Le climat aggrave l'épidémie de fièvre des foins
Mots clés : rhinite, pollen
Environ 120 000 Montréalais sont frappés par la rhinite chaque année
Les changements climatiques intensifient de façon draconienne depuis huit ans la production d'herbe à poux à Montréal et à sa périphérie, ce qui coïncide avec une augmentation annuelle des concentrations de pollen allergène et une prolongation inquiétante de la saison d'émissions.Même si cette étude porte seulement sur huit ans, l'équipe de cinq chercheurs a pu établir un «lien significatif» entre l'augmentation des concentrations de pollen relevées entre 1994 et 2002 et les épisodes climatiques qui ont caractérisé ces années.
Globalement, l'augmentation dans l'air des concentrations de gaz carbonique, le principal gaz à effet de serre, explique que les plants d'herbe à poux sont plus nombreux dans la région. Il y a plus de fleurs par plante et plus de pollen par fleur produite, ce qui se traduit par une augmentation notable des concentrations de pollen allergène dans l'air de Montréal et une épidémie annuelle de «fièvre des foins» prolongée.
Depuis 30 ans, aucune autre maladie environnementale ne frappe autant de Montréalais sur une base annuelle que la rhinite, ou fièvre des foins. Dans la région de Montréal, la rhinite affecte 8,4 % de la population, soit 120 000 personnes à l'heure actuelle, dans l'indifférence politique et médiatique la plus totale. Cette maladie non mortelle, la deuxième en importance après le rhumatisme et l'arthrite, entraîne un taux élevé d'absentéisme au travail et à l'école ainsi qu'une automédication intense et de plus en plus prolongée, dont on connaît peu les effets cumulatifs sur des décennies, souligne la chercheuse de l'UQAM. De plus, de nombreux chercheurs pensent que des rhinites répétitives pourraient expliquer une partie de l'augmentation alarmante des cas d'asthme dans les grands centres urbains.
C'est ainsi que sous l'effet de saisons chaudes plus intenses et plus longues et de concentrations croissantes de GES, la productivité du contaminant biologique a fait passer la moyenne des grains de pollen par mètre cube d'air de Montréal de 36,26 en 1997 à 68,80 en 2002, soit un doublement en quatre ans. Les valeurs médianes établies par les chercheurs sont du même ordre.
Par ailleurs, la prolongation de la saison de pollen d'herbe à poux (une petite plante verte qui colonise en priorité les terrains vagues ou ceux qui ont été altérés par les humains) est tout aussi révélatrice, selon cette étude qui a regroupé des chercheurs du Consortium Ouranos, de Génome Québec, de la Direction de la santé publique de Montréal-Centre et du département de médecine sociale et préventive de l'Université de Montréal.
En effet, la prolongation de la période chaude entre le printemps et la fin de l'automne expliquerait le fait que la saison de pollen d'herbe à poux est passée de 42 jours en 1994 à 68 jours en 2002, soit une augmentation de plus de 50 % en huit ans.
Au cours de cette période, il y a eu en moyenne 7667 consultations médicales pour cause de rhinites dans le système de santé. Or, d'après les chiffres compilés par les chercheurs, le phénomène frappe plus sévèrement les quartiers pauvres du sud de Montréal en raison de la véritable pépinière qu'on retrouve autour de l'échangeur Turcot, de même que le secteur de Pointe-aux-Trembles, qui écope du pollen des terrains industriels de l'est de Montréal.
Globalement, les femmes sont plus affectées que les hommes dans des proportions de 56 % et 44 %. Le troisième secteur le plus touché est le secteur agricole de l'ouest de l'île de Montréal en raison des activités agricoles qu'on y trouve ainsi que les rives nord et sud, situées en amont dans l'axe des vents dominants.
