Mexique - La gauche au pied du mur
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Les opposants de Calderón n'ont plus que la rue pour contester l'élection

Photo: Pedro Ruiz
Depuis le scrutin, la capitale mexicaine aura été le théâtre d'un mouvement de résistance civile pacifique sans précédent au pays. Un mouvement qui, depuis le 30 juillet dernier, s'est matérialisé en une gigantesque occupation du centre-ville. Se disant victimes de fraude électorale, des milliers de sympathisants ont ainsi imité leur chef et planté leur tente sur l'asphalte du Paseo de la Reforma, une importante artère, ou sur les pierres du Zocalo, le coeur historique de la ville.
Par la suite, le mouvement a dû encaisser le dur coup que lui a asséné le Tribunal fédéral électoral le 5 septembre dernier. Après avoir préalablement refusé un recomptage total des votes, l'instance a finalement rejeté les allégations de fraude et sanctionné Felipe Calderón à la présidence de la république. Plutôt que de se laisser abattre, le candidat défait a appelé ses militants à refuser cette «République simulée menée par des traîtres à la patrie» et à entrer dans une deuxième phase de la résistance, qui allait durer encore 10 jours.
Hier à l'aube, après 48 jours de «camping», les militants ont levé le camp à la demande de López Obrador, en prévision des festivités reliées au Jour de l'Indépendance et du Congrès national démocratique des 15 et 16 septembre.
Depuis le tout début, la résistance pacifique s'était peu à peu installée, toujours avec le même mot d'ordre: ne pas tomber dans aucune provocation, ni commettre un seul acte de violence. Même s'il y a eu très peu de confrontations directes entre les militants du PRD et du PAN, la tension pouvait se sentir à travers le pays. Pour plusieurs commerçants situés le long du Paseo de la Reforma, cette occupation a signifié une perte importante de recettes.
Le président désormais élu, Felipe Calderón, s'est aussitôt empressé de ridiculiser ce siège, qui ne paralysait pourtant que localement la ville. Pour lui, ce sont les habitants de Mexico qui ont souffert «de l'irrationalité et de ce geste d'intolérance» qu'a représenté l'élaboration du campement. «C'est un acte totalement contraire à l'intérêt national et également totalement contraire à l'intérêt politique du parti de ceux qui en sont les responsables», avait-il déclaré.
N'empêche que depuis qu'il est officiellement en attente de se voir passer le flambeau, la vie poltique de Felipe Calderón est devenue quelque peu compliquée. Dans presque tous les États et les endroits de la capitale ou il s'est rendu pour des rencontres ou prononcer des discours, des sympatisants du mouvement de résistance l'attendaient avec la ferme intention de saboter ses actes.
Les cris et les actions menées par ces «résistants» ont souvent réussi à changer le programme de Felipe Calderón et de Vicente Fox et dans certains cas, ces légères altercations ont conduit à des détentions provisoires. Les organisateurs et les conseillers du parti ont même été contraints de ne pas rendre public à l'avance l'agenda du nouveau président. Certains partisans du PAN osent désormais croire que la levée des camps signifiera la fin des protestations partout au pays et ramènera la paix sociale.
Une 4e République
Lors de sa dernière assemblée informative tenue hier en avant-midi, López Obrador en a profité pour annoncer ses intentions. «Je ne me rendrai pas!» a-t-il martelé devant des centaines de ses sympathisants en délire qui s'étaient rassemblés au Zocalo pour l'entendre. «Obrador, tu n'es pas tout seul», lui ont répondu en choeur ses plus fidèles auditeurs qui, pour la plupart, n'ont pas manqué un seul de ces grands rendez-vous quotidiens.
Suivis presque aussi religieusement que des messes, ses discours n'ont pas manqué d'attirer chaque jour des centaines de personnes, tant sous les pluies diluviennes du district fédéral que lorsque plombait un soleil ardent. Assis sur des petites caisses de bois ou debout, pour la plupart, des hommes et des femmes, surtout des vieillards, pouvaient attendre des après-midi entiers que leur chef vienne leur parler.
Ses derniers mots, López Obrador les a eus pour son équipe, les citoyens qui l'ont supporté, les journalistes, mais aussi les membres de la coalition «Pour le bien de tous», qui ont, comme lui, résisté pendant 48 jours. «Je veux vous remercier, fondateurs et fondatrices de ce mouvement, précurseurs de la construction d'une nouvelle République», a-t-il dit, visiblement ému.
«Gouvernement parallèle», «coalition itinérante», toute la semaine, le chef de cette résistance civile pacifique avait donné des indices sur la tournure que prendrait le mouvement à l'approche de son Congrès national démocratique. Mais rien n'était apparu aussi clair que la construction d'une «quatrième République». Il a profité de cette dernière appartition publique avant le congrès pour officialiser la création du Grand Front progessiste, qui rassemble sous sa nouvelle bannière des partis de la gauche tels le Parti travailliste, le PRD et le Parti de la convergence.
Lors de cette rencontre inédite, sous forme de tables de discussions et de débats un peu partout autour du Zocalo, les partisans du mouvement de résistance seront invités à prendre d'importantes décisions. Sur dix points bien précis, des résolutions seront prises: reconnaître ou non la présidence de Felipe Calderón et le régime de la république, si une coordination de la résistance civile pacifique vaut mieux qu'un gouvernement légitime, si les accords et les décisions prises à l'issue du Congrès auront un caractère obligatoire pour les adhérents, etc.
Pour le porte-parole officiel du PRD, Gerardo Fernandez Noroña, la solution réside dans un gouvernement parallèle «décidé par le peuple». «Se taire et constituer un parti d'opposition au parlement reviendrait à admettre qu'on reconnaît le gouvernement qui se prétend en poste. C'est justement ce contre quoi on lutte», a-t-il affirmé.
Quoi qu'il en soit, tous les regards de la république et même d'ailleurs seront tournés vers ce pays qui semble bien vouloir croire en ses fondements démocratiques. Bien que le dénouement de la crise soit encore incertain, une chose est sûre: c'est toute une page de l'histoire du Mexique qui est en train de s'écrire.

