Bobby Hachey, 1932-2006 - Un sourire, une guitare, une Cadillac

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Sylvain Cormier
Édition du jeudi 19 octobre 2006

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Albert Hachey, dit Bobby, n'est plus. Vaincu, à 74 ans, par un cancer du poumon: il a rejoint hier les Ghost Riders In The Sky, ces héros de l'immortelle rengaine country qu'il a chantée et jouée mille millions de fois. Gageons qu'en chemin, il se sera arrêté dans un certain ranch, histoire de saluer son vieux copain Willie Lamothe.

Bobby Hachey mort? Difficile d'imaginer ça. À cause du sourire. Bobby Hachey arborait le sourire le plus engageant qui soit. Fin pénible pour un homme aussi souriant, se dit-on. Ce ne sont pas tellement les six semaines à l'hôpital de Saint-Hyacinthe qui auront été les pires, commentaient hier ses proches, mais les six dernières années, depuis la mort de sa femme.

Avant ça, la vie pour lui aura été comme le résumait sa chanson-thème: «Ma bonne humeur, mon sourire, ma guitare et mes chansons.» Son hymne national, il l'avait bien sûr interprété, accompagné par Les Ours, lors d'une inoubliable soirée au Coup de coeur francophone de 1999, soirée thématique intitulée Le Western vaincra!. Le western avait dûment vaincu, et Bobby Hachey triomphé, devant une foule qui, sauf exception, ne l'avait pas connu autrement qu'auprès de Willie Lamothe, au canal 10 (futur TVA), Fender Stratocaster dégainée, fournissant l'harmonie au fameux refrain: «... et bienvenue au Ranch à Willie!»

En 1999, il avait déjà moins de dextérité, mais nous avions tous été vachement impressionnés: il était encore un formidable guitar-slinger, notre James Burton à nous, un peu notre Roy Clark aussi, formé à l'école des Merle Travis, Chet Atkins et Don Rich (le guitariste des Buckaroos de Buck Owens). Dans ses solos, on imaginait le stupéfiant guitariste qu'il avait dû être dans les années 50, quand il jouait avec ses frères Terry et Curly au sein des Hachey Brothers, fournée de musiciens prodiges d'Atholville, au Nouveau-Brunswick. Les frères, entre les spectacles, faisaient partie de la troupe de l'émission radiophonique Willie Lamothe et ses Cavaliers des Plaines, sur les ondes de CKVL.

C'est seulement en 1967 qu'il deviendra l'acolyte attitré et indéfectible de Willie: on connaît moins sa carrière américaine de la première partie des années 60, alors qu'il accompagnait les géants du country'n'western, de Porter Wagoner à Tex Ritter, de Carl Smith à Hank Snow (merci au site de Québec Info Musique pour la seule bio disponible sur Internet). Populaire toute sa vie auprès du grand public, il aura rarement été reconnu par la profession: notons tout de même un Félix de l'album de l'année - country pour Mon sourire, ma limousine, obtenu en 1979.

À propos de véhicules, je n'oublierai jamais la fabuleuse vision de Bobby Hachey débarquant d'une immense Cadillac Sedan de Ville, étui de guitare à la main, prêt à rejoindre Les Ours sur la scène du Lion d'Or. Tout souriant. Un gentleman-guitariste et sa Caddy. Image de la réussite.

Collaborateur du Devoir


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