Un monde sans «a»

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Normand Thériault
Édition du samedi 09 et du dimanche 10 septembre 2006

Mots clés :

Il leur faut beaucoup de courage. Non seulement doivent-ils et elles admettre une déficience, mais en plus il leur sera imposé un long périple qui les obligera à retourner sur les bancs de cette école qu'ils ont tant «haïe» et ajouter ainsi à une journée, ou une semaine, des heures et des heures, tout simplement pour pouvoir lire ce qui est pour d'autres un texte banal: l'identification d'un produit ou une simple manchette.

Triste sort que celui de l'analphabète. Triste société que celle qui constate qu'un tiers de ses citoyens sont incapables de communiquer de façon abstraite, que ce soit par le recours au langage des mots, ou à celui des chiffres. Et cela est la situation au Québec, comme ce l'est aussi au Canada, ou aux États-Unis, ou dans tout l'univers des sociétés avancées occidentales, là où la seule exception est, une fois de plus, la zone scandinave du continent européen.

Un sur trois, analphabète

Jusqu'ici, statistiquement, on pouvait dire qu'on s'en «tirait» plutôt bien. Une personne sur sept était dite analphabète: elle ne savait donc ni lire ni compter. Chiffres et lettres étaient pour elle un bizarre mélange de signes qui ne généraient aucun sens. C'était là une donnée acceptée qui prévalait jusqu'en 2003, jusqu'au moment où Statistique Canada a déposé le rapport d'une dernière étude.

Au lieu d'évaluer l'alphabétisation de la société en ayant pour seul critère la scolarisation déclarée, il a été décidé de questionner directement la personne. D'imposer un test, quoi, qui permettait d'évaluer les connaissances de base, ou avancées, en écriture, lecture et données mathématiques. Et les résultats furent désastreux.

Ainsi, pour la tranche d'âge des jeunes, les 16-35, soit ceux et celles qui sont les citoyens de la génération montante et, pour les entreprises, le bassin actuel et futur de travailleurs, pour ceux et celles qui devront vivre dans un monde où la compétitivité est la règle, où la spécialisation sera une norme, eh bien là, catastrophe: 36 % de ce groupe n'a pas les connaissances de base pour vivre de façon performante en société. Même en appliquant des critères stricts, le taux d'alphabétisation ne pourra alors jamais dépasser les 50 %, et ce pour toutes les tranches d'âge.

Triste journée

La seule consolation dans ce dossier réside dans le fait que les sociétés contemporaines souffrent toutes du même mal. Ayez toutefois l'oeil sur le monde asiatique: là, pas de carence de cette nature, là se retrouvent des réserves suffisantes en main-d'oeuvre capable de comprendre et d'évoluer dans un univers où les apprentissages en continu sont devenus chose courante et constituent une façon normale de vivre au quotidien.

Hier, en ce 8 septembre, se tenait la Journée internationale de l'alphabétisation. Devant des données peu reluisantes, on aura compris qu'il était préférable de taire la chose. Et dire que, pour les Nations unies, la priorité était hier encore d'alphabétiser le Tiers-Monde!


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