«Sensibilisation politique» pour cégépiens

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Marie-Andrée Chouinard
Édition du mardi 29 août 2006

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Les professeurs de cégep élaborent un plan pour faire «réfléchir» leurs étudiants en vue des prochaines élections au Québec

Les cégépiens seront soumis cet automne à un plan de «sensibilisation politique» élaboré par les syndicats d'enseignants et approuvé par les associations d'étudiants. L'opération politique, qui écorchera au passage les réalisations libérales, est tout droit liée à la prochaine campagne électorale provinciale.

«Notre objectif est de faire en sorte que les étudiants puissent réfléchir à certains enjeux fondamentaux», explique Jean Trudel, vice-président de la Fédération nationale des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN). «On ne veut pas faire de la propagande politique et recommander de voter pour un parti ou un autre, mais on souhaite éveiller les consciences.»

En plus de la FNEEQ, la Fédération des enseignants de cégep (FEC-CSQ) et la Fédération autonome du collégial (FAC) ont donné leur aval à ce projet, qui passera concrètement par la réalisation d'une brochure abritant neuf textes politiques «décapants» sur des sujets comme la dette, la loi 142 (qui a imposé en décembre dernier les conditions de travail de milliers de travailleurs du secteur public), la taille de l'État, les droits de scolarité ou l'équité intergénérationnelle.

«Le document sera imprimé à grande échelle et sera distribué de telle sorte qu'on pourra difficilement s'y soustraire ou le mettre au recyclage», explique M. Trudel, qui explique que l'usage que les enseignants pourront ou ne pourront pas en faire devant la salle de classe n'est pas encore clairement défini. Les trois fédérations doivent de nouveau se rencontrer cette semaine pour approuver le contenu de la brochure et discuter de ses modalités de lancement.

Les syndicats affirment marcher sur un mince fil depuis l'avènement de la loi 142, qui les invite à ne pas troubler le «cours normal des choses» lors de manifestations syndicales. L'idée de la brochure a paru aux trois groupes d'enseignants comme une voie idéale pour combiner action syndicale et sensibilisation sans troubler l'ordre public.

«Les textes de la brochure permettront de proposer un discours alternatif de gauche pour contrer les idées néolibérales», explique Mario Beauchemin, président de la Fédération des enseignants de cégep (FEC-CSQ). «Nous présenterons des textes succincts destinés à susciter la réflexion.»

La campagne électorale quasi enclenchée n'est pas étrangère à ce projet, qui mettra l'accent sur les réalisations libérales des dernières années, principalement le décret très mal reçu des syndiqués. «C'est clair que la campagne électorale est un moment idéal», ajoute M. Beauchemin.

Ne se percevant pas comme une clientèle captive, les étudiants cautionnent cette initiative. «Nous avons accepté cette idée», explique Étienne Hudon-Gagnon, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), aussi membre de la Coalition-cégeps. Selon les enseignants, l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) souscrirait aussi à ce projet. «Il n'est pas question d'un mot d'ordre pour que les profs en parlent dans les cours, ce n'est pas comme cela qu'on nous a présenté les choses», poursuit M. Hudon-Gagnon. «Nous voyons plutôt cela comme une manière de sensibiliser les jeunes aux choses politiques, surtout à la veille d'une campagne électorale, et quand on sait que les jeunes ne votent pas tellement...»

Les syndicats interrogés se défendent de vouloir pratiquer la propagande avec leur outil, et réfutent toute association avec un guide comme le Parlons de souveraineté à l'école, présenté avec fracas l'an dernier par le Conseil de la souveraineté. «Il n'est pas question de propagande syndicale face à une clientèle captive, mais bien de textes critiques sur les politiques néolibérales», réitère M. Beauchemin, de la FEC-CSQ.

Pour le président de la Fédération des cégeps, Gaëtan Boucher, ce projet est à prendre avec circonspection, particulièrement s'il doit impliquer les étudiants et la salle de classe. «Ce serait malheureux et tout à fait inacceptable qu'on se serve de la salle de cours comme d'une tribune syndicale», a-t-il indiqué la semaine dernière, précisant toutefois que tout débat d'ordre politique, éthique ou philosophique était le bienvenu à l'intérieur des murs d'un collège.


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