Enseigner au programme technique - Former des professionnels en trois ans !
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Les défis de l'audioprothèse sont relevés à Rosemont
La profession d'audioprothésiste est peu connue du grand public. Un seul cégep dans la province, le Collège de Rosemont, offre le programme de formation en audioprothèse. Une petite équipe de professeurs devant allier connaissances scientifiques, cliniques, technologiques et administratives: l'enseignement en audioprothèse représente tout un défi.Un audioprothésiste est responsable de l'appareil auditif d'une personne malentendante. Une fois la formation de trois ans complétée, les finissants deviennent automatiquement membres de l'Ordre des audioprothésistes du Québec. «Le programme est donné au cégep, mais nous formons vraiment des professionnels autonomes de la santé auditive. Certains sont surpris que cette formation soit de niveau collégial plutôt qu'universitaire, puisque le programme est très rigoureux», affirme M. Tougas.
Un enseignement multidisciplinaire
Pour enseigner dans le domaine de l'audioprothèse, il faut s'intéresser à plusieurs domaines d'étude. «Le grand défi de l'enseignant, c'est de favoriser l'intégration de compétences scientifiques, cliniques et techniques. Même les professeurs spécialisés dans d'autres domaines que l'audioprothèse doivent adapter leur contenu pour notre programme. Par exemple, en biologie, les étudiants n'étudient pas simplement la cellule, mais bien la cellule appliquée à l'oreille», indique M. Tougas.
Les professeurs d'audioprothèse doivent aussi sensibiliser les étudiants aux différentes facettes de la profession. Bien sûr, il y a l'aspect technologique où les étudiants visualisent l'écoute du patient grâce à l'informatique et peuvent voir l'amélioration due à la prothèse auditive. Mais les étudiants ne doivent pas négliger tout l'aspect de la relation d'aide.
«Pour pouvoir aider véritablement son patient, il faut le prendre dans sa globalité et être à son écoute. On ne peut pas simplement lui donner une prothèse qui améliore son écoute et le renvoyer chez lui. D'abord, il faut comprendre que le patient qui a perdu un bon pourcentage de sa capacité d'écoute doit s'habituer à réentendre. Il a la paix et, tout d'un coup, il entend plein de bruits. Il arrive souvent qu'il trouve qu'il entend trop, alors il faut y aller progressivement. C'est aussi l'audioprothésiste qui effectue le suivi du patient au fil des ans», explique M. Tougas.
Les enseignants doivent aussi tenir compte de l'aspect administratif, puisque les audioprothésistes font de la pratique privée et doivent avoir quelques connaissances générales dans le domaine. «C'est un aspect de la pratique que nous ne devons pas négliger. D'ailleurs, les étudiants ont un cours de gestion de bureau appliquée à l'audioprothèse. Ils apprennent entre autres à faire un plan d'affaires et à démêler les différents programmes d'aide gouvernementaux dont peuvent bénéficier les patients lorsque vient le temps de se procurer une prothèse», ajoute-t-il.
Des enseignants impliqués
Les enseignants en audioprothèse du Collège de Rosemont forment un très petit groupe. «Nous représentons 2 % des effectifs du cégep. Pourtant, nous avons à notre disposition un laboratoire de pointe d'une valeur d'un million de dollars. Si nous avons réussi ce tour de force malgré notre petite équipe, c'est que chacun est très impliqué dans la promotion de la profession et dans le renforcement du partenariat que nous avons avec l'industrie pour la mise à jour de l'équipement du laboratoire», poursuit l'enseignant qui a participé au développement du programme d'audioprothèse depuis sa mise sur pied, en 1981.
Les professeurs d'audioprothèse font également tous de la pratique privée. «Les horaires sont aménagés en conséquence puisque nous considérons que c'est une forme de perfectionnement. C'est important que le professeur demeure connecté sur les réalités du milieu du travail. C'est bon aussi pour sa crédibilité auprès des étudiants», soutient M. Tougas.
Des étudiants matures et responsables
Le programme d'audioprothèse est contingenté puisque seulement une trentaine d'étudiants par année sont acceptés afin que chacun puisse bénéficier de l'équipement nécessaire en laboratoire. Les étudiants sont âgés en moyenne de 25 ans. Plusieurs ont déjà suivi des cours au niveau collégial, sans nécessairement avoir terminé une première formation, alors que d'autres ont même étudié à l'université. «Le défi avec ce type d'étudiants, c'est de les amener à faire vraiment de leurs études une priorité, car ce sont des gens qui souvent ont des enfants, un travail et beaucoup d'autres responsabilités», explique l'enseignant.
Pour arriver à maintenir l'intérêt des étudiants, les professeurs doivent miser sur le concret. «Nous devons justifier ce que nous faisons pour qu'ils "embarquent". Les étudiants doivent toujours comprendre l'utilité de l'activité. Pour y arriver, nous avons organisé des ateliers libres les mercredis après-midi. Pour chaque groupe, nous prévoyons des activités qui renforcent le contenu du cours par l'application directe. Ces ateliers permettent aussi à l'étudiant de venir chercher de l'aide individuelle», affirme M. Tougas.
Une petite trentaine par année
Les professeurs doivent aussi demeurer réalistes dans leurs demandes et tenter d'être toujours pertinents quant aux travaux exigés. «Lorsque nous réussissons tout ça, ça va bien. Les étudiants sont motivés et ne manquent pas de cours puisqu'ils savent qu'ils doivent être présents en classe s'ils ne veulent pas échouer», ajoute-t-il.
Si, en ce moment, seulement une trentaine d'étudiants sont acceptés chaque année dans le programme d'audioprothèse, tout pourrait bientôt changer. «Présentement, le taux de placement est de pratiquement 100 %, mais il y a tout de même un équilibre entre le nombre d'audioprothésistes au Québec et la demande de services. Toutefois, d'ici quelques années, il y aura probablement un grand besoin à combler avec le vieillissement des "baby-boomers". C'est donc une profession d'avenir avec de très bonnes perspectives d'emploi», conclut M. Tougas.
Collaboratrice du Devoir
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