Les conditions gagnantes de Jean Charest

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Kathleen Lévesque
Édition du samedi 02 et du dimanche 03 septembre 2006

Mots clés :

Le premier ministre travaille fort à mettre la table pour des élections

Les engagements gouvernementaux devraient, souhaite-t-on, se traduire en votes.

Photo: Jacques Nadeau

Depuis quelques mois, les rumeurs d'élections hâtives vont bon train au Québec. Réunis cette semaine à Laval, les ministres du gouvernement Charest ont toutefois cherché à enrayer la machine à conjectures, aidés par les résultats d'un sondage qui ne donne pas l'élan attendu pour un affrontement électoral cet automne. Si le pari paraît risqué pour les libéraux, il n'en demeure pas moins que Jean Charest et son équipe travaillent fort pour obtenir les conditions gagnantes d'une réélection.

«Il y aura des élections quand le fruit sera mûr», a tranché jeudi, sourire aux lèvres, Jean Charest, qui n'ignore pas que le climat électoral commence à s'imposer puisqu'il en est le principal moteur.

Le 20 juin dernier, le dossier de l'équité salariale des employés de l'État connaissait son aboutissement. Quelques semaines plus tôt, le gouvernement Charest avait dévoilé la stratégie énergétique du Québec, son plan d'action pour atteindre les objectifs de Kyoto et la première politique québécoise en matière de transport collectif. L'avalanche de bonnes nouvelles s'est poursuivie avec l'annonce de la construction d'une salle de concert pour l'OSM et le réinvestissement dans l'éducation postsecondaire. Hydro-Québec a subitement réduit sa demande de hausse tarifaire de 4,8 % à 2,8 % tandis que la Société d'assurance automobile du Québec a reporté d'un an l'augmentation du coût du permis de conduire.

«Depuis mai-juin, il met la table pour déclencher des élections quand il le souhaitera, que ce soit à l'automne ou au printemps prochain. Il trouve de l'argent, et beaucoup, alors que depuis trois ans, on nous disait que le Québec était à la dernière cenne», souligne Réjean Pelletier, professeur de sciences politiques à l'Université Laval.

Le premier ministre Jean Charest n'a pas eu le temps de prendre des vacances cet été. Depuis la fin du printemps, il a été occupé à faire une tournée des régions afin de promouvoir les réalisations de son gouvernement et à multiplier les annonces d'investissements publics. Plus de trois milliards de dollars ont ainsi été distribués, répartis à travers tout le territoire et dans les différents secteurs d'activité, selon une compilation réalisée par Le Devoir.

«On a plus de marge de manoeuvre qu'en 2003. Il y a des choses réglées qui nous permettent d'avancer dans certains dossiers. Le Fonds des générations pour réduire la taille de la dette, ce n'était pas possible avant. L'équité salariale non plus. [...] Ça s'inscrit dans le cadre financier du gouvernement», a expliqué M. Charest, qui refuse de lier cette manne à l'approche de l'échéance électorale.

Les engagements gouvernementaux devraient se poursuivre au cours des prochaines semaines, croit M. Pelletier. Mais «cela devra rapidement prendre une forme concrète» pour avoir un impact sur les intentions de vote.

La publication cette semaine d'un sondage CROP laisse voir une remontée significative du taux de satisfaction (huit points) à l'endroit du gouvernement. Toutefois, les troupes libérales continuent de tirer de l'arrière, le Parti québécois obtenant 37 % des appuis, contre 32 % pour le PLQ.

«Un scrutin général serait prématuré. Les libéraux ont besoin de temps pour que l'opinion publique se cristallise», fait valoir Réjean Pelletier. Selon le politologue, seule la volonté de prendre de court le Parti québécois et son nouveau chef, André Boisclair, apparaît comme un élément positif pour appeler les citoyens aux urnes cet

automne.

Les adversaires s'activent en vue de l'automne. Le PQ vient de convoquer un rassemblement d'organisation qui se déroulera le 9 septembre à Montréal. Près de 1000 militants y sont attendus. Il s'agit d'ateliers de formation (gestion des bénévoles, communications et financement, par exemple) afin de former les équipes d'organisation électorale dans les 125 circonscriptions.

Ce rassemblement suivra une réunion de la Conférence nationale des présidents. Traditionnellement, le PQ assurait la formation de son organisation au moment du déclenchement des élections. Il s'agit maintenant d'en faire un événement.

Chez les libéraux, on hausse les épaules devant l'empressement péquiste à nourrir les rumeurs d'élections automnales. «Il faut dire que le PQ a besoin de faire de la mobilisation et du financement compte tenu du fait que les rangs ne sont pas soudés depuis l'arrivée d'André Boisclair et que les finances ne sont pas à leur meilleur. C'est un vieux truc politique», fait-on valoir.

De son côté, le Parti libéral du Québec lancera la fin de semaine prochaine une série de 16 colloques régionaux pour prendre le pouls de ses membres. Cet exercice doit permettre de faire ressortir les priorités des troupes en vue de l'élaboration de la plate-forme électorale, dont l'adoption est prévue lors du congrès de mars 2007.

Les rumeurs d'élections n'épargnent pas Québec solidaire et l'Action démocratique du Québec.

Québec solidaire entend devancer son congrès national, prévu à l'origine à la fin de novembre, pour la fin du mois.

La plate-forme électorale du nouveau parti de gauche doit y être débattue. À l'ADQ, on accélère le rythme des investitures, question de former l'équipe de candidats le plus tôt possible.

Ces deux partis auront vraisemblablement fort à faire pour se démarquer, affirme le professeur Réjean Pelletier. «J'ai été surpris que les tiers partis n'aient pas fait mieux lors des élections partielles. L'ADQ ne perce pas dans la région montréalaise. Et Québec solidaire apparaît moins comme une menace pour le PQ, qui a maintenu ses appuis», ajoute-t-il.

Le Parti québécois n'a pas le champ libre pour autant. Tous les sondages tendent à démontrer que depuis que M. Boisclair le dirige, le PQ a connu une baisse constante en matière d'intentions de vote. «Il doit offrir une excellente performance à l'Assemblée nationale. Il est condamné à ne plus décevoir. Il ne peut pas seulement critiquer le gouvernement, il doit se positionner», explique M. Pelletier.

Quant aux libéraux, ils auront à jongler avec le délicat dossier du déséquilibre fiscal. Selon le politologue, il s'agit d'une des conditions incontournables pour Jean Charest en vue d'un scrutin général. «Il doit obtenir un signe clair du gouvernement fédéral lors du budget de février prochain», dit M. Pelletier.

La grande question demeure toutefois de savoir si Jean Charest attendra jusqu'en 2007, avec le risque que le gouvernement Harper se retrouve lui-même en élections, ou s'il lancera les dés au cours des prochaines semaines. «Le Québec va bien. Le Québec va mieux», martèle-t-il. Il lui reste donc à en faire la démonstration.


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Je me souviens - par Michel Bourgault (bourgo@videotron.ca)
Le dimanche 03 septembre 2006 12:00

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