Silence pour les victimes

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Le Devoir
Édition du mardi 12 septembre 2006

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Les États-Unis soulignent dans la douleur le cinquième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001

À Ground Zero, hier, une mère et sa fille cherchaient sur «le mur du souvenir» le nom d'un proche parmi ceux des quelque 3000 victimes des attentats survenus le 11 septembre 2001.

Photo: Agence France-Presse

Cinq ans après le 11 septembre 2001, les États-Unis ont rendu hommage hier aux victimes des pires attentats de leur histoire, qui ont fait près de 3000 morts et ébranlé le monde entier. De New York à Washington, en passant par le champ de Pennsylvanie où s'est écrasé un des quatre avions détournés, des cérémonies ont eu lieu sur chacun des lieux frappés par les kamikazes d'al-Qaïda au cours de cette matinée fatidique.

À 8 h 46 hier matin, heure précise à laquelle le premier avion détourné s'était écrasé sur la tour nord du World Trade Center (WTC), une première minute de silence a été observée à Ground Zero. Peu après, le silence s'est fait à trois reprises sur l'emplacement de 6,5 hectares où étaient érigées depuis 1973 les deux tours jumelles: à 9 h 3, lorsque le deuxième avion piraté avait percuté la tour sud; à 9 h 59, lorsque cette même tour sud s'est effondrée en premier, puis à 10 h 29 lorsque la tour nord s'est écroulée à son tour.

«Nous sommes revenus pour nous souvenir de la valeur de ceux que nous avons perdus, de ceux qui innocemment sont allés au travail ce jour-là et des âmes courageuses qui sont parties à leur recherche», a déclaré Rudolph Giuliani, qui était maire de New York au moment des attentats. Pour l'actuel maire de New York, Michael Bloomberg, «chaque personne morte ici, connue ou inconnue», est «toujours avec nous». Les épouses et proches des 2749 victimes sont venus lire à la tribune, à haute voix, le nom des disparus. «Mon amour pour toi est éternel», a déclaré Maria Acosta, qui a perdu son ami Paul John Gill et qui a commencé a égrener la longue liste. «Et nous vous aimons tous.»

Le président George W. Bush, qui s'était rendu dimanche soir sur les lieux de l'ancien World Trade Center, a observé ces instants de recueillement avec les pompiers new-yorkais de la caserne Fort Pitt dans le Lower East Side, le quartier général du «Bataillon quatre» des pompiers. C'est de là que les premiers soldats du feu étaient partis pour sauver des vies à l'intérieur des tours, au péril de la leur. En tout, 343 d'entre eux ont perdu la vie ce jour-là.

Même recueillement à Washington, où une minute de silence a été observée à 9 h 37, l'heure exacte à laquelle un des avions détournés a fini sa course contre le Pentagone. La cérémonie s'est déroulée en présence du vice-président Dick Cheney et du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld. Les deux hommes ont aussi affiché leur détermination à lutter contre les terroristes. «Nous n'avons pas l'intention d'oublier ou de laisser en paix la dernière équipe de fanatiques de l'histoire qui essaie de prendre le pouvoir en tuant», a déclaré M. Cheney. M. Rumsfeld a pour sa part expliqué, au sujet des chefs de file des terroristes, qu'«ils essaient chaque jour de nous convaincre de douter, de nous faire perdre confiance les uns envers les autres et de nous faire croire que le combat contre eux ne peut pas être gagné ou n'en vaut pas le prix».

Dans un entretien avec la chaîne de télévision NBC, le président George W. Bush a lui aussi reconnu que la menace persistait. «Oui, ils sont toujours là. Et ils sont dangereux», a-t-il déclaré. Il a également répondu aux critiques de ses méthodes antiterroristes en assurant que les moyens employés pour faire parler des membres importants d'al-Qaïda étaient «légaux».

M. Bush a même rejeté les critiques d'un programme secret d'interrogatoire. «Mon travail, c'est de protéger ce pays», a-t-il dit, «et c'est ce que je ferai dans le respect de la loi. Et c'est constamment critiqué après coup par des gens qui ne vivent pas aux États-Unis». «Mais, permettez-moi de vous rappeler que, pour ces gens, le 11-Septembre, n'était qu'une mauvaise journée; en ce qui nous concerne, cela a provoqué un changement d'attitudes», a ajouté le président américain.

Enfin, M. Bush s'est rendu à Shanksville, en Pennsylvanie, où des centaines de fidèles se sont rassemblés dans le champ où s'est écrasé le vol 93 de la compagnie United Airlines. Les pirates qui avaient détourné l'appareil comptaient apparemment le précipiter contre la Maison-Blanche ou le Capitole. Ils n'y sont pas parvenus, en raison d'une révolte d'une partie des passagers. Le Boeing, avec à bord 37 passagers et 7 membres d'équipage, s'est écrasé à 10 h 7 dans un champ, à 130 km au sud-est de Pittsburgh.

Commémoration planétaire

Les leaders mondiaux ont en outre réaffirmé hier leur engagement à vaincre le terrorisme en rendant hommage aux victimes des attentats du 11 septembre 2001. Les 25 pays de l'Union européenne (UE) ont réitéré leur engagement dans la lutte contre le terrorisme, «une priorité pour l'Union». «Ces attaques terribles ont clairement démontré que le terrorisme est une menace contre tous les États et tous les peuples. Aucune cause, aucun grief, ne saurait justifier les actes terroristes», a déclaré la présidence finlandaise de l'UE.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Durao Barroso, a souligné qu'il y avait encore «beaucoup à faire». «La menace du terrorisme est un défi immense» et «nous sommes encore bien loin de remporter cette guerre contre le terrorisme», a-t-il déclaré. En Afghanistan, le président Hamid Karzai, soutenu par les Occidentaux, a exprimé «sa forte solidarité avec le peuple des États-Unis». «Le progrès réalisé en Afghanistan ces cinq dernières années n'aurait pas été possible sans le sacrifice et le soutien de l'Amérique», a-t-il dit.

Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, et le Conseil de sécurité ont observé ensemble une minute de silence. «Les Nations unies se rappellent avec les autres New-Yorkais la blessure béante infligée à cette merveilleuse ville -- cette ville qui nous accueille avec tant de bienveillance depuis cinquante ans», a-t-il dit au siège de l'organisation, où les 191 membres de l'Assemblée générale et les 15 du Conseil de sécurité ont observé une minute de silence en hommage aux victimes. «Le terrorisme est inacceptable, d'où qu'il vienne et quels que soient les motifs» invoqués pour tenter de le justifier, a ajouté M. Annan.

Du côté de l'Asie, le premier ministre japonais, Junichiro Koizumi, a remarqué que le terrorisme «continuait à être plus que jamais une menace pour l'humanité». Cette condamnation unanime n'a pas empêché plusieurs responsables asiatiques et européens de s'interroger sur les causes profondes du terrorisme, et de s'inquiéter des conséquences de la guerre menée cet été par Israël au Liban.

Le premier ministre malaisien, Abdullah Badawi, a ainsi craint, dans des propos rapportés par l'agence finlandaise STT, que «les récents excès commis pendant les attaques sur le Liban» n'alimentent le terrorisme international et que ce dernier «s'étende à des pays et des régions aujourd'hui épargnés». «Nous devons comprendre que les musulmans à travers le monde compatissent avec les souffrances de leurs coreligionnaires en Afghanistan, en Irak, au Liban et en Palestine», a poursuivi M. Badawi. «Ils voient les souffrances de ces pays comme le résultat d'une agression contre les pays musulmans et d'une persécution des musulmans.»

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Avec l'Agence France-Presse, Associated Press et Reuters


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