«La solidarité passe par la lucidité» - Un an après la parution de son manifeste, Lucien Bouchard réédite son appel pour une société responsable
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Au nom des générations futures, les Québécois doivent «jeter un regard sans complaisance» sur leur réalité, soutient Lucien Bouchard, sans quoi ils sont condamnés à être à la remorque du monde développé. Un an après la parution du manifeste des lucides, l'ancien premier ministre est toujours aussi convaincu que le Québec se réfugie dans le «déni» et tarde à comprendre que «la solidarité passe par la lucidité».
«Le Québec est véritablement confronté à la problématique décrite par le manifeste. L'état de situation est dressé, la photographie est prise», a-t-il soutenu après une année de débats sur la question, et les Québécois ne peuvent plus se permettre de se «réfugier dans le déni et l'immobilisme».
M. Bouchard a d'ailleurs affirmé que la société québécoise a beaucoup trop tendance à «éviter le moindre remous, [à] ne rien entreprendre sans avoir convaincu le dernier opposant [et à] se soumettre inconditionnellement à la dictature du principe de précaution». Selon lui, l'abandon du projet du CHUM à Outremont ou celui du déménagement du casino dans le sud-ouest de Montréal sont autant de «manifestations d'un inquiétant désarroi».
Il a ainsi dit souhaiter que les jeunes de la génération montante «résisteront à un tel désarroi et à une société qui fait du surplace». En l'état actuel des choses, M. Bouchard avertit également que «la génération qui viendra après nous [devra affronter] l'héritage empoisonné d'une dette de 118 milliards de dollars».
Il faut donc rapidement, selon l'ancien premier ministre, amener le Québec à «regarder ce qu'il refuse de voir» sans attendre «l'électrochoc de la crise» qui guette la province en raison du choc démographique à venir et de sa perte de compétitivité dans un contexte de mondialisation économique. Bref, après avoir dressé l'état de la situation, «il faut qu'on se réveille», a-t-il affirmé lors de son allocution, prononcée en clôture du colloque «Notre avenir: un dialogue public», qui se tenait hier à l'université McGill afin de marquer l'anniversaire de la publication du manifeste des «lucides».
Pour parvenir à sortir la province du marasme que perçoivent les lucides, M. Bouchard a fait valoir hier qu'il fallait «rouvrir le chantier du Québec» pour se lancer dans «des projets structurants». Il a notamment cité comme exemples les barrages de la Baie-James, mais aussi l'Expo 67. «Ce que j'ai connu, c'est un Québec qui construisait. À l'époque, on admirait les politiciens qui construisaient le Québec dont on hériterait, a-t-il témoigné. Il faudrait pouvoir faire la même chose» pour la génération à venir. Il a ajouté avoir confiance en la classe politique actuelle pour instaurer des changements salutaires.
Le porte-étendard des lucides a d'ailleurs interpellé hier les intellectuels et le milieu de l'éducation, «qui ont joué un rôle primordial dans la Révolution tranquille». Le bouillonnement culturel et intellectuel qui a marqué cette époque, «on ne le sent pas aujourd'hui», a-t-il déploré en conférence de presse.
Les syndicats doivent également faire partie de «la démarche globale», selon lui, pour autant qu'ils acceptent de s'adapter à la réalité des marchés mondialisés, faisant référence à la compétition féroce des économies asiatiques. Réitérant que les citoyens d'ici travaillaient moins qu'aux États-Unis ou en Ontario, il a estimé que le «régime désincitatif» qui fait que les Québécois travaillent moins devait être revu.
Lucides contre solidaires
L'ancien premier ministre a du coup décoché quelques flèches en direction des solidaires, des gens qui pensent, selon lui, détenir «l'apanage de la compassion». «Aucune vision d'avenir n'est possible si on ne commence pas à regarder en face la réalité d'aujourd'hui, a-t-il lancé d'entrée de jeu. L'optimisme, ce n'est pas de regarder la réalité avec des lunettes roses, pour voir tomber la pluie en couleur. C'est oser faire le point et jeter un regard sans complaisance sur nous-mêmes. En termes crus, c'est se regarder dans le miroir plutôt que de se contempler le nombril.»
M. Bouchard a aussi estimé que le débat qui a cours depuis un an entre lucides et solidaires a été caractérisé par la «rectitude morale où le bon rôle ne [leur] était pas réservé». Il a soutenu que son groupe a été littéralement «cantonné dans l'égoïsme comptable» par ceux qui se réclament de la «générosité compatissante». Il a même repris le terme «solidaire» à son compte, estimant que «la solidarité passe par la lucidité».
Il a refusé en outre l'étiquette de «droite», qui n'aurait semble-t-il servi qu'à «démoniser l'interlocuteur» dans l'actuel débat sur l'avenir de la province. Lucien Bouchard a du même souffle demandé si l'on devait considérer René Lévesque comme à droite parce qu'il a dû prendre des mesures budgétaires difficiles et imposer des conditions de travail aux salariés de l'État, en 1981, suscitant l'opprobre syndical.
Par ailleurs, l'ancien chef péquiste a refusé d'entrer dans le débat constitutionnel, se contentant de dire que les défis auxquels est confrontée la société québécoise demeuraient les mêmes peu importe que le Québec reste à l'intérieur du Canada ou en sorte.
Vos réactions
Des vérités pas bonnes à dire... - par Marie-France Legault (mfy.legault@videotron.ca)
Le dimanche 22 octobre 2006 09:00
L. Bouchard ne sait plus sur quel pied danser - par FARID KODSI (farid.kodsi@sympatico.ca)
Le vendredi 20 octobre 2006 22:00
Déjà un an... de lucidité! - par Claude L'Heureux (claude.lh@sympatico.ca)
Le vendredi 20 octobre 2006 19:00
je veux rester polie - par Hélène Perras (atelier.hperras@videotron.ca)
Le vendredi 20 octobre 2006 12:00
Translucides - par Jacques Gagnon (jacques.gagnon@imagemsoft.com)
Le vendredi 20 octobre 2006 12:00
Petit oublie de Monsieur Bouchard - par Langis Gagnon
Le vendredi 20 octobre 2006 11:00
Mais qu'il se taise... - par Claude Boucher (claudeboucher@yahoo.fr)
Le vendredi 20 octobre 2006 10:00
Faut-il en rire ? Faut-il pleurer ? Lucide ou Toltèque ? - par Jean-Guy Beaulieu (beaulieujeanguy@sympatico.ca)
Le vendredi 20 octobre 2006 09:00
Faisons payer les riches ! - par Robert Aubin (bobaubin@aei.ca)
Le vendredi 20 octobre 2006 09:00

