Comprendre l'inexplicable

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Marie-Andrée Chouinard
Édition du lundi 02 octobre 2006

Mots clés : effondrement

Pierre Marc Johnson dirigera la commission d'enquête devant faire la lumière sur l'effondrement d'un viaduc qui a fait cinq morts à Laval

L'une des voitures dans lesquelles se trouvaient les victimes a pu être dégagée des décombres du viaduc à 3h30 du matin dimanche. À gauche, des policiers se préparent à la recouvrir d'une toile.jacques nadeau le devoir
L'une des voitures dans lesquelles se trouvaient les victimes a pu être dégagée des décombres du viaduc à 3h30 du matin dimanche. À gauche, des policiers se préparent à la recouvrir d'une toile.

Photo: Jacques Nadeau

Afin de «comprendre l'inexplicable» que demeurait hier l'effondrement meurtrier du viaduc de la Concorde à Laval, le premier ministre Jean Charest a promis la tenue d'une commission d'enquête, espérant trouver l'anomalie qui a entraîné la mort de cinq personnes, en blessant six autres au passage.

Au lendemain de l'écrasement mystérieux d'un tronçon du viaduc sur l'autoroute 19, M. Charest s'est rendu sur les lieux du drame et a promis que tout serait «mis en oeuvre pour aller au fond des choses». Une enquête publique menée par l'ancien premier ministre Pierre Marc Johnson permettra peut-être d'élucider le mystère que constituait hier pour tous l'affaissement du tablier du viaduc conçu il y a à peine 35 ans, inspecté l'année dernière et brièvement examiné quelques instants à peine avant le malheur sans qu'on décèle un problème important.

«Nous allons tenter de comprendre l'inexplicable», a indiqué hier après-midi M. Charest, flanqué pour l'occasion de la ministre responsable de la région de Laval, Michelle Courchesne, du ministre des Transports, Michel Després, et du maire de Laval, Gilles Vaillancourt. Le premier ministre, qui a reporté ses vacances pour suivre la gestion de cette crise, a bien sûr offert ses condoléances aux familles des victimes et son soutien aux blessés.

Un nouveau bilan dévoilé hier par la Sûreté du Québec porte à cinq le nombre de décès: l'on sait que Jean-Pierre Hamel, 40 ans, sa conjointe Sylvie Beaudet, 44 ans, et son frère Gilles Hamel, 44 ans, tous trois Lavallois, ont péri dans un premier véhicule. Hier encore, l'identité des deux occupants de la seconde voiture écrasée par l'effondrement de la structure n'avait pas été révélée, la famille n'ayant pas été prévenue.

Des six personnes également blessées samedi, une seule demeurait hier dans un état jugé critique, le personnel médical de l'Hôpital Sacré-Coeur ne craignant pas toutefois pour sa vie. Lors d'un point de presse en matinée hier, le directeur des services professionnels et de santé de cet hôpital, le Dr Jacques Laplante, a précisé que l'état général des blessés s'était amélioré.

Après avoir reçu son congé de l'hôpital, l'un des blessés relatait hier la chance de s'être tiré de cette rocambolesque aventure avec une seule coupure sur la tête, comme l'a indiqué hier Robert Hotte à la Presse canadienne. Il conduisait sa voiture sur le viaduc de la Concorde lorsque la route a littéralement commencé à s'effondrer sous ses roues. «Nous sommes tombés avec le pont», a-t-il confié, sa conjointe étant toujours hospitalisée, mais dans un état jugé stable. «Tout était complètement noir.»

Leur véhicule est tombé sur le côté du passager, en plein milieu des débris. Les deux occupants ont réussi à s'en extirper en utilisant une fenêtre, attendant ensuite quelques instants avant qu'une auto-patrouille n'appelle les secours pour eux. «C'était comme des montagnes russes», a dit M. Hotte.

«[Samedi], le temps s'est arrêté à Laval», a indiqué Michelle Courchesne, avant d'offrir, comme les autres membres de son gouvernement, ses condoléances aux familles des victimes et aux blessés. «L'événement tragique survenu [samedi] revêt un caractère exceptionnel», a indiqué ensuite le ministre des Transports, Michel Després, avant de détailler l'ensemble des mesures d'inspection prévues sur les structures s'apparentant au viaduc de la Concorde.

La mine épuisée, M. Després a tenté de concilier le message rassurant à la population sur l'état de ces 4900 autres structures -- dont 4300 ponts -- dont il a la charge, avec la totale incapacité d'expliquer le déroulement malheureux des événements de samedi.

Le tronçon affaissé avait subi une inspection technique en mai 2005, «sans qu'on puisse détecter d'anomalies», a expliqué le ministre. Une demi-heure avant le drame, à la suite d'une information voulant qu'un tronçon de béton se soit détaché de la structure, un patrouilleur du ministère des Transports a effectué sur place «une inspection visuelle et auditive». «L'évaluation qu'il a faite à ce moment-là ne commandait pas la fermeture du pont», a affirmé M. Després, ajoutant plus tard que cet homme était «sûrement aujourd'hui excessivement malheureux».

Le mystère maintes fois évoqué serait lié au caractère somme toute «jeune» du viaduc, construit il y a 36 ans, et normalement conçu pour une durée d'au moins 70 ans. Un viaduc en tous points semblables -- même âge, même conception, même localisation -- a été fermé dès samedi, le temps qu'on le déclare hors de danger (le viaduc De Blois), une vingtaine d'autres, «aux caractéristiques qui s'apparentent», étaient sous haute surveillance. «Au moindre indice d'anomalie, le ministère prendra les moyens et fermera les structures», a lancé le ministre des Transports.

«Qu'est-ce qui est en cause?», s'est plus d'une fois demandé le ministre. «On ne le sait pas.» Problèmes de conception? De construction? D'entretien? L'enquête publique, que le Syndicat des ingénieurs du gouvernement du Québec souhaite voir étendue à l'entretien de l'ensemble du réseau routier québécois plutôt qu'à ce seul infortuné tronçon, «va examiner si tout le travail a été bien fait», comme l'a précisé le premier ministre Charest en après-midi.

«Lorsqu'il est question de sécurité, ce n'est pas une question de budget. Quand il se présente une situation qui met en péril la sécurité des gens, on n'a jamais hésité à mettre de l'argent», a répondu le chef du gouvernement, pressé de questions sur les choix de son gouvernement en matière d'entretien et de développement du réseau routier. «Ce n'est pas une question de choisir l'un ou de l'autre», a dit Jean Charest, qui a assuré qu'il se sentait en sécurité sur les routes du Québec, et ce, malgré le caractère vieillot de certains tronçons.

De l'aveu même du ministre Michel Després, environ 2000 ponts ont besoin de travaux, les trois quarts d'entre eux ayant l'âge du viaduc tombé samedi. «Nous serons plus agressifs [sic] s'il le faut en termes budgétaires», a promis M. Després. Alors que la routine habituelle d'entretien commande une inspection générale de chaque structure tous les ans et une analyse approfondie tous les trois ans, M. Després a répété que son ministère évaluait «l'état des travaux et l'urgence. Je vais vous dire: on ne prendra pas de chance, à partir d'aujourd'hui, on va revoir l'ensemble de notre plan».

Alors que d'importants problèmes de congestion routière sont appréhendés dès ce matin, les porte-parole du gouvernement ont tous convié la population à délaisser la voiture au profit du transport en commun ou encore de tenter le covoiturage. Ceux qui n'auraient d'autre choix que de conserver leur statut d'automobiliste ont été invités à faire preuve de patience et de courtoisie.


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