Le Chili dans la cour des grands
Mots clés : vignerons, vins
L'association Wines of Chili termine aujourd'hui une tournée canadienne. Accompagnés d'une quarantaine de vignerons, propriétaires et directeurs commerciaux, les vins du Chili se sont arrêtés dans plusieurs villes de l'ouest du pays.
Cet intérêt pour le Canada et surtout pour le Québec s'explique en raison de l'importance de ce marché pour ces producteurs. Le Canada représente pour eux rien de moins que le troisième marché en importance après le Royaume-Uni et les États-Unis.
Même si l'engouement pour les vins du Chili a connu ici ses plus belles heures de gloire il y a déjà 20 ans, le Québec n'en demeure pas moins intéressant et, bien sûr, lucratif.
Selon Ricardo Letelier, directeur général de Wines of Chili, «le Canada, et principalement le Québec, nous fascine et mérite toute notre attention. La clientèle connaît très bien le vin. Elle est exigeante, merveilleusement critique et assoiffée de connaissances.» C'est justement dans cette mesure que le Chili ne peut rêver d'un meilleur scénario. Après avoir vu de nombreux investisseurs s'établir dans leurs plus belles régions viticoles au cours des 30 dernières années, alors que le Chili s'équipait des plus modernes et performants outils de viticulture, la machine à faire du vin, beaucoup de vin, était lancée. Ils ont attaqué les marchés avec des prix imbattables.
La qualité, souvent, était moyenne, parfois même médiocre. Mais voilà que ce huitième producteur en importance sur la planète présente maintenant un virage qualitatif remarquable.
Avec, en tête de peloton, des entreprises comme Errazuriz, Perez Cruz, Cono Sur, Louis Felipe Edwards et Vina Montes, pour ne nommer que celles-là, les vins chiliens tendent à proposer plus de finesse, d'équilibre et de souplesse. Encore loin d'être en général des vins fluets, il est dorénavant possible de dénicher des vins amples, riches et charpentés, sans retrouver cette lourdeur, cette sensation volumineuse auxquelles ils nous avaient habitués.
La ligne de conduite est claire et dictée par les marchés sophistiqués comme le nôtre: les vins doivent charmer. Leur climat si favorable et leur méthode de culture si performante obligent à maîtriser, pour ne pas dire contrer, cette importante dose de sucre, ces alcools imposants et ces tanins gigantesques. L'heure est aux tanins plus souples, aux vinifications soignées et surtout à une extraction moins agressive.
Dans de nombreux domaines, tout est mis en place pour sculpter des vins plus élégants. Mais il leur faut maintenant sortir de cette image de vin puissant et bon marché.
Pour faire des vins de qualité, des vins de garde ou des vins fins, il y a un prix à payer. Pas moins au Chili qu'ailleurs, pour de bons vins, il faut alléger considérablement la bourse. Même si le Chili continuera de produire des vins à moins de 12 $ et des moyens de gamme entre 20 et 30 $, il faudra compter jusqu'à 60 $ pour goûter un fabuleux Altaïr 2002 ou 2003 (disponible seulement en importation privée chez Connexion Înophilia).
Leur défit tient dès lors à convaincre les amateurs que le Chili est capable de produire des vins d'une grande qualité pouvant rivaliser avec les grands de ce monde. En atteignant la plus haute marche des concours du monde viticole devant les Latour, Mouton et autres grands vins, les vignobles d'Edouardo Chadwick, avec sa cuvée Sena, font la preuve que cette terre de vin peut atteindre les plus fins palais.
Le Chili semble franchir l'orée du marché international du grand vin. Son potentiel est encore énorme malgré ses 112 000 hectares de vigne en production actuellement.
Le carmenère réserve de plus en plus de belles surprises, ce cépage magique des grands assemblages. Le pinot noir tente une percée et les résultats sont remarquables. Les gewurztraminers et rieslings sont pour le moins étonnants. Il faut donc croire que le meilleur reste à venir.
***
Avis aux intéressés: j'ai eu le privilège de redécouvrir ce splendide Chili en pleine effervescence en compagnie de Denis Bouchard lors des dernières vendanges, au printemps 2006. Je suis très mauvais juge mais je me permets de partager très modestement cette aventure dans le DVD Plaisirs du vin des productions Zone 3, disponible en librairie la semaine prochaine.
Vos réactions
Vin de Table - par Paul-Henri Simard (dramis@aei.ca)
Le vendredi 27 octobre 2006 09:00

