La fin des oreilles de lapin
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Pierre Karl Péladeau n'est pas le seul à s'inquiéter de l'avenir des télévisions généralistes et à vouloir «revoir de toute urgence les règles en fonction du marché», pour reprendre le titre de la lettre qu'il publiait la semaine dernière dans Le Devoir.
Évidemment, Radio-Canada et Quebecor s'opposent sur un point majeur: Radio-Canada voudrait que toutes les chaînes traditionnelles, publiques et privées, bénéficient de ces revenus d'abonnement, alors que Quebecor voudrait que ce soient seulement les chaînes privées comme TVA, TQS ou CTV qui en bénéficient, parce que la télé publique a déjà accès à une autre source de revenus, celle des crédits parlementaires.
Et vous, téléspectateurs ordinaires, qu'en pensez-vous? Selon un sondage Crop réalisé en septembre dernier par TQS, les trois quarts des Québécois ignorent que lorsqu'ils payent leur facture mensuelle à un câblodistributeur ou à un distributeur par satellite, ce sont seulement les chaînes spécialisées (comme Canal D, MusiquePlus ou RDS) qui reçoivent une partie de leur argent. Pas les chaînes «traditionnelles».
Autre donnée: six répondants sur dix sont convaincus qu'ils paient un montant dans leur forfait mensuel pour avoir accès à TVA ou TQS. Ce qui n'est pas le cas dans la réalité.
On trouve ces données dans le mémoire que TQS a remis au CRTC en prévision des audiences sur l'avenir de la télévision traditionnelle, qui se tiendront à la fin novembre.
Deux grandes idées
L'analyse que Radio-Canada propose dans son propre mémoire n'est pas si différente de celle de Quebecor ou de TQS. Les arguments de Radio-Canada sont organisés autour de deux grandes idées. La première, c'est que les chaînes de télévision traditionnelles, qui se financent essentiellement grâce à la publicité, commencent à manquer d'argent. Les revenus de publicités des chaînes spécialisées augmentent huit fois plus vite que les mêmes revenus des chaînes traditionnelles. De plus, de nouveaux modes de consommation, comme le récepteur vidéo personnel et la télévision sur commande, remettent en question le modèle traditionnel de la télévision, où vous étiez captif d'une émission diffusée à heure fixe, entrecoupée de messages publicitaires.
L'autre grande idée, c'est que le passage à la télévision numérique et à la haute définition (HD) coûte un prix de fou, alors qu'«aucune analyse de rentabilité solide n'a été fournie à l'appui de ce parti pris technologique», peut-on lire dans le mémoire de Radio-Canada. Radio-Canada ajoute même cet aveu étonnant: «il n'existe aucune raison valable sur le plan financier pour les télédiffuseurs de passer à la télévision numérique/HD»!
Alors, pourquoi le faire? Parce que les Américains le font, parce que tout le monde le fait, et parce que si on ne le fait pas, on craint de ne plus pouvoir proposer des émissions canadiennes de la même qualité que les autres.
Donc, Radio-Canada reprend l'idée qu'il faut trouver de nouvelles sources de revenus pour les bonnes émissions. La voie privilégiée serait que les distributeurs, que ce soit le câble ou le satellite, acceptent de verser une partie des revenus de leurs abonnés aux réseaux traditionnels.
Est-ce qu'une telle proposition ferait augmenter la facture pour le consommateur? De combien? Voilà un débat qui s'annonce plutôt chaud devant le CRTC en novembre.
Radio-Canada fournira au CRTC, tout comme ses concurrents, de nombreuses statistiques prouvant que les émissions canadiennes les plus écoutées le sont sur les chaînes traditionnelles et non sur les chaînes spécialisées, et que l'immense majorité des nouvelles émissions de création véritable sont diffusées sur les réseaux traditionnels, et non sur les spécialisés.
Mais il existe une autre statistique dans le mémoire de Radio-Canada qui frappe l'imagination: seulement 12 % des Canadiens reçoivent maintenant la télévision en direct, par voie hertzienne, dans les airs. Autrement dit, près de 80 % la reçoivent par le câble ou le satellite.
Radio-Canada propose dans son mémoire quelques idées de transformation de son réseau, pour essayer de livrer ses services partout au pays sur tous les supports possibles. Et Radio-Canada propose surtout que le CRTC mette fin à la diffusion en mode analogique au pays en août 2011.
En fait, pour le moment, Radio-Canada essaie désespérément de satisfaire tout le monde: les consommateurs qui ont encore des oreilles de lapin, l'immense majorité qui sont abonnés à des distributeurs, ceux qui sont déjà passés au mode numérique, et ceux qui en sont encore aux bons vieux signaux.
Tout cela semble bien technique, mais nous sommes au coeur de la discussion, puisqu'il s'agit de savoir comment la télévision sera distribuée dans les prochaines années, combien vous serez prêt à payer pour la recevoir, et quels sont les sommes dont les diffuseurs disposeront réellement pour faire de la bonne programmation.
pcauchon@ledevoir.com
Vos réactions
la télévision privé un manque d`idée. - par CLAUDE MILLETTE (claudemillet@videotron.ca)
Le lundi 16 octobre 2006 20:00

