit Huguette Biage-Major du MDEIE. «Comme d'autres secteurs, l'industrie doit s'adapter à la nouvelle réalité et ce sont les meilleurs qui resteront.» Plusieurs font le choix d'abandonner aux pays à faible coût de main-d'oeuvre la fabrication pour ne plus se consacrer qu'à la conception et à la vente des produits.

Les autres se battent sur le front commercial pour que les importations chinoises continuent d'être frappées de droits antidumping de 40 % à 80 %. Ces mesures de sanctions, adoptées aussi par l'Union européenne au début du mois, se justifient, dit George Hanna, par le fait que les fabricants chinois profitent de congés de taxe ou encore de locaux gratuits offerts par leurs gouvernements parce qu'ils fournissent de l'emploi aux travailleurs non qualifié du pays. «On se retrouve parfois avec des bottes [importées de Chine] qui sont vendues moins cher que le prix du cuir qui a été utilisé pour les fabriquer.»

La preuve de dumping doit toutefois être refaite tous les cinq ans pour que soient maintenues les sanctions. On sait bien, même si l'on y arrive, qu'une partie de la production chinoise n'aura qu'à transiter par un pays tiers pour contourner le dispositif de défense. Mais c'était tout de même cela de gagné jusqu'à ce que l'industrie canadienne enregistre, au cours des derniers mois, deux défaites devant les autorités commerciales canadiennes.

Levée de sanctions

Il y a eu cette décision du mois d'avril du Tribunal canadien du commerce extérieur (TCCE) sur les bottes de sécurité dont il a déjà été question. Elle avait été précédée, un an plus tôt, par la levée des droits antidumping imposés sur les bottes pour femmes qui a été justifiée par le fait qu'un faible nombre de compagnies canadiennes étaient directement exposées. «Cette décision s'est traduite par un arrêt de la production de quatre fabricants canadiens de bottes de cuir et la perte de 1500 emplois», affirme George Hanna.

Les fabricants de bottes à semelles extérieures étanches, comme la compagnie Hichaud, ont eu plus de chance. Le TCCE a décidé en décembre 2005 de maintenir ses sanctions pour cette gamme de produit. Le tribunal doit encore se prononcer, au début de l'année prochaine, sur le cas des bottes de caoutchouc.

Cette fois, George Hanna et son association devraient avoir toutes les statistiques nécessaires en main. «On vient de nous accorder une réduction de prix», révèle-t-il.

Le président de la compagnie montréalaise STC, spécialisée dans la fabrication de bottes de sécurité, ne se fait pas d'illusion. «Nous n'avons plus la taille critique pour attirer l'attention, estime Michel Bisson. Le [TCCE] met dans la balance l'intérêt des consommateurs à acheter des produits moins chers et la défense des quelques compagnies canadiennes qui restent dans le domaine. Et c'est temps-ci, elle penche souvent en faveur des consommateurs. Lorsque tu regardes cela froidement, tu te demandes ce que tu fais encore là.»


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David v/s Goliath - par René-David toupin (rdt35@sympatico.ca)
Le lundi 13 novembre 2006 09:00

Il faut réagir ! - par WENTZY LOMBARDO Wanda
Le jeudi 02 novembre 2006 12:00

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