À voir à la télévision le samedi 21 octobre - Vie et mort d'un baby-boomer

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André Lavoie
Édition du samedi 21 et du dimanche 22 octobre 2006

Mots clés :

Faire mourir un personnage du Déclin de l'empire américain? L'idée de Denys Arcand était brillante, diaboliquement efficace sur le plan narratif et de surcroît, même si la chose n'est jamais garantie, particulièrement lucrative. Imaginez: une suite, 17 ans plus tard, à un des films les plus populaires du cinéma québécois, ici comme à l'étranger. Car les deux sont loin d'être compatibles...

Or Les Invasions barbares, ce n'est pas tout à fait un nouvel épisode des aventures sexuelles et intellectuelles de ce groupe d'universitaires désabusés qui, à eux seuls, ont cristallisé le Québec des années 1980. Mis à part Rémi (Rémy Girard), rongé par un cancer, ses amis d'antan, dispersés et lointains, ne seront réunis que par le zèle de son fils Sébastien (Stéphane Rousseau). Autant le professeur était épicurien et socialiste, autant sa progéniture a donné son âme au conservatisme et au capitalisme. Pas étonnant qu'ils ne se parlent plus depuis des années.

C'est la mort qui va les réunir, dans une cérémonie d'adieux qu'Arcand orchestre avec beaucoup d'habileté et à l'image d'une génération qui a toujours vécu dans la conviction de son éternelle jeunesse et l'importance de la satisfaction de ses désirs. Ce départ vers l'au-delà se fera dans une curieuse plénitude, celle d'un personnage bourré de contradictions et qui jusqu'à la fin refuse de changer. Qu'on se le dise: même sur son lit d'hôpital, le don Juan de pacotille du Déclin éprouve davantage de regrets futiles que de remords profonds...

Radiographie «lucide» (dans le sens d'un certain manifeste... ) du désordre moral et social qui règne dans le Québec d'aujourd'hui, c'est ce mélange bien dosé de mélodrame et d'ironie qui aura permis à Arcand et à ses Invasions barbares de faire la conquête du monde. De Cannes à Paris en passant par Hollywood, la fin heureuse et soft d'un baby-boomer a fait coulé larmes et encre, récoltant plusieurs prix au passage, dont un qui changea à jamais la carrière de Marie-Josée Croze.

Les Invasions barbares, SRC, 19h30


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