Le Nobel d'économie va à l'Américain Edmund Phelps

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AFP
Édition du mardi 10 octobre 2006

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Le récipiendaire du prix Nobel d'économie 2006, Edmund Phelps, a appris l'heureuse nouvelle à son bureau de  l'université Columbia de New York.

Photo: Agence Reuters

Stockholm -- Le prix Nobel d'économie a été décerné hier à l'Américain Edmund S. Phelps pour avoir démontré que la priorité donnée à une politique anti-inflationniste avait des effets bénéfiques à long terme sur la croissance.

Son travail à la fin des années 1960 sur les arbitrages de politique macroéconomique a permis d'«approfondir notre compréhension des relations entre effets à court et à long terme», a expliqué l'Académie royale suédoise des sciences dans ses attendus.

«J'espérais avoir ce prix, mais je ne savais pas quand. J'ignorais si je l'aurais à l'âge de 60 ans, de 70 ans, de 80 ans...», a déclaré à l'AFP le professeur âgé de 73 ans.

M. Phelps, professeur d'économie à l'université Columbia de New York, recevra le prix doté de 10 millions de couronnes suédoises (environ 1,1 million d'euros) le 10 décembre à Stockholm.

«C'est un grand modernisateur de la pensée de Keynes» (l'économiste britannique John Maynard Keynes), a commenté pour l'AFP Xavier Timbaud, directeur du département d'analyse et de prévision de l'Observatoire français des conjonctures économiques, auquel Edmund Phelps est associé.

Selon M. Timbaud, l'économiste américain a contribué à donner des fondements théoriques aux intuitions de Keynes en matière de politique économique.

Néo-keynésien favorable à un certain degré d'intervention des pouvoirs publics dans l'économie et opposé à la seule régulation par les marchés, M. Phelps a en outre montré en quoi la politique économique avait un intérêt.

«Par rapport aux économistes néo-classiques qui souvent énoncent un théorème d'impossibilité, -- il n'est pas possible de faire mieux que le marché --, Phelps a suivi une voie de recherche complètement différente qui consiste à montrer qu'il fallait compléter le marché par la politique économique», souligne M. Timbaud.

Chômage et inflation

Jérôme Glachant, conseiller scientifique au Conseil d'analyse économique, relève de son côté que l'Américain a su compléter la pensée de Milton Friedman (prix Nobel d'économie en 1976 et père de la théorie monétariste) avec la définition notamment du «taux de chômage naturel», à savoir le taux de chômage en dessous duquel des tensions inflationnistes risquent de naître.

L'Académie a relevé que les analyses de M. Phelps avaient porté sur la façon de concilier des impératifs parfois contradictoires, comme inflation et chômage, pour définir une politique économique.

«Il a démontré de quelle manière les politiques de stabilisation macroéconomiques du futur dépendaient des décisions prises aujourd'hui: une inflation basse aujourd'hui induit une inflation basse à l'avenir», explique le comité. Selon Edmund Phelps, les anticipations et leur contenu jouent un rôle crucial et ont une influence déterminante sur l'efficacité de la politique monétaire.

Les recherches de M. Phelps à la fin des années 1960 et au début des années 1970 «ont changé notre façon de percevoir l'interaction entre inflation et chômage», permettant de mieux comprendre les causes profondes des deux phénomènes, a ajouté le jury.

«L'inflation ne dépend pas seulement du chômage, mais aussi des attentes des entreprises et des employés quant à l'augmentation des prix et des salaires», selon le professeur.

L'Américain a en outre analysé le rôle fondamental joué par l'éducation et la recherche-développement dans les processus de croissance.

Deux prix Nobel restent encore à décerner cette année. Jeudi, le prix de littérature sera annoncé à Stockholm et le Nobel de la paix vendredi à Oslo.


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