Opinion

Lettres: De golf et de réforme scolaire

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Marc Harvey, Montréal, le 26 août 2006

Édition du mardi 29 août 2006

Mots clés :

Comment convaincre les enfants des bienfaits de l'éducation, quand les modèles les plus puissants auxquels ils sont constamment exposés ont toutes les apparences de parvenus analphabètes?

Partisans et adversaires de la réforme scolaire débattent âprement ces jours-ci, dans le sillage d'un rapport dévastateur sur le «renouveau pédagogique». Comme toujours, tous les côtés des nombreuses barricades passent sous silence un phénomène pourtant criant qui affecte toutes les sociétés prospères de ce monde: le mauvais exemple que donnent les générations âgées aux générations montantes en ce qui concerne les plaisirs de l'esprit.

Comment en effet convaincre les enfants de se passionner pour les idées et la connaissance, quand les élites de leur société, ceux qui sont parvenus au faîte de leur développement personnel, rêvent très majoritairement de golf, de ski, de grands vins et de résidences extravagantes? Comment demander aux enfants de rêver autrement, de rêver de savoir plutôt que d'avoir?

Chacun sait qu'il est difficile de prêcher la vertu quand on fait le contraire. Les mots ne pèsent pas lourd en la matière s'ils ne sont pas accompagnés de gestes convaincant sinon inspirants. Comment alors convaincre les enfants des bienfaits de l'éducation, quand les modèles les plus puissants auxquels ils sont constamment exposés ont toutes les apparences de parvenus analphabètes?

Oui, les enfants doivent se construire une place dans leur société, mais la construction de soi est une longue aventure périlleuse. Elle exige donc une solide boussole pour éviter tous les écueils et les égarements possibles. Or, chez les humains, cette boussole est le savoir, une oeuvre collective qui se construit, se transmet, s'affine et s'enrichit normalement d'un génération à l'autre. Et ce processus qui remonte à l'aube de l'humanité a quelque chose de magique puisque le savoir est une ressource inépuisable, partageable à l'infini, et qui s'enrichit, justement, à condition d'être consommée et partagée le plus largement possible.

En conséquence, pour que la transmission du savoir fonctionne vraiment, les plus âgés devraient en être tout à la fois les plus friands, les mieux nantis, et les plus généreux, pour inspirer ceux qui les suivent, pour les pousser vers les plaisirs du savoir, de sa consommation et de son partage. Force est de constater que nous avons perdu l'usage de cette boussole dans nos sociétés de boulimie matérielle très individualiste. S'enrichir, oui. Mais de quelle richesse? C'est là un problème d'orientation bien plus collectif et politique que pédagogique.


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