Éducateurs sans frontières - Une deuxième carrière... en Afrique
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La Fondation PGL offre des séjours aux enseignants du Québec

Photo: Agence Reuters
En septembre 2005, l'instituteur Galibois troquait le plus beau métier du monde pour le transport de marchandises lourdes! C'est dire s'il en avait ras le bol. Puis lui est venue l'idée de partir à l'étranger pour se chercher un peu, mais surtout pour coopérer. La fondation PGL lui a offert la chance de devenir Éducateur sans frontières (ESF). Après l'entrevue de sélection et une minutieuse préparation, Stéphan s'est envolé pour le Burkina Faso, un pays dont il connaissait le nom et c'est à peu près tout...
Mentors pour trois mois
Le programme Éducateurs sans frontières de la Fondation Paul-Gérin-Lajoie permet à des enseignants d'agir à titre de consultants en éducation dans des pays en développement pour une période de trois mois. Là-bas, les Québécois sont jumelés à des enseignants retraités qui agissent à titre de mentors bénévoles pour leur pays. Le but du programme est de rendre ces mentors autonomes dans leurs interventions auprès des enseignants locaux. Car une fois les Québécois partis, ce sont eux qui transmettront leur savoir à de jeunes enseignants qui n'ont souvent suivi qu'une année de formation.
François Picard est lui-même un retraité de l'éducation. Après avoir enseigné les mathématiques au secondaire, il a occupé le poste de directeur dans une école primaire. C'est à un directeur retraité qu'il a été jumelé au Burkina Faso lors de son expérience en janvier 2003. «Ça nous valorise de pouvoir amener notre petite contribution en tant que retraités, explique-t-il. On sent qu'on peut encore être utile.»
Au Burkina Faso, les conseillers pédagogiques n'ont pas les moyens de se déplacer d'école en école. Les enseignants sont laissés à eux-mêmes. «Ils ont un manuel du maître où tout est expliqué à la minute près, explique Stéphan Galibois. Ce sont donc plus des techniciens en éducation que des enseignants. L'objectif est que les professeurs à la retraite qui ont une passion pour l'enseignement deviennent des mentors et jouent le rôle de conseiller pédagogique.»
Colonisateurs exclus !
Pas question pour les Éducateurs sans frontières d'aller dire quoi faire aux Africains! Là-bas, le spectre du colonisateur n'est pas loin. «C'est un danger qui nous guette, explique François Picard. On est tenté d'imposer notre vision et de traiter les "locaux" de façon condescendante. Mais la fondation nous avait bien indiqué au départ qu'on n'avait pas à implanter de programme là-bas. Ceux qui ont les solutions à leurs problèmes, ce sont les Africains.»
En une petite anecdote, François Picard résume bien l'écart qui existe entre les mentalités. Une des écoles à laquelle il était assigné avait mis sur pied un projet de cantine. Chaque parent devait fournir un peu de nourriture pour que les enfants mangent le midi. Le jour de l'ouverture de la cantine, le directeur a invité seulement les enfants dont les parents avaient donné des vivres à manger.
«Dans notre mentalité de Québécois, même si les parents ne paient pas, les enfants font les activités, raconte François Picard. On voulait les sensibiliser et leur dire que ce n'était pas correct.» Mais le directeur leur a expliqué que le fait de donner à manger à tous sans discrimination était le meilleur moyen de faire mourir la cantine. Les parents ayant donné cesseraient de le faire puisque, de toute façon, leurs enfants mangeraient qu'ils contribuent ou non.
Nouvelles valeurs
Sur le terrain, le système de valeurs des ESF est ainsi complètement chambardé. «Ça m'a montré qu'on était très capricieux au Québec, explique Stéphan Galibois. J'ai vu des survivants de la polio qui marchaient sur deux mains et qui étaient heureux. Moi quand j'ai la grippe je me plains! Maintenant, je relativise plus. On dit qu'il manque de ressources au Québec, mais je "réalise" qu'on peut faire beaucoup avec peu.»
La différence qui marque le plus les Québécois, c'est le silence qui règne au milieu d'une centaine d'élèves. «Les classes sont surpeuplées, mais les enfants sont très calmes parce qu'ils ont un respect énorme pour le maître. Les troubles de comportement, ça n'existe pas!», raconte Stéphan Galibois.
«Là-bas, les enfants n'ont pas de place, explique le jeune enseignant. C'est très militaire. Les professeurs retraités qui étaient avec moi m'ont dit que c'était un peu comme avant la Révolution tranquille. Ici, on est passé d'une société où l'enfant n'avait pas de place à une société où l'enfant a toute la place. Je pense qu'il y a un juste milieu.»
Mais François Picard a une autre explication à ce silence monastique: «Nous sommes des bébés gâtés et nos enfants sont à notre image. Les Africains ont une soif d'apprendre. L'éducation est un privilège. Nos enfants sont tellement gâtés que pour eux, aller à l'école, c'est une obligation.»
Les ESF reviennent transformés d'un tel échange culturel. «On a l'impression d'avoir reçu plus que d'avoir donné», dit François Picard. Quant à Stéphan Galibois, il est retourné à l'enseignement après son expérience africaine. «J'ai beaucoup aimé le rôle de conseiller pédagogique. Pour moi, un enseignant, c'est comme un soldat de l'éducation. C'est lui qui est au front. Je ne veux plus être au front, mais je suis tout de même très sensible à l'éducation. Et quand on voit les conditions dans lesquelles les enseignants travaillent là-bas, finalement on se rend compte que ce qu'on faisait n'était pas si pire...»
Collaboratrice du Devoir
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