Afghanistan - L'OTAN reste confiante

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Le Devoir
Édition du mercredi 06 septembre 2006

Mots clés : otan, kandahar

Cinq autres soldats canadiens ont été blessés hier

Les dépouilles des cinq soldats canadiens tués dimanche et lundi en Afghanistan ont été rapatriées hier au pays, à la suite d'une cérémonie à laquelle ont pris part quelque 800 de leurs camarades. Près de 2300 militaires des forces canadiennes participent présentement à l'opération Méduse, la plus vaste offensive terrestre menée par les soldats de l'OTAN, dans le district de Panjwai, à l'ouest de Kandahar, afin de déloger les talibans qui contrôlent cette région.

Photo: Agence Reuters

Tandis que les dépouilles des cinq soldats canadiens tués en l'espace de deux jours en Afghanistan étaient rapatriées au pays, cinq autres membres des forces canadiennes ont été blessés hier par des tirs de mortier dans le district de Panjwai, à l'ouest de Kandahar. Et la résistance que les talibans opposent aux troupes de l'OTAN est toujours très féroce, malgré la vaste offensive lancée par les forces de la coalition.

Les responsables militaires jugent toutefois que l'opération Méduse, lancée samedi, commence à porter ses fruits. «Nous resserrons l'étau sur les talibans. Nous les avons pris dans une sorte de piège», a soutenu le porte-parole de l'OTAN, le commandant Quentin Innes. L'organisation prétend avoir tué plus de 300 insurgés depuis le début de l'opération, dont une soixantaine hier. Un bilan que les talibans contestent. Selon un porte-parole des insurgés, des civils auraient aussi été tués, mais le commandant Innes dit n'avoir aucune information à ce sujet.

L'optimisme affiché par les dirigeants de la coalition n'est toutefois pas partagé par l'ensemble de la population. Mohammad Giran, un habitant de Panjwai, a affirmé que ce sont les civils qui ont payé le plus lourd tribut lors des affrontements et il a accusé l'OTAN et les troupes afghanes de tirer à l'aveuglette. «Il y a des bombardements jour et nuit», a-t-il dit. «Pour un taliban mort, trois civils sont aussi tués. Ces quatre derniers jours, 10 de mes proches sont devenus des martyrs.»

La situation est d'autant plus préoccupante pour les civils que le sud de l'Afghanistan fait face à une crise alimentaire grave qui favorise le retour en grâce des talibans, a affirmé hier le Conseil de Senlis, un groupe d'experts, dans un rapport présenté à Londres. D'après le document, la situation du pays sanctionne l'échec de la communauté internationale, qui a investi dix fois plus dans l'effort militaire que dans le développement. Le Conseil a aussi souligné que des enfants meurent de faim dans «des camps de fortune» situés dans le sud du pays, refuges de misère adoptés par au moins 100 000 paysans qui ont fui la guerre. Les experts ont cité à l'appui de nombreux témoignages et montré des images vidéo où l'on voit des enfants souffrant manifestement de grave malnutrition.

Canadiens blessés et débat réclamé

Quoi qu'il en soit, l'opération Méduse est également éprouvante pour les militaires de l'OTAN qui tentent de reprendre cette région aux rebelles. Cinq soldats canadiens ont été légèrement blessés hier à la suite de l'explosion d'un obus de mortier à proximité de leur véhicule blindé. Leurs frères d'armes ont répliqué et les troupes de l'OTAN ont effectué des frappes aériennes.

Les soldats ont en outre capturé trois Afghans qui tentaient de fuir la zone des combats. Selon un officier, ces prisonniers pourraient être des personnages de grande importance. «Si c'est un aussi gros poisson que ce que nous espérons, ça aura été une très bonne journée», a expliqué le major Geoff Abthorpe.

Mais la confiance affichée par les militaires n'a pas empêché le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, de réclamer hier un débat d'urgence à la Chambre des communes sur la politique étrangère canadienne et la pertinence de maintenir des troupes en Afghanistan. Après le chef du Nouveau Parti démocratique la veille, M. Duceppe a assuré qu'un nombre croissant de Québécois pensent que le premier ministre Stephen Harper calque sa politique étrangère sur celle du président des États-Unis, George W. Bush. Il croit d'ailleurs que la plupart des Québécois désapprouvent la politique américaine dans les dossiers du Proche-Orient et de l'Afghanistan.

Pour le lieutenant québécois de Stephen Harper, Lawrence Cannon, l'intervention de M. Duceppe arrive avec quelques mois de retard. «Il a déjà eu l'occasion de se prononcer sur le prolongement de la mission canadienne, et on se rappellera que la Chambre des communes a choisi de se prononcer en [sa] faveur», a-t-il souligné hier.

Tandis que les débats sur la présence canadienne en Afghanistan se poursuivaient, les dépouilles des cinq militaires canadiens tués en fin de semaine ont été rapatriées par avion depuis Kandahar. Environ 800 soldats ont assisté à la cérémonie soulignant leur décès. Plusieurs ont eu de la peine à refouler leurs larmes en leur adressant leurs adieux. Quatre d'entre eux sont morts lors de violents affrontements avec la résistance talibane, tandis qu'un cinquième a perdu la vie à la suite d'un bombardement accidentel effectué par un avion américain, lundi. La secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, a d'ailleurs présenté ses condoléances à son homologue Peter MacKay hier pour cet «incident regrettable».

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Avec Associated Press, la Presse canadienne et Reuters


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