Le primaire à l'heure de la réforme - Enseignement magistral, certes...

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estelle zehler
Édition du samedi 12 et du dimanche 13 août 2006

Mots clés : primaire, enseignement

... mais pas sans projets et ateliers

L'enseignement magistral ne convient pas à tous. Aussi, les différents types d'enseignement permettent d'atteindre une plus grande variété d'enfants.

Photo: Pedro Ruiz

Nathalie Bédard enseigne en troisième cycle à l'école primaire Gentilly de la Commission scolaire Marie-Victorin. Attirée par différents styles d'enseignement, cette enseignante a rapidement adhéré à l'esprit de la réforme scolaire. Dans sa classe, qui se spécialise en informatique, si l'enseignement magistral reste en vigueur, travail d'équipe, ateliers et projets éducatifs sont également à l'honneur pour le plus grand bonheur des enfants.

Les quatre classes de 6e année de l'école Gentilly déclinent chacune une spécialité: bain linguistique, sport-étude et informatique. Le groupe de Nathalie Bédard est constitué d'enfants qui ont choisi cette dernière option.

En règle générale, la journée des enfants démarre par une période de «modélisation», qui est à entendre comme de l'enseignement magistral. Règles de grammaire, multiplication des nombres à virgule, résolution de problèmes, le français et les mathématiques mènent le bal. «Il faut montrer aux enfants les notions de base -- en fait, comment cela fonctionne.»

Si, grâce aux projets, les enfants sont amenés à découvrir par eux-mêmes certains aspects, d'autres éléments ne peuvent se passer d'une approche plus classique. Puis les élèves, à leur grand plaisir, sont généralement regroupés en équipes pour travailler sur les points abordés. Le professeur se promène alors de groupe en groupe pour vérifier la compréhension de tous et chacun.

Créer des dynamiques positives

La formation des équipes n'est toutefois pas laissée au hasard afin d'y créer des dynamiques positives. Elles sont modulées de façon à tenir compte des diverses forces des élèves et ainsi favoriser une certaine émulation. Mais d'autres considérations entrent en jeu. «Je préconise un test d'intelligence multiple ainsi que le test J. Hawdon», explique Nathalie Bédard.

Le premier consiste à repérer le type d'intelligence de l'enfant. Est-il plus fort en mathématique, en sciences, en musique? Lors d'un travail en équipe, les enfants sont alors jumelés selon leur type d'intelligence. «Ça les motive beaucoup!» Quant au second test, il vise à optimiser la qualité des interactions, qui sont également tributaires de la coopération apportée. «Ainsi, les enfants ne sont pas lésés les uns par rapport aux autres et réalisent que tous ont des forces.»



Projets: cinéma et voyage dans le temps

L'une des classes de Nathalie Bédard s'était consacrée à un gros