Opinion

Libre-opinion: À quand la protection de nos plans d'eau?

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Claude Boucher, Député du Parti québécois de la circonscription de Johnson

Édition du lundi 16 octobre 2006

Mots clés : protection, richesse, pollution

Bien qu'il soit banal de rappeler que l'eau est une richesse collective qui doit faire l'objet d'une protection constante, deux récents dossiers en Estrie illustrent le besoin urgent d'action, ainsi que les priorités (ou les vraies valeurs) des libéraux.

Les lacs contaminés par les cyanobactéries démontrent la nécessité absolue de protéger les bassins d'eau potable, non seulement des rejets de phosphore, mais de toute source de pollution, ce qui inclut notamment les moteurs deux temps des embarcations et l'érosion des berges causée par les vagues des bateaux.

En même temps, on a appris que le canton d'Orford souhaitait interdire les bateaux à moteur sur la Chaîne des Lacs. Les problèmes de pollution, de bruit, de sécurité et d'érosion des berges causés par les embarcations à moteur ont amené le conseil municipal à vouloir protéger ces lacs.

Cette volonté populaire risque toutefois de faire face à plusieurs difficultés, puisque la demande de réglementation doit être transmise au gouvernement fédéral par le gouvernement provincial, la circulation sur les plans d'eau étant de compétence fédérale. Cette situation est particulièrement problématique quand on connaît le bilan environnemental des gouvernements Charest et Harper.

Rapport Boucher

Les enjeux de la protection des lacs et rivières, et les solutions s'y rattachant, ont pourtant été mis en avant à plusieurs reprises par le Parti québécois. J'ai eu l'occasion de diriger un comité de consultation sur la qualité de vie sur les lacs et rivières du Québec, dont le rapport (rapport Boucher) déposé en 1999 recommandait, entre autres choses, l'interdiction des embarcations motorisées sur les lacs de moins d'un kilomètre carré, et de moins de quatre kilomètres carrés lorsque le lac constitue une réserve d'eau potable.

Notre comité recommandait aussi que les MRC soient responsables du développement intégré des activités nautiques de leurs territoires, idée reprise il y a quelques semaines par Louis-Gilles Francoeur («Faire des plans d'eau un véritable bien public», Le Devoir, 30 août 2006). La Politique nationale de l'eau déposée en novembre 2002 par André Boisclair, alors ministre de l'Environnement, démontrait clairement que le Parti québécois considère l'eau comme un bien public qui doit être protégé pour les générations futures.

Il est plus que désolant de constater qu' à la suite de l'élection des libéraux en 2003, et sept ans après le dépôt du rapport Boucher, rien n'a changé. Les lacs et rivières servant de réserves d'eau potable ne font toujours pas l'objet d'une protection spécifique, comme nous l'a démontré le cas récent du lac Massawippi, en Estrie. Les municipalités sont toujours confrontées à la difficulté de restreindre l'usage d'embarcations nuisibles sur leurs plans d'eau, et les MRC n'ont toujours pas les moyens de planifier de manière intégrée les activités nautiques sur leur territoire.

L'inaction des libéraux ne s'explique donc pas par un manque de connaissance de la problématique, ni par une absence de solutions. Comme dans le dossier du mont Orford, Jean Charest croit que l'eau n'est pas un bien public devant bénéficier à tous les Québécois, mais une ressource au service d'intérêts particuliers.

Le changement viendra finalement avec les élections et l'acquisition par le Québec de sa pleine compétence sur les lacs et cours d'eau de son territoire grâce à la souveraineté.


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