Lancement du 30e FFM - Quand l'art n'éveille plus les consciences

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Odile Tremblay
Édition du vendredi 25 août 2006

Mots clés :

Kathy Bates s'inquiète de voir les arts, la lecture et la poésie perdre la cote

La comédienne Kathy Bates a foulé le tapis rouge en compagnie de Serge Losique hier soir à l'ouverture du trentième Festival des films du monde.

Photo: Jacques Grenier

Kathy Bates est une actrice de Hollywood qui n'en possède pas vraiment le profil. Loin des canons habituels, souvent dans un registre indépendant, elle a creusé son sillon parallèle, brillant d'intelligence, de professionnalisme et d'engagement.

On croisera l'oscarisée de Misery à Montréal pendant ces dix jours de festival. Elle participe au jury de ce trentième FFM. Une première expérience en la matière. Jamais Kathy Bates n'avait pris part à un jury quelconque. Pourquoi Montréal? Parce que le FFM le lui a tout bonnement demandé; parce qu'elle a des amis ici et souhaite découvrir la ville. Elle était déjà venue chez nous, toute jeunette, en conserve des souvenirs embrouillardés.

La comédienne venue du théâtre carbure depuis toujours à l'amour des arts et de la culture. Mais elle juge les temps très durs en la matière. Pas seulement aux États-Unis, si coupés du reste du monde, mais sur la planète en général, où les arts, la lecture et la poésie n'ont guère la cote, avec une jeunesse abrutie entre autres par les films de Hollywood, qui ne font rien pour éveiller les consciences.

«Cette perte de culture affecte notre comportement avec les autres peuples et réduit notre sensibilité, estime-t-elle. Aux États-Unis, le gouvernement ne veut pas investir dans tout ce qui lui apparaît élitiste. C'est à croire que l'héritage culturel universel ne peut intéresser qu'une poignée de gens. En tant qu'artiste, on en vient à se battre pour la civilisation. Et c'est d'une tristesse folle.»

Elle s'inquiète aussi de voir si peu de films étrangers gagner les écrans des États-Unis. «Si la population américaine pouvait voir ce que les gens du Moyen-Orient, notamment, pensent de nous, ce qu'ils sentent en prenant des bombes sur la tête, elle éprouverait de l'empathie. Or l'empathie, c'est subversif. Les Américains sont privés du point de vue de l'autre, et ça fait l'affaire des dirigeants.»

Pour l'heure, Kathy Bates, qui se dit grande cinéphile, a hâte de se plonger tête baissée dans des univers cinématographiques qui, justement, offrent des points de vue d'ailleurs.

En 1990, l'actrice avait su se glisser dans l'univers de Stephen King jusqu'à donner froid dans le dos. Dans la peau d'une infirmière psychotique, elle y séquestrait un écrivain campé par James Caan. Oscar, Golden Globe. Partie pour la gloire, devenue du jour au lendemain une tête d'affiche grâce à Misery.

Celle qui avait jusque-là donné son coeur au théâtre, entre autres sur les planches de Broadway (15 ans à New York), ou tenu de petits rôles au cinéma (la première fois en 1971 dans Taking Off de Milos Forman) est soudain montée au firmament des stars. Née à Memphis, aujourd'hui installée à Los Angeles au milieu de la gentry des étoiles. Un seul rôle peut changer une carrière.

Et comment louvoie-t-on à Hollywood quand on ne ressemble pas à Julia Roberts? «Il y a des aspects positifs et négatifs à avoir un physique particulier, estime la ronde interprète. Les bons côtés, c'est que je ne suis pas en compétition avec ces centaines, ces milliers de stars-là. Et puis, comme actrice, ma longévité est plus grande que celle d'une beauté.»

Il y eut un avant et un après-Misery. Dire qu'elle n'était pas trop sûre d'elle-même dans ce rôle-là... «Non pas à cause du climat d'horreur mais parce que ce personnage n'est guère naturel. Cette infirmière joue un rôle, en quelque sorte, et j'avais peur d'être trop décalée, de déplaire au public. C'était quand même aussi la première fois que je me sentais comme une véritable actrice de cinéma.»

Son Oscar en poche, Kathy Bates a eu l'intelligence de ne pas se cantonner dans les productions d'horreur quand on lui offrait des scénarios à la Misery. «Le cinéma est supposément une industrie de créativité et d'imagination, mais dans les faits, on vous étiquette très vite pour un type de rôles.» Elle aimerait jouer plus souvent les femmes ordinaires alors qu'on lui propose maintes compositions de méchante ou d'hystérique. La vilaine de service, la plupart du temps.

Sa carrière est pourtant jalonnée de grands moments: sa composition hilarante en hippie au grand coeur auprès de Jack Nicholson dans About Schmidt d'Alexander Payne en 2002 demeure gravée dans les mémoires. Et qui a oublié sa prestation dans Dolores Claiborne, encore adapté de Stephen King, aux côtés de Jennifer Jason Leigh, une histoire de meurtre et de liens mère-fille où elle crevait l'écran dans un registre éclaté? En 1997, elle a incarné la sympathique Molly Brown dans le popularissime Titanic de James Cameron, travaillé aux côtés de Woody Allen (Shadows and Fog) et obtenu une seconde nomination aux Oscars pour son rôle dans Primary Colors de Mike Nichols en 1998.

À ses yeux, un bon scénario ressemble à une pièce de musique. «Mais c'est si rare, un bon scénario. J'accepte aussi des rôles alimentaires qui ne me nourrissent pas comme actrice. Par-delà les rôles, il y a quand même la vie, l'harmonie sur un plateau, les amitiés qui se forgent.»

Kathy Bates s'est déjà tournée vers la réalisation, mais à la télévision. Elle trouve difficile de composer avec le jeu et la mise en scène, demeure une actrice avant tout, mais une actrice engagée qui croit que l'art participe à la pacification du monde.


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