Une jeune enseignante témoigne - Il y a loin de l'université à l'école

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estelle zehler
Édition du mercredi 04 octobre 2006

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« Ce qui a été formidable, c'est que nous avons bénéficié d'une grande proportion de stages dans notre "cursus" »

Jeune enseignante pleine de passion, Véronique Rolland est entrée dans le jeu au terme de quatre années d'université. Elle a commencé sa carrière en effectuant des temps d'enseignement partagés. Pendant un an, elle a donc soutenu divers collègues en dispensant certains cours où ils n'étaient pas présents. Depuis deux ans, elle est titulaire de sa propre classe, plus sereine grâce à cette phase transitoire. En effet, si sa formation universitaire l'avait préparée en partie à son métier, certains éléments ne peuvent s'acquérir que sur le terrain. Théorie et pratique ne sont pas toujours en parfaite harmonie.

Lorsque Véronique Rolland commence ses études, la réforme scolaire est déjà lancée. «Toutefois, il me semblait que le milieu universitaire n'était pas encore prêt à l'enseigner.» Dans certains cours, l'enseignement était bien fondé sur cette nouvelle philosophie alors que, dans d'autres, il était encore question de l'ancien programme. En outre, certains professeurs n'avaient jamais enseigné au primaire et ne possédaient qu'un savoir théorique. Plusieurs points professés versaient davantage dans l'utopie. Ainsi, certains professeurs portaient la pédagogie par projet au pinacle et prônaient sa quasi-exclusivité. «Le recours aux manuels scolaires était déconsidéré car jugé peu créatif. Je pensais que j'allais mettre de côté tous les manuels! Aujourd'hui, je sais que c'est

irréaliste.»

Pourtant, l'enseignante croit fermement à l'enseignement par projet. Elle y a recours le plus possible dans sa classe. Cependant, si l'élève doit être au centre des apprentissages, il n'est pas possible de supprimer l'enseignement magistral. Que de doutes alors pour les jeunes enseignants qui se lancent! «Quand j'ai commencé à travailler, je me demandais si je faisais bien d'utiliser également un enseignement plus classique. Mais après avoir discuté avec mes collègues, je me suis aperçue qu'il était impossible de fonctionner toujours par projet ou par atelier.»

Les cours universitaires ne reflètent donc pas toujours la réalité scolaire. Ne serait-il pas plus sage de considérer les manuels comme un port où les navires viendraient remplir leurs soutes avant d'entreprendre de longues traversées?

L'importance des stages

Au-delà de ces nombreux décalages entre l'apprentissage universitaire et la pratique professionnelle, il y a cependant des aspects très formateurs, en particulier l'intégration de périodes de stage en milieu scolaire. «Ce qui a été formidable, c'est que nous avons bénéficié d'une grande proportion de stages dans notre "cursus".» En effet, quatre stages annuels se sont succédé, avec chaque fois des périodes de prise en charge totale des classes de plus en plus longues.

La première année, les stagiaires, après une période d'immersion auprès d'un maître associé, ont assumé seuls la prise en charge de la classe durant trois jours, pour parvenir à une quarantaine de jours lors de la dernière année.

Il existe également des formations dont la teneur a pu être grandement appréciée lors du passage des étudiants à la vie professionnelle. «Les cours traitant des enfants en difficulté d'apprentissage me sont aujourd'hui très utiles dans mon travail quotidien.» L'enseignante regrette toutefois qu'ils n'aient pas été plus nombreux ou plus développés.

La récente expérience professionnelle de Véronique Rolland l'amène à une conclusion: «Je trouve que l'on n'apprend que moyennement à l'université ce que l'on va enseigner.» Certes, les cours concernant les difficultés d'apprentissage et les différentes pédagogies sont des éléments vitaux. «Mais, poursuit-elle, les façons d'enseigner une fraction ou une fonction de grammaire, c'est bien plus lors des stages que sur les bancs de l'université que nous les apprenons.»

Les questions de gestion d'une classe prennent toute leur ampleur au sein d'échanges avec les enseignants de terrain. L'appropriation des ficelles du métier exige de façon péremptoire un investissement du milieu.

L'indispensable soutien des collègues

La première année d'enseignement de Véronique Rolland a été très formatrice à cet égard. Aucun poste n'était disponible, sinon des contrats à «temps partagé». Elle enseignait par conséquent une journée en première année, une autre en cinquième, tout en assumant des cours d'enseignement moral, d'enseignement religieux protestant et de francisation. Elle procédait en outre à des évaluations d'élèves de maternelle avant leur passage au primaire. «Heureusement, c'était dans la même école!», dit-elle pour moduler cette énumération étourdissante.

La diversité des contrats décuplait cependant la somme de travail, notamment en matière de gestion de classe. «J'aurais pu travailler 80 heures par semaine. Dans une même journée, je pouvais intervenir auprès de différents élèves, ce qui n'est pas nécessairement idéal pour une personne qui débute.» Organisation et planification se sont avérées indispensables pour équilibrer sa vie professionnelle et sa vie privée.

Pour y parvenir, l'aide de ses collègues, notamment de ceux dont elle partageait la classe, a été précieuse, tout comme par ailleurs celle de ses amis d'étude. Elle a également fait appel aux conseillers pédagogiques de la Commission scolaire Marie-Victorin. «Le soutien de la direction de l'école n'est pas non plus négligeable», ajoute Véronique Rolland.

Locaux partagés

L'école Gentilly, dans laquelle elle enseigne toujours, est particulièrement sensible à ce fait. La direction a notamment produit un document relatant le fonctionnement de son établissement pour une meilleure intégration de ses nouveaux enseignants. Il faut dire aussi que le fait de partager des classes avec des collègues comporte des aspects intimidants. «Il demeurait que je rentrais dans la classe d'un autre enseignant, donc dans son organisation, que je souhaitais respecter. Je n'osais pas trop m'approprier ses affaires.» Prendre sa place n'était pas simple; il a fallu effacer toute trace de timidité.

Cependant, si l'on interroge la jeune enseignante quant aux sentiments qu'elle a éprouvés lors de son entrée dans la vie professionnelle, elle parlera surtout d'un sentiment de fierté en oubliant les doutes éprouvés -- une fierté qui naît dans le fait d'être reconnue en tant qu'enseignante.

Au terme de cette année initiatique, l'expérience acquise a été incommensurable. Véronique Rolland ne regrette pas un instant ce passage, qui lui a permis d'étoffer son curriculum et ses habiletés, et lui a fait découvrir qu'elle exerçait l'un des plus beaux métiers du monde -- un point de vue qui, lui, est tout à fait partageable.

Collaboratrice du Devoir


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