10 000 élèves anglophones optent pour l'école en français
Mots clés : anglophones
Il y a au Québec 10 000 élèves qui pourraient choisir de fréquenter une école anglaise, en tout respect des dispositions de la loi 101, mais qui prennent plutôt le chemin de l'école à la française. Pour remettre le grappin sur cette proportion de 10 % de leur effectif total, les commissions scolaires anglaises devraient créer des programmes «bilingues et biculturels» en plus de multiplier les partenariats avec la communauté francophone.
Dans un contexte de déclin de l'effectif scolaire, ce groupe note d'entrée de jeu que 10 000 élèves admissibles à l'enseignement en anglais tournent le dos au réseau anglais chaque année car les parents «estiment que leurs enfants ne pourront pas acquérir une excellente connaissance du français s'ils fréquentent des écoles publiques anglophones», notent les membres du conseil, qui jugent que «cette perception doit être redressée».
Depuis une dizaine d'années, entre 10 000 et 12 000 élèves lèvent ainsi le nez sur le réseau public de langue anglaise, a confirmé hier le président de l'ACSAQ, Marcus Tabachnik. «Chaque année, on fait de la publicité, mais vous savez, nos choix sont limités», a affirmé le président. «Il y a ceux qui sont admissibles et ceux qui ne le sont pas en vertu de la Charte [de la langue française]. Si nous pouvons trouver une manière de récupérer ces enfants que nous perdons, nous aimerions le faire.»
Depuis 1977, la loi 101 balise en effet l'accès au réseau scolaire de langue anglaise: en vertu de la Charte de la langue française, seuls les enfants dont les parents ont reçu un enseignement en anglais au Canada peuvent fréquenter l'école anglaise. Le réseau scolaire anglais québécois compte 115 000 élèves ainsi que 350 écoles et centres d'éducation des adultes regroupés dans neuf commissions scolaires.
«Il y a certainement quelque chose qui ne marche pas quand vous avez un nombre d'enfants qui peuvent fréquenter l'école en anglais mais qui n'y vont pas», a plaidé hier le président du conseil consultatif, Alex K. Paterson, avocat au sein de la firme Borden Ladner Gervais. «Je pense qu'il y aura certainement quelques réfractaires au changement et des gens à travers la province qui ne sauteront pas de joie, mais je crois que nous sommes prêts à changer les choses. Il faut rapprocher les deux communautés.»
Le conseil consultatif soumet plusieurs idées pour ranimer le réseau d'écoles, qui a eu droit à son lot de fermetures d'établissements ces dernières années, particulièrement dans l'île de Montréal. Pour répondre aux besoins des parents anglophones, qui souhaitent une éducation en français de qualité, le conseil suggère des «programmes bilingues et biculturels» afin que «le réseau d'écoles publiques anglophones soit considéré comme le meilleur véhicule, en tant que premier choix, pour orienter nos enfants vers un avenir bilingue et biculturel au Québec».
Ce groupe où siègent quelques francophones, dont Robert Bisaillon, ex-sous-ministre adjoint au ministère de l'Éducation, Michèle Thibodeau DeGuire, p.-d.g. de Centraide du Grand Montréal, et l'homme d'affaires Pierre Lortie, propose aussi de tisser des partenariats avec la communauté francophone. «Le Conseil n'énonce pas de points de vue sur la Charte de la langue française [...]. Cependant, nous soulignons qu'il existe de nouvelles possibilités de faire cause commune avec la majorité francophone du Québec et nous invitons l'ACSAQ et ses commissions scolaires membres à explorer et à exploiter ces possibilités.»
Les échanges linguistiques et culturels entre écoles des deux groupes linguistiques, de même que des «échanges ou prêts de service d'enseignants», figurent au nombre des recommandations. La création de programmes parascolaires d'échange ainsi que des activités sportives, récréatives et culturelles conjointes avec le réseau français sont également suggérées. Des cours d'été en anglais accessibles à tous ainsi que des classes d'anglais langue seconde sont aussi proposés.
Le conseil consultatif mise sur des cas québécois de cohabitation entre francophones et anglophones, qui se font dans le plus grand respect des lois. Ainsi, dans les Cantons-de-l'Est, l'école primaire Sutton - Sutton Elementary School abrite un directeur et deux responsables destinés l'un au volet français, l'autre au volet anglais. Malgré des enseignements distincts, les deux écoles partagent un grand nombre de services, des programmes sportifs au service de garde en passant par la bibliothèque.
«Vous avez des commissions scolaires qui font des échanges avec la Chine mais elles ne le feraient pas avec la petite école du coin sous prétexte qu'ils sont francophones et eux anglophones? Ça n'a pas tellement de sens», a déploré Pierre Lortie hier. «Nous n'avons pas voulu toucher à la législation, mais nous proposons des idées qui s'insèrent dans le cadre juridique que nous avons. La société québécoise est prête pour un changement.»
Marcus Tabachnik se réjouissait d'ailleurs hier du fait que ces idées audacieuses proviennent d'un conseil «représentatif de la société». «Un groupe issu de la société nous dit que c'est faisable, que nous sommes prêts à changer la culture», a-t-il affirmé. «Il y a une loi, c'est vrai, mais si la population fait des demandes, peut-être qu'il faut l'écouter.»
Le président de l'ACSAQ table sur le fait que, selon un sondage récent, 90 % des «parents francophones veulent que leurs enfants apprennent l'anglais». Ce souhait, soutenu par le fait que le gouvernement du Québec a introduit depuis septembre dernier l'enseignement de l'anglais à compter de la première année, fait dire au représentant du réseau scolaire anglais que «la population est prête pour un changement. Je crois que nous sommes peut-être devant un moment historique», a-t-il ajouté hier.
L'ACSAQ doit prendre connaissance de ce rapport d'ici une semaine et confier à un comité de travail restreint le soin de produire un plan d'action d'ici la fin de décembre. D'ici là, le président de la Fédération des commissions scolaires du Québec -- le pendant français de l'ACSAQ -- sera invité à une lecture attentive. «Nous souhaitons aussi rencontrer le ministre [de l'Éducation, Jean-Marc Fournier] pour en discuter», a ajouté M. Tabachnik.
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