Washington confirme l'essai nucléaire nord-coréen
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L'Agence internationale de l'énergie atomique n'a toujours pas de certitude
À la veille du départ pour l'Asie de la secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, le gouvernement américain a confirmé hier que la Corée du Nord avait bien procédé le 9 octobre à un essai nucléaire, mais a estimé que l'explosion avait mesuré moins d'une kilotonne.Par comparaison, la bombe larguée en 1945 par l'aviation américaine sur la ville japonaise d'Hiroshima pour contraindre l'empire du Soleil levant à capituler avait une charge de 12,5 kilotonnes.
Pour sa part, l'Agence internationale de l'énergie atomique de Vienne a déclaré n'avoir toujours pas acquis de certitude quant à la réalité de ce test. Seul le retour d'inspecteurs de l'AIEA en Corée du Nord permettrait de lever les incertitudes, a-t-elle estimé.
La puissance limitée de l'explosion, peut-être le signe d'un échec de l'essai, conduit experts indépendants et spécialistes du renseignement à se demander s'il sera possible de vérifier un jour l'annonce de Pyongyang.
Des experts n'ont pas écarté le fait que l'explosion ait été étouffée par les caractéristiques géologiques du site de l'essai. Une autre possibilité est que la Corée du Nord ait testé délibérément une arme inférieure à une kilotonne.
Un responsable américain ayant demandé l'anonymat a indiqué hier que la présence de gaz xénon était un des indicateurs d'une explosion nucléaire. Selon des experts, les explosions nucléaires émettent des gaz xénon et krypton qui s'échappent du sol à travers les roches et la terre et partent dans l'atmosphère.
D'après le responsable américain, l'hypothèse de travail des services de renseignement américains est toujours que la Corée du Nord a procédé à un essai nucléaire qui ne s'est pas passé comme prévu.
Les sanctions
Quoi qu'il en soit le Conseil de sécurité a adopté le week-end dernier de sanctions contre la Corée du Nord, qui portent notamment sur la fourniture d'armes et de technologies non conventionnelles, d'armes lourdes conventionnelles, mais également de produits de luxe.
Hier, les États-Unis ont annoncé que la Chine avait commencé à inspecter des cargaisons à la frontière nord-coréenne en application de la résolution adoptée samedi, mais on ignore l'impact véritable qu'auront ces contrôles. Des chaînes de télévision ont diffusé des images montrant des agents des douanes vérifiant des camions se dirigeant vers la frontière.
«Les Chinois ont commencé à arrêter des camions à la frontière et à les inspecter», a déclaré à CNN le secrétaire d'État adjoint américain Nicholas Burns.
En revanche, Xu Guangyu, de l'Association chinoise pour le contrôle des armes et le désarmement, un institut financé par Pékin, a fait savoir que la Chine ne se sentait pas le besoin de généraliser les inspections. «C'est plus une démarche symbolique qu'une véritable mesure de sanction», a-t-il dit. «La Chine ne se livre pas à ce genre de trafic avec la Corée du Nord, donc il n'y a pas grand-chose à faire.»
À en croire les douanes chinoises, les produits liés aux armes ne constituent qu'une infime partie du commerce sino-coréen, lequel se chiffre à 1,5 milliard $US. Au cours des huit premiers mois de 2006, la Chine a vendu pour 26 000 $US d'armes et de munitions. On ne dispose d'aucun chiffre pour 2005. La Corée n'a, en revanche, vendu aucune arme à la Chine cette année.
De nombreux experts ont émis des doutes quant à l'impact de ces sanctions, certains avançant que la population nord-coréenne risque de davantage en faire les frais que l'élite au pouvoir.
Hier, la Russie a dit espérer que cette résolution suscite «une réponse adéquate» de la Corée du Nord qui aille dans le sens d'une «résolution du problème nucléaire de la péninsule coréenne».
L'Australie a annoncé de son côté qu'elle refusait l'accès de ses ports aux navires nord-coréens. Le chef de la diplomatie australienne, Alexander Downer, a déclaré que l'Initiative de sécurité contre la prolifération (ISP) offrait «un très bon cadre aux inspections». L'ISP est une coalition lancée en 2003 à l'initiative des États-Unis pour surveiller et éventuellement intercepter des cargaisons suspectes en provenance ou à destination de Corée du Nord ou d'autres États. La Chine n'appartient pas à l'ISP.
De son côté, le Japon, qui est partisan de la fermeté à l'égard de la Corée du Nord, cherche à déterminer comment il pourrait prendre part aux inspections de cargos en restant dans le cadre de sa constitution pacifique.
Rice en Asie
La secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, a indiqué hier qu'elle allait rappeler cette semaine leurs obligations aux voisins de la Corée du Nord, notamment en matière de mise en oeuvre des sanctions.
«Je m'en vais au Japon, en Chine, en Corée du Sud et en Russie», a déclaré au cours d'une conférence de presse la chef de la diplomatie américaine, annonçant ainsi que sa tournée de six jours en Asie la conduirait également à Moscou.
«Ce voyage est une occasion de réaffirmer nos obligations réciproques», a ajouté Mme Rice, selon laquelle «le comportement de la Corée du Nord a clarifié les intérêts stratégiques que nous partageons avec les principales puissances d'Asie».
«Pour faire progresser ces intérêts, tous les pays de la région doivent partager tout autant le fardeau que les bénéfices de notre sécurité commune», a-t-elle ajouté à l'adresse de la Chine, la Russie et la Corée du Sud, qui apparaissent réticentes à imposer des sanctions sévères à la Corée du Nord.
Mme Rice n'a donné aucun détail sur l'étape moscovite, ajoutée à sa tournée en Asie annoncée la semaine dernière, qui est destinée à s'assurer des moyens de faire appliquer la résolution 1718.
La secrétaire d'État a laissé la porte ouverte à un retour aux négociations à six (États-Unis, Russie, Japon, Chine et les deux Corées) sur le programme nucléaire nord-coréen, suspendues depuis près d'un an.
«Nous avons dit à plusieurs reprises que nous étions prêts à retourner à la table des négociations sans conditions préalable», a-t-elle déclaré. «Cela tient toujours.»

