Morte à Boisbriand, la Camaro ressuscitera à Oshawa
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Après Dodge et Ford, General Motors tentera à son tour de profiter du filon nostalgique pour améliorer son sort

Photo: Agence Reuters
De nombreux analystes ont déjà estimé que le recours au filon des «muscle cars» redessinées était un des moyens que les constructeurs nord-américains avaient à leur disposition pour se distinguer de la concurrence. Avec la Camaro, qui a vécu de 1967 à 2002, GM sera toutefois le dernier à se joindre à la partie, Ford ayant déjà relancé sa Mustang l'an dernier alors que Dodge entend vendre sa nouvelle Challenger dès 2008.
La production du modèle ne débutera qu'en 2008, et la voiture ne sera en salle d'exposition qu'au début 2009, un délai de trois ans assez long pour que le prix de l'essence s'emballe à nouveau. Les travaux préparatoires à Oshawa, une ville située à 50 kilomètres à l'est de Toronto où GM a son siège social canadien et trois usines, commencent dès maintenant, a-t-on précisé hier.
L'annonce survient deux semaines après que le grand patron de GM, Rick Wagoner, eut officiellement confirmé le retour de la Camaro. L'objectif du premier constructeur mondial, qui appuie sa décision sur la réaction suscitée par la dévoilement de son véhicule concept au Salon de Detroit en janvier, est double: s'adresser à ceux qui ont le mal d'une autre époque, en l'occurrence des baby-boomers aux moyens plutôt aisés, tout en essayant de séduire une nouvelle génération d'automobilistes.
L'investissement de 740 millions servira à rendre l'usine plus flexible afin de pouvoir produire différents véhicules. Selon le président des Travailleurs canadiens de l'automobile, Buzz Hargrove, la Camaro à elle seule «ne pourrait faire rouler l'usine n° 2 d'Oshawa», mais cette nouvelle flexibilité «assurera de l'emploi» pour encore un certain temps. Les trois usines à Oshawa, dont une qui fabrique des camionnettes, comptent 12 000 employés.
À retardement
Le soudain retour de la Camaro témoigne d'un «manque de vision» chez GM, a estimé hier le chroniqueur auto et collaborateur du Devoir, Philippe Laguë. «Les ventes combinées de la Camaro et de la Firebird n'atteignaient pas la moitié de celles de la Mustang.» L'arrêt de production de la Camaro, un véhicule dont les faibles ventes traduisaient le niveau de qualité, était donc un constat d'échec, a-t-il dit.
«Or quand Ford a renouvelé sa Mustang l'an dernier, ce qui a gonflé les ventes, GM s'est enfin réveillé en se disant que "peut-être que si nous aussi on faisait quelque chose qui ressemble à l'ancienne Camaro, ça fonctionnerait"», a ajouté M. Laguë. «Mais pourquoi ne sont-ils jamais capables de prendre ces décisions-là à moyen ou à long terme?»
Un analyste de la firme Automotive Marketing Consultants a récemment affirmé à l'Associated Press que le modèle se vendrait bien, car, en dépit du prix de l'essence, les Américains veulent conduire une voiture qui se démarque des autres.
La compagnie espère vendre autour de 100 000 modèles Camaro par année, a-t-elle indiqué hier. Par comparaison, la Mustang s'est vendue à environ 101 000 exemplaires de janvier à juillet, en baisse de 5 % par rapport à 2005.
GM a du pain sur la planche. Les pertes au deuxième trimestre se sont élevées à 3,2 milliards $US en raison de sa restructuration. Le prédécesseur de M. Elias avait indiqué en novembre 2005 que, des 30 000 licenciements prévus chez GM d'ici 2008, 3600 auraient lieu en sol canadien. Le syndicat des TCA a accepté cette année quelque 2500 retraites anticipées afin de permettre le sauvetage de l'usine où serait éventuellement fabriquée la Camaro.
Boisbriand passe à autre chose
Et la réaction à Boisbriand, où 1000 personnes ont perdu leur emploi en 2002? Une adjointe de la mairesse a indiqué au Devoir que celle-ci, Sylvie Saint-Jean, n'était pas disponible mais que «la page est tournée et la ville se concentre sur le Faubourg Boisbriand». Il s'agit du gigantesque projet commercial, industriel et résidentiel qui est en train de prendre forme sur les anciens terrains de l'usine.
Selon Sylvie Surprenant, mairesse de la ville voisine qu'est Sainte-Thérèse, le terrain a bel et bien «changé de vocation», et il n'est pas certain que la région aurait «nécessairement beaucoup d'espace» pour construire une nouvelle usine aussi grande que celle qui a été démolie.
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