La fin des vendanges

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Jean-François Demers
Édition du vendredi 20 octobre 2006

Mots clés : vendanges, raisin, temps

Jamais, dans toute l'histoire du Château d'Yquem, la fin des vendanges n'aura été aussi précoce. Je me rappelle celles de 1990 mais aussi celles de 1985 quand, le 19 décembre, les derniers paniers de baies botrytisées entrèrent dans le chai après 11 passages dans les vignes pour tout ramasser.

Yquem a toujours été le dernier à vendanger à Bordeaux. Cette année, tout était entré à la mi-octobre. «Le mois de juillet a été splendide. Dès la mi-septembre, le taux de sucre était au rendez-vous, tout autant que la pourriture noble. Quelques passages dans les rangs de vignes et quelques tris successifs auront suffi pour rassembler toute la récolte. Il a fallu moins de trois semaines pour tout récolter. La plus importante journée remplissait à peine 30 barriques de précieux moût, il n'y a donc pas eu de bousculade», selon Sandrine Garbay, oenologue à Yquem. «Nous avions conduit la vigne à la perfection. Nous étions fin prêts à réagir selon la maturité et l'état sanitaire tout en suivant une météo qui s'annonçait difficile.»

Confortablement installé pour une très longue fermentation en barrique, le bourru, comme on se plaît à le nommer à Yquem, achèvera sa métamorphose en laissant de 100 à 120 grammes de sucre résiduel, un résultat tout à fait dans la moyenne. Les parfums sont agréables et ne semblent pas porter la tâche olfactive du botrytis «vieux» (champignon noirci), par opposition au botrytis jeune qui, lui, ne marque pas le nez et confère toute la magie de ce divin liquoreux.

Le 2005 et le 2004 d'Yquem, encore dans leur logement de bois, se portent très bien. Le 2004 se montre tout simplement somptueux. Le 2005, à la fois généreux et soyeux à souhait, s'impose par sa profondeur. Ce dernier n'égalera toutefois pas le magnifique 2001, comme le rappelle si bien Mme Garbay. «Il ne faut jamais oublier qu'à Bordeaux, les grandes années pour les rouges sont loin d'être des millésimes merveilleux pour les liquoreux.»

Cette campagne de vendanges n'a pas été de tout repos pour tous les châteaux du Sauternais et des environs. Rappelons que la période de pluie des dernières semaines a pris de court plusieurs d'entre eux et que certains vignobles puaient le vinaigre tellement le sol était couvert de raisins mouillés, atteints de pourriture grise, aux peaux flétries.

Hier encore, sur les coteaux du Châteaux du Cros, à Loupiac, sur l'autre rive de la Garonne, les muscadelles se dirigeaient vers le chai. À vue de nez, ce cépage capricieux au botrytis était atteint de 25 % de pourriture noble, 40 % de raisins bien dorés, aux peaux translucides et largement tachetées par un début de botrytis. Le reste était passerillé mais, heureusement et curieusement, sans la moindre trace de pourriture grise.

À Margaux, les cabernets de la majorité des parcelles se présentent bien. Dégustés moins d'une semaine après les fermentations alcooliques, bien avant les FML (fermentations malo-lactiques), l'équilibre entre l'alcool et les tanins est surprenant. Même si le vin ne se goûte que très difficilement à cette phase de son élaboration, l'étoffe ne s'annonce en rien semblable au 2005. Il est tout de même étonnant d'entendre les éloges déjà accordés à ce trop nouveau millésime, comme si on voulait déjà promouvoir ce nouveau-né, tandis que la dernière récolte n'est même pas en bouteille et vendue en primeur, trois fois plutôt qu'une, à un prix record. En serions-nous déjà, dans certains grands châteaux de Bordeaux, à la campagne de charme pour maintenir les prix à ce si haut niveau pour un millésime qui ne s'annonce que correct?

Cette image de Bordeaux en ce qui concerne la flambée des prix de 2005 est le résultat des efforts médiatiques d'un petit groupe de grands châteaux. Selon Olivier Bernard, du Domaine de Chevalier, «il n'y a que deux douzaines des 300 grandes propriétés au sommet de cette pyramide qui donnent cette image si coûteuse. Au bas de celle-ci, il ne faut pas oublier qu'il y a plus de 10 000 propriétés qui ont produit d'excellents 2005 à prix tout à fait raisonnables». Cette image de vin cher nuit grandement à la mise en marché du surplus de vins que Bordeaux tente par tous les moyens d'écouler.

Plus à l'est, dans l'autre pays bordelais, à Castillon et dans les vins de côtes, la vendange n'a pas tant souffert de cette pluie. Le résultat est tout à fait remarquable, sans toutefois dépasser la qualité et la quantité du 2005. Près de Libourne, plus exactement à Saint-Émilion, certains chais entraient une bonne quantité d'eau. À plusieurs endroits, on devait profiter des quelques relâches du mauvais temps pour faire la vendange car la pourriture risquait de tout gâcher. Malgré tout, la quantité de composés phénoliques, aussi bien sur le merlot que sur le cabernet sauvignon, frôle un sommet rarement égalé. Même si les saignées ont pu permettre une meilleure concentration, les fiches d'analyse permettent de constater une matière plus importante que la moyenne. Ces tanins ne sont ni trop verts ni trop sévères, même si l'acidité est franchement très élevée dans toutes les cuves. L'élevage devra être très soigné et, selon plusieurs, la tonnellerie sera d'un grand secours pour le rouge de 2006.

Ce millésime 2006 se révélera comme une année de vignerons et de grands terroirs, là où le sol, la pente, l'irrigation, les brumes et l'exposition aux précieux et rares rayons du soleil de septembre ont permis à la vigne de ne pas trop souffrir du mauvais temps. Ainsi, les vignerons les plus talentueux, les mieux équipés, ceux qui auront travaillé fort dans la vigne, élaboreront les vins les plus fins. Il y aura donc un grand écart de qualité entre chacun d'eux pour ce millésime 2006. Les grands sont bons, voire très bons, et les vignobles moins avantagés seront ordinaires, contrairement au 2005, où tous pouvaient espérer faire un bon vin, et ce, très facilement. Lors de ces années fastes, les grands sont extraordinaires et les vignobles standards se comptent très chanceux d'avoir fait de si bons vins.

Collaborateur du Devoir


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Saint Emilion 2006 Château Laroze - par guy meslin (info@laroze.com)
Le samedi 21 octobre 2006 02:00

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