D'autres raisons que la gravité des concentrations de pollen pourraient expliquer que les consultations médicales n'atteignent pas 10 % des 120 000 personnes touchées. Mme Garneau explique que la plupart des victimes de rhinite se sont habituées à vivre avec ce problème récurrent et ont pour la plupart recours à l'automédication. Il y a une dizaines d'années, les services de santé montréalais estimaient que l'automédication en août et septembre dépassait pour ce seul problème de santé publique les 40 millions de dollars dans la région de Montréal. Mme Garneau pense que l'aggravation des concentrations pourrait avoir fait grimper ce chiffre.
Il est difficile, précise la chercheuse de l'UQAM, de délimiter le seuil à partir duquel s'enclenche cette maladie environnementale parce que le seuil de réactivité varie selon les individus. D'après la littérature citée dans la même étude, des réactions d'allergie se manifestent chez des individus à partir de concentrations aussi faibles qu'un à trois grains de pollen par mètre cube d'air. D'autres auteurs estiment que l'essentiel de la plage de réactions se situe entre 10 et 50 grains par mètre cube. Mais à peu près tout le monde s'entend pour dire qu'au-delà de 50 grains, on est dans une situation d'épidémie.
On a une idée de la gravité de la situation actuelle à Montréal quand on s'aperçoit, selon les relevés qui apparaissaient sur le site Internet de Météomédia hier, que les concentrations atteignaient quelque 250 grains par mètre cube. Depuis plusieurs jours, les taux dépassent les 50 grains déclencheurs par mètre cube.
Il est possible, note Mme Garneau, qu'une partie de l'augmentation relevée dans les concentrations soit attribuable non pas uniquement au climat mais aussi au fait que ce contaminant biologique a gagné du terrain en raison de l'abolition par Montréal de son règlement qui imposait l'éradication annuelle de l'herbe à poux. Aux prises avec un recours collectif de plusieurs millions de dollars pour ne pas avoir appliqué l'ancien règlement, qui visait les propriétés privées et les siennes, Montréal a décidé d'abolir son règlement afin que le compteur des années d'inapplication s'arrête. Mais des juristes ont récemment souligné au Devoir que la Ville pourrait faire l'objet d'un recours collectif beaucoup plus important pour avoir omis de contrôler ce contaminant en toute connaissance de cause.
De leur côté, les départements de santé communautaire réclament depuis des années de Québec qu'il adopte un règlement provincial, sur le modèle de celui qui impose aux municipalités le contrôle des fosses septiques. Mais le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) a refusé après presque 30 ans d'existence de reconnaître l'herbe à poux comme un contaminant. Il est vrai que s'il le reconnaissait sur le plan réglementaire, le ministère des Transports aurait une facture importante à assumer, étant propriétaire de la plus importante pépinière de ce contaminant biologique, soit les emprises routières du Québec.
Une enquête réalisée en 2004 par un conseiller environnemental, Jean-François Duchesne, indiquait que 28 % des 592 municipalités ayant accepté de participer à un sondage (sur un total possible de 1027) appliquaient une politique d'éradication, par fauchage ou par tonte. Mais ces opérations avaient davantage pour but d'améliorer l'esthétique du bord des routes que de contrôler l'ambroisie, du nom scientifique de cette plante. Or, explique Mme Garneau, des études en cours portent à croire que le pollen voyage très loin, peut-être même de Toronto jusqu'à Montréal.
Le problème de l'herbe à poux et l'épidémie annuelle de rhinite, explique Mme Garneau, n'apparaissent pas en tête des préoccupations politiques et médiatiques «parce que tout le monde a appris à vivre avec cette maladie, malgré ses impacts. Le problème est vraiment frappé de banalisation et d'une sorte de fatalisme qui n'a pas sa place parce qu'il existe plusieurs moyens et plusieurs techniques pour contrôler économiquement cette plante» néfaste pour la santé publique.
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Rhume des foins - par Valérien Lachance (vlachance@sogetel.net)
Le vendredi 01 septembre 2006 09:00

