Recherche universitaire en pédagogie - Il faut comprendre comment se font les apprentissages

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Claude Lafleur
Édition du mercredi 04 octobre 2006

Mots clés : apprentissages

« Pourquoi ne trouve-t-on pas autant de filles que de garçons en science dans les universités ? »

Les filles réussissent aussi bien en science que les garçons.

Photo: Jacques Grenier

«En éducation, on ne devrait jamais parler de la réforme, mais plutôt des réformes, car ce domaine est toujours en réforme!», lance Manon Théorêt, directrice du département de psychopédagogie et d'andragogie de l'Université de Montréal.

Le monde de l'éducation est en fait constamment en phase de réforme, que ce soit la réforme des programmes d'enseignement, la réforme des curriculum, etc. «C'est la nature même du domaine, ajoute-t-elle, et ce sont les thèmes de recherche sur lesquels les professeurs de mon département travaillent.»

Spécialiste des questions de décrochage scolaire, Mme Théorêt supervise des équipes qui, en plus de participer à la formation des maîtres, mènent une foule de travaux sur l'apprentissage scolaire. «La grande mission de notre département, dit-elle, c'est l'étude des liens entre l'enseignement et l'apprentissage des élèves. En particulier, nous nous intéressons à tout ce qui touche les compétences et les méthodes d'enseignement ainsi qu'à leurs impacts sur la réussite des élèves.»

Ainsi, certains des chercheurs du département se penchent sur les questions de persévérance, qui englobent entre autres la prévention de l'abandon scolaire et la réussite des élèves dits «à risque». Un autre axe de recherche concerne le métier d'enseignant comme tel, dont l'insertion des jeunes enseignants, le mentorat entre enseignants d'expérience et nouveaux venus ainsi que, bien entendu, les enjeux de la fameuse «réforme». Enfin, d'autres chercheurs s'intéressent à l'apprentissage informel chez les adultes, dans les groupes communautaires, etc.

Pourquoi y a-t-il trop peu de femmes en science ?

Pour sa part, Manon Théorêt se passionne pour tout ce qui touche l'éducation en milieux moins nantis, tout spécialement en ce qui concerne la situation des filles. «Disons-le tout de suite, précise-t-elle, les élèves de ces milieux ne sont pas nécessairement tous "à risque". Ces milieux ne génèrent pas que des problèmes: il y a des jeunes qui s'en sortent fort bien, mais on n'en parle pas souvent!»

Elle s'intéresse non seulement à la prévention de l'abandon scolaire, mais également à la question des métiers non traditionnels pour les filles (carrières en science et en technologie) et, plus spécifiquement, pour les filles issues de milieux moins bien nantis.

Filles et garçons

La chercheure termine ainsi une étude sur les perceptions qu'ont les étudiantes par rapport à une possible carrière en sciences fondamentales (physique, génie, chimie, etc.). «J'ai essayé de voir, tant du point de vue des petites filles que de celles qui sont diplômées de l'université, comment elles perçoivent les sciences, pose Mme Théorêt. Voient-elles des obstacles dans le choix d'un parcours en science?»

Son équipe a observé que les filles réussissent aussi bien en science que les garçons. Pourtant, celles qui optent pour une carrière scientifique se dirigent davantage vers les disciplines d'aide à l'autre, en particulier en médecine ou en sciences vétérinaires. «Il y a encore très, très peu de femmes en génie, et encore moins en physique nucléaire!, observe-t-elle. Et pourtant, maintenant que les femmes ont investi l'école et sont considérées comme très compétentes, pourquoi n'en trouve-t-on pas autant que des garçons en science dans les universités?»

«Je pense que, aujourd'hui encore, on apprend aux filles qu'il est préférable pour elles d'être plutôt médecin qu'astronome, propose la chercheure. Il me semble qu'on pense encore beaucoup que les filles devraient, d'une façon ou d'une autre, se diriger vers une carrière d'aide. Après tout, beaucoup pensent que l'aide aux autres est une caractéristique féminine.»

Manon Théorêt rapporte en outre que les enseignants observent un manque flagrant d'information concernant les carrières scientifiques. Or, ce manque d'information conduirait naturellement les parents et l'entourage à suggérer aux jeunes de se diriger vers des carrières plutôt traditionnelles. «On sait tous ce que fait un médecin ou un vétérinaire, dit-elle, mais on se demande ce que fait exactement un technicien en assainissement des eaux. Ainsi, lorsque nos enfants paraissent intéressés par les sciences, on les pousse naturellement vers les choses que l'on connaît. Or, dans une société comme la nôtre, il y a un important manque de scientifiques dans maints domaines...»

Les «Scientifines», des modèles pour jeunes filles

Les chercheurs en pédagogie ne font pas que des observations et des études, ils mettent aussi la main à la pâte en créant des programmes d'aide. C'est ainsi que Manon Théorêt a été l'une des conceptrices des «Scientifines» qui, depuis 20 ans, apportent une aide concrète aux jeunes filles provenant de milieux défavorisés.

Ce programme vise à réduire les risques de décrochage scolaire en attisant la curiosité des jeunes filles au moyen de petites expériences scientifiques. Mais surtout, il cherche à développer chez elles l'estime de soi et la confiance en elles, des aptitudes qui leur serviront toute leur vie.

«La science à Scientifines, ce n'est pas le moteur, mais le moyen, indique Mme Théorêt. Il s'agit d'une intervention qui est à la fois plaisante et utile. Lors d'ateliers après l'école, on offre une collation, puis une période d'aide aux devoirs, et enfin, on fait une ou deux expériences scientifiques...»

Ces expériences visent simplement à intéresser les fillettes non pas aux sciences comme telles, mais au monde physique qui les entoure. «On sait que les filles s'intéressent naturellement aux autres, relate la chercheure, elles sont curieuses des sentiments des autres, de leurs intérêts, etc. Mais elles sont moins curieuses de savoir pourquoi, lorsqu'on appuie sur un interrupteur, la lumière s'allume ou s'éteint. Nous essayons donc de les outiller, non pas pour en faire des scientifiques, mais pour les intéresser à autre chose que les autres et le social.»

Depuis près de 20 ans que les Scientifines existent, l'intérêt des enfants est formidable, relate la chercheure. «Au départ, dit-elle, une quinzaine d'enfants seulement venaient librement au programme, alors que maintenant, c'est plus d'une soixantaine!»

De plus, le programme étant réservé aux filles, celles-ci évoluent et s'épanouissent entre elles, ce qui leur permet de développer une confiance en elles. «Elles constatent que, lorsque quelqu'un est doué dans le groupe, c'est une fille, remarque Manon Théorêt. Et lorsqu'il y a un chef de file, c'est aussi une fille. C'est fort important parce que cela leur fournit des modèles. Et elles acquièrent en outre des habiletés, comme celle de travailler en équipe, qui sont fort importantes de nos jours...»

Collaborateur du Devoir


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