Une année record pour le Fonds - Des millions par centaines pour 181 entreprises

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Marie Lambert-Chan
Édition du mercredi 18 octobre 2006

Mots clés : pme

«Les entreprises ont souffert, mais elles sont désormais plus fortes et concurrentielles»

Selon le milieu des affaires, l'abandon des projets d'envergure du Suroît et du bassin Peel serait le symptôme d'un développement économique qui piétine. Nenni, dit-on au Fonds de solidarité FTQ. Le Québec est toujours une terre d'accueil pour les PME.

Le président-directeur général du Fonds de solidarité FTQ, Yvon Bolduc, ne se laisse pas démonter par les cris d'alarme de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), qui dénonce l'immobilisme économique de la province depuis quelques semaines.

Au contraire, il pose un regard à la fois pragmatique et positif sur l'entrepreneuriat québécois. «C'est vrai que des grands projets n'ont pas vu le jour. Mais je fais souvent un parallèle avec l'accident d'avion. C'est malheureux, mais est-ce que ça veut dire que tous les autres vols sont dangereux, qu'ils ne "performent" pas? Je ne pense pas», illustre-t-il, catégorique.

Un Québec dynamique

Yvon Bolduc se défend bien de porter des lunettes roses. Il s'appuie plutôt sur les statistiques d'investissement de son institution. Le dernier exercice financier, clos le 31 mai 2006, révèle que 643 millions de dollars ont été investis dans 97 entreprises, un record depuis la création du Fonds en 1983. En incluant les fonds régionaux, ce sont 181 PME qui ont bénéficié du soutien de l'institution. Le rendement global se chiffre par ailleurs à 6 %, alors que le rendement annuel moyen est de 5 %.

«Je ne fais pas une étude économique. Je démontre simplement, de manière empirique, ce que nous vivons au Fonds de solidarité. Malgré le contexte plus difficile et la montée du dollar, je constate une activité économique positive. D'un point de vue microéconomique, je ne fais donc pas la même lecture [que la FCCQ]. Est-ce que ça peut aller mieux? Oui. Est-ce qu'il y a des secteurs qui sont en difficulté et qu'il faut aider? Oui. Mais je crois que l'économie roule.»

L'économie spectacle

L'arbre de l'immobilisme cacherait actuellement la forêt du succès des PME québécoises. Aussi retentissants qu'aient été les échecs du bassin Peel et du Suroît, ces projets demeurent peu représentatifs des initiatives qui se concrétisent quotidiennement au Fonds. «Un gros projet qui tombe à l'eau fera les manchettes. Les mauvaises nouvelles attirent davantage que les bonnes, on ne changera pas la nature humaine», croit le dirigeant de l'institution financière. Encore récemment, l'investissement de 15 millions du Fonds dans Groupe environnemental Labrie est passé presque inaperçu dans le tourbillon de la crise frappant les industries forestières et manufacturières.

«Les grands projets stimulent l'imaginaire collectif, explique le professeur au département des sciences économiques de l'Université du Québec à Montréal, Nicolas Marceau. En pratique, ce sont les décisions prises à la petite semaine qui sont importantes. Mais ça n'a rien de spectaculaire et les médias n'en parlent pas.» Il ajoute par ailleurs que les griefs de la FCCQ envers les groupes de pression opposés à la poursuite de certains projets sont exagérés. Yvon Bolduc lui fait écho. «On vit dans une démocratie: il faut savoir être à l'écoute des différents points de vue et ficeler les projets comme il se doit. Si, en tant que dirigeant, j'ai un projet et je ne suis pas capable de le vendre aux différentes instances, c'est ma faute.»

Des barrières stimulantes

Le p.-d.g. du Fonds de solidarité a foi en la débrouillardise et l'intelligence des gestionnaires québécois. Selon lui, la réussite d'un grand nombre de PME, malgré la montée fulgurante du dollar canadien, en est la preuve éclatante. «Les entreprises ont souffert, mais elles sont désormais plus fortes et concurrentielles, davantage en mesure de tirer leur épingle du jeu.» Il prend à témoin la popularité des nouveaux outils financiers offerts par le Fonds pour soutenir la compétitivité des entreprises. La réponse positive des entrepreneurs à ces initiatives l'amène davantage à conclure au dynamisme du développement économique qu'à son inertie.

Il convient toutefois que des obstacles importants jonchent la route des PME québécoises. «Le Québec est une terre fertile pour les innovations, soutient-il, mais il est souvent difficile de commercialiser les inventions ou les produits. Il n'est pas facile d'accéder à des marchés américains à partir de Montréal. Il y en a plusieurs qui ont frappé un mur, mais Couche-Tard, par exemple, a réussi. Cela aussi indique qu'on n'est pas immobile.»

La barrière de la langue ne contribue pas à faciliter cet accès. «On y tient, au français, mais cela peut s'avérer plus compliqué pour un investisseur étranger, dit Nicolas Marceau. Devinez qui il choisira entre le Québec et l'Ontario?»

Loin d'ignorer cette réalité, Yvon Bolduc la considère même comme un défi intéressant. «Il faut être d'autant plus productif, créatif et innovateur afin d'attirer des investissements étrangers qui pourraient aider les entreprises à se développer. Le Fonds de solidarité travaille à développer des contacts, à les entretenir et à les maintenir. La preuve en est que les meilleurs en Amérique du Nord n'hésitent pas à s'associer à nous et à partager l'information.»

Certains obstacles se révèlent cependant parfois insurmontables. L'ensemble des secteurs forestier et manufacturier doit être soutenu, entre autres par l'État, pense le p.-d.g du Fonds. «Nous le faisons à notre mesure, mais nous n'avons pas les moyens d'un gouvernement.»

Certaines barrières potentielles sont tout simplement moins stimulantes que d'autres. Yvon Bolduc n'a pas encore étudié les tenants et les aboutissants de la création d'une agence d'analyse économique, proposée par la FCCQ, mais il la juge «à première vue, comme une étape supplémentaire à franchir. La FCCQ a un point de vue qui se défend et je peux le comprendre. C'est de bonne guerre... et démocratique!»

Collaboratrice du Devoir


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