722 millions pour sortir de la crise
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Charest prévient qu'il y aura d'autres pertes d'emplois dans l'industrie forestière

Photo: Jacques Nadeau
Il faut toutefois «éviter le piège du fatalisme», a dit M. Charest. «On est, nous, totalement convaincus que le secteur forestier va rebondir.»
Le premier ministre était accompagné de la ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Michelle Courchesne, du ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Raymond Bachand, et du ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Pierre Corbeil, qui ont participé à la conception de ce plan.
Le plan d'urgence cible les premières victimes de cette nécessaire restructuration de l'industrie forestière, rendue d'autant plus inévitable que le secteur, qui donne de l'emploi à plus de 100 000 personnes, est affligé par une crise conjoncturelle: l'effondrement du marché américain de l'immobilier et la chute consécutive des prix du bois d'oeuvre.
Compte tenu des milliers de travailleurs touchés par la crise, M. Charest s'est dit «déçu» que le gouvernement fédéral n'ait pas mis sur pied de programme d'aide pour les travailleurs âgés, comme dans le passé. Ottawa s'est contenté de concocter cette semaine un programme d'aide à la formation et au reclassement d'une valeur de 19 millions de dollars. «Ils auraient pu en faire plus», a dit le premier ministre.
Les entreprises forestières ne trouveront pas dans ce plan ce qu'elles réclamaient à grands cris: une baisse considérable -- de l'ordre de 300 millions -- de leur coût d'approvisionnement en bois.
En revanche, l'industrie ne paiera que 10 % des coûts de construction et de réfection des chemins forestiers plutôt que 60 %. Le crédit d'impôt remboursable à cette fin passe de 40 % à 90 %, une dépense fiscale de 132 millions en quatre ans pour l'État. En outre, le gouvernement prend à sa charge pour les deux prochaines années les frais de la lutte contre les incendies et les insectes ravageurs, ce qui représente un débours de 10 millions par année. C'est aussi l'État qui assumera les coûts des plants pour le reboisement des forêts décimées, une mesure évaluée à 45 millions pour les trois prochaines années.
Les dernières mesures sont «générales», ont indiqué MM. Bachand et Corbeil, puisqu'elles ne visent pas seulement l'industrie du bois d'oeuvre mais aussi celle des pâtes et papiers et le secteur récréotouristique. En ce sens, elles sont conformes à l'entente sur le bois d'oeuvre qui vient d'entrer en vigueur avec les États-Unis, assure le gouvernement. «C'est de l'intérêt du gouvernement de respecter l'esprit et la lettre de l'entente Canada-États-Unis», a dit M. Bachand.
La mise en vigueur de cette entente sur le bois d'oeuvre met d'ailleurs un baume sur les plaies de l'industrie. Ainsi, 85 entreprises québécoises se partageront 950 millions de dollars, représentant
80 % des droits compensatoires qu'elles ont versés aux Américains, selon le calcul du gouvernement.
Le soutien aux travailleurs comporte quatre volets d'une valeur de 54,8 millions répartis sur deux ans.
Doté de 31 millions, le Programme de soutien aux travaillés âgés victimes de licenciement (PSTA), destiné aux travailleurs de 55 à 59 ans, leur accordera une prestation comparable à la rente de retraite que verse la Régie des rentes du Québec, soit 844 $ par mois. On prévoit que 1080 personnes toucheront cette rente, selon le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale.
Le deuxième volet porte sur la réintégration en emploi des travailleurs âgés. L'entente Canada-Québec annoncée cette semaine prévoit à cette fin un débours de 27 millions en deux ans, dont 10 millions pour les travailleurs forestiers. Mille cinq cents travailleurs devraient avoir recours à ce programme.
Le troisième volet financera la retraite anticipée d'un travailleur à raison d'un maximum de 6000 $ par année pendant trois ans. Il s'agit d'une dépense de neuf millions de dollars pour le gouvernement, qui vise 1490 personnes.
Enfin, le gouvernement assurera aux travailleurs qui poursuivent une formation un revenu équivalent aux prestations d'assurance-emploi. Cette mesure coûtera 4,6 millions en deux ans et donnera un coup de pouce à 5220 personnes.
Pour aider les communautés affectées par les fermetures et les restructurations, le plan ajoute six millions au Fonds de soutien aux territoires en difficulté et 39 millions au Fonds de soutien aux municipalités mono-industrielles, pour un total de 45 millions en quatre ans. Le montant de l'aide apportée à ces municipalités s'élève désormais à 70 millions jusqu'en 2010.
Dans son budget déposé en mars, le gouvernement avait réservé 425 millions pour des prêts et des garanties de prêts, somme qui n'avait pas été utilisée par des entreprises déjà lourdement endettées. Le gouvernement redéploie cette somme en assouplissant les critères. Essentiellement, Investissement Québec financera désormais le fonds de roulement d'entreprises ou leur regroupement, et une enveloppe de 150 millions est destinée à cette fin. En outre, une somme de 275 millions servira à des projets d'investissement et d'acquisition d'éléments d'actif, c'est-à-dire aux fins prévues dans le dernier budget.
Finalement, le ministre Corbeil déposera un projet de loi cet automne pour modifier la Loi sur les forêts afin de permettre aux usines de couper 10 % plus de bois dans une année que ce que prévoit le contrat d'approvisionnement et d'aménagement forestier (CAAF), ce qui leur permettra de profiter des occasions qu'offre le marché. Ce volume de bois devra toutefois être déduit du volume permis l'année suivante.
Le Conseil de l'industrie forestière du Québec a accueilli positivement hier en fin de journée le plan d'aide dévoilé par Québec, mais avec une certaine retenue. «C'est un pas dans la bonne direction, mais nous sommes loin de la destination», a illustré le président-directeur général du Conseil, Guy Chevrette. Il a notamment salué la volonté du premier ministre Jean Charest de reconnaître «qu'il est indéniable qu'il y aura une restructuration et qu'il entend accompagner l'industrie forestière» dans le processus.
M. Chevrette a néanmoins déploré le fait que le gouvernement ait mis de côté l'aspect de la «réduction de la lourdeur administrative» avec laquelle les entreprises doivent composer. «Sans qu'il en coûte un sou à l'État, on pourrait obtenir un allégement fiscal important pour l'industrie forestière», a-t-il estimé.
La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), qui représente la majorité des travailleurs de la forêt, des scieries et du bois au Québec, a elle aussi salué l'initiative. «Les mesures annoncées pour venir en aide aux travailleurs touchés par des mises à pied, des fermetures temporaires ou définitives atteignent les bonnes cibles, a fait valoir son président, Henri Massé. Il s'agit de mesures qui vont dans la bonne direction pour les travailleurs âgés, pour la formation et le reclassement des jeunes, pour les familles et les régions durement touchées par la véritable saignée qu'on connaît dans le secteur de la forêt.»
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