L'art gastronomique du Renoir

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Philippe Mollé
Édition du vendredi 20 octobre 2006

Mots clés : renoir, critique

Avec Le Renoir, la restauration d'hôtel se démarque et se distingue du lot.

Photo: Pedro Ruiz

Rares sont les critiques gastronomiques qui, sur notre continent, recommandent les hôtels comme endroits de sortie. Ce qui fut la tendance en ce qui concerne les grandes soirées dansantes et les sorties au restaurant dans les années 60 est devenu, à ce jour, l'exception, ou la nécessité lors de réunions d'affaires. Autre époque, autres moeurs: on a changé la vocation hôtelière du Grand Montréal et les belles soirées se sont envolées pour laisser place à la banalité. Du coup, les restaurants d'hôtel sont devenus un service qu'on offre sans autre souci que celui de rentabiliser les chambres et d'oublier le reste.

Et pourtant, comme dans Astérix, certaines chaînes résistent à la facilité, au pâté universel, aux desserts surgelés et au service désorganisé et fatigué par 30 années d'une routine dépassée.

Avec très peu d'autres établissements, l'hôtel Sofitel de Montréal fait exception à la règle, signe et en remet. L'ancien et talentueux chef Gilles Arzur a su créer et prouver qu'il est possible de bien manger dans un hôtel. Grâce aussi à Jean-Christophe Gras, jeune directeur général et gourmet dynamique, la restauration d'hôtel, avec Le Renoir, se démarque et se distingue du lot. Complet le matin au petit-déjeuner, Le Renoir offre des repas et une formule qui gagne pour le midi, ainsi qu'un restaurant de plus en plus fréquenté par une clientèle assidue qui se présente le soir à l'hôtel pour y avoir du plaisir, surprise surprise!

Le successeur de Gilles Arzur assure avec brio la continuité du travail accompli. Mieux encore, Deff Haupt s'inspire et s'évertue à mettre en pratique les nouveaux principes de Ferran Adria, d'Hervé This et de Gagnaire pour alléger ses plats. Dans le même décor depuis quatre ans, avec presque le même personnel, on redécouvre les larges tables nappées de blanc, le bon pain offert en plusieurs choix et aussi la même manie du serveur de proposer le poivre à chaque intervention.

Avec mon invité, en consultant le menu du midi, nous avons découvert avec bonheur une dizaine d'entrées ainsi que de plats comme le boeuf Angus, servi ici sous forme de bavette, du thon comme partout ailleurs mais surtout l'amusant plat du jour, présenté ici comme plat canaille. Il s'agissait d'un mahi-mahi grillé, servi sur une bisque de crustacés et accompagné de frites de polenta.

La salade de fenouil accompagnée de tranches de chorizo était, selon mon invité et d'après mon goût, très bien assaisonnée. Le chorizo grillé, découpé en petites tranches, rehaussait l'ensemble dans un accord parfait.

Pour ma part, la soupe aux palourdes est toujours un bon test d'équilibre et de goût, surtout pour ce qui est du dosage du sel. Chaude, parfaitement assaisonnée et comprenant de beaux morceaux de pomme de terre, cela faisait longtemps que j'avais apprécié une telle soupe, digne des grands clam chowders de ce monde.

Les deux plats canailles ont fait leur entrée sur une jolie assiette bien présentée qui mettait en évidence la dorade coryphène qu'on nomme mahi-mahi. Ce poisson d'une grande finesse provient en général de la Floride ou du Pacifique. Le poisson et sa cuisson fort juste n'avaient rien à envier à la bisque, plutôt fade et presque inutile comme sauce d'accompagnement. Charmante idée, par contre, que d'ajouter des frites de polenta et quelques légumes pour bonifier le tout.

Le service de vins au verre manque un tantinet de choix. Un Côtes du Rhône Guigal a largement comblé nos attentes avec la très belle assiette de fromages québécois, chambrés à souhait et bien choisis.

Les desserts au Renoir sont une expérience et un plus, ce plus qui manque autant dans les restaurants que dans les desserts uniformes et sans âme qu'on nous sert habituellement dans les hôtels. Compris dans la table d'hôte, ils se déclinent en petites portions et jouent sur différents concepts. Fruits éclatants et gelée fondante. Chocolat et mousse au fromage. Petit clafoutis à la prune. Un pâtissier à l'image du reste, bourré de talent et qui ose s'aventurer dans des saveurs inusitées.

On comprend mieux pourquoi le restaurant d'un tel hôtel affiche souvent complet. La chose est possible et devrait servir d'exemple aux hôteliers désabusés qui ne pensent qu'aux banquets. Une nouvelle façon de retrouver le Montréal hôtelier de la belle époque.

Prix payé pour deux personnes avec deux verres de vin, une bouteille d'eau, deux cafés, deux fromages et une table d'hôte à 29 $, taxes et service compris: 162,88 $.

- Plus: une cuisine sans artifice et goûteuse.

- Moins: un service inégal et distrait.

Collaborateur du Devoir

Restaurant Le Renoir

Hôtel Sofitel

1155, rue Sherbrooke Ouest

Montréal

Tél: (514) 285-9000


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