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Normand Thériault
Édition du samedi 21 et du dimanche 22 octobre 2006

Mots clés :

Source: Ville de Montréal

Un investissement? Un placement sûr? Un refuge en ces temps troubles? Ou tout simplement un toit? En cette période d'inflation immobilière, on en arrivait à ne plus savoir si une maison n'était pas autre chose qu'un lieu d'habitation, n'importe quoi en fait (pourvu que ce «quoi» ait une connotation financière).

Les banques ont trouvé les solutions les plus ingénieuses: «Achetez-vous donc ce qui vous tente vraiment, disaient-elles, et pour vous accommoder, nous vous offrons le prêt sans remboursement de capital ou l'hypothèque à long terme.» Et cela avait pour résultat de n'être en aucune façon, pour l'une ou l'autre de ces formules, un cadeau fait au futur emprunteur.

Dans un premier cas, l'acheteur devenait presque un locataire éternel, la banque étant le propriétaire pour toujours de la résidence en échange d'un «loyer» équivalant aux intérêts du prêt. Et dans l'autre, c'était par «miettes» que s'opérait le remboursement de la dette (regardez un relevé bancaire et constatez alors quelle partie du capital vous remboursez les premières années sur une hypothèque de 60 ans!).

Escalade

Il faut dire que, devant la montée des prix dans le secteur résidentiel, il fallait devenir inventif pour permettre l'accès à la propriété. La Société canadienne d'hypothèques et de logement, la SCHL, avait beau réévaluer à la hausse la part des revenus que l'on pouvait consacrer à l'acquisition et l'entretien d'une résidence, même là, le nouvel acheteur ne pouvait plus suivre.

En fait, en 10 ans, l'escalade dans ce secteur semblait de nature plus inflationniste que découlant d'une tendance qui aurait été le reflet de la valeur réelle des propriétés. Aux États-Unis, la progression des prix durant cette période a donc été de 150 % et dans certaines zones européennes, de 300 %!

Et pour une rare fois économique, le Québec n'était pas à la traîne. Ou si peu. Ainsi, rendant compte de l'activité en ce premier semestre de l'année en cours, la Société d'habitation du Québec informait que la valeur moyenne des transactions avait atteint un sommet historique sur le territoire québécois, soit 194 216 $ par passage chez le notaire. Si le Québec n'est pas encore la Colombie-Britannique, ou l'Alberta, ou l'Ontario, en pourcentage, une telle augmentation reflète bien ici ce qui se passe ailleurs.

Selon ses besoins

Mais voilà, les économistes informent que cette poussée à la hausse serait maintenant chose du passé. Même que l'on devrait assister bientôt à une «correction» dont il serait encore difficile d'évaluer la sévérité.

Le marché boursier ayant pris de la vigueur, atteignant des sommets là aussi historiques, et les prix de l'essence étant à la baisse, on reviendrait donc au bon vieux temps, à ces jours où on achetait une maison pour l'habiter et où on définissait ses besoins d'espace en fonction des besoins réels d'utilisation. Et fini donc l'argumentaire vendeur qui voulait que trop grand soit correct, l'achat d'une maison étant à l'époque plus un placement financier qu'une aventure immobilière.

Une maison, c'est quoi alors? Un pied-à-terre urbain? Un espace familial? Un rêve défini par quatre murs? Ou un simple refuge qui isole de ce monde en transformation accélérée?

À vous de le savoir, si vous êtes toujours en quête d'un premier logement. Ou d'un deuxième si la campagne vous intéresse, ou d'un troisième si vous prévoyez un retour en ville, la famille étant élevée et le surplus de chambres commençant à peser lourd sur le compte de taxes.

Options multiples

Dans tous les cas, l'offre est toujours abondante. Pour le secteur de la résidence partagée, le condominium urbain, s'il y a ralentissement en nombre de nouvelles unités offertes, on est cependant loin de l'inactivité. Des tours s'érigent toujours à Montréal et, en périphérie comme au centre-ville, les promoteurs proposent de plus en plus de ces espaces pensés pour satisfaire les besoins des futurs retraités.

Là où il y a changement, ce serait dans la nature des prix demandés ou payés. Il y aurait stabilisation. Et ce pour des années à venir. S'il y a correction, sauf dans les cas de «folie» grave, elle serait mineure, d'une dizaine de points de pourcentage, une valeur qui se récupère, l'inflation normale aidant, en quelques années.

Bref, la maison serait devenue à nouveau une maison. Et c'est d'ailleurs ce que l'on peut attendre de cet objet de première nécessité: un peu de stabilité. D'autant plus que, dans son ensemble, le Québec demeure toujours un pays de locataires. Ne doit-on pas garder les rêves accessibles?


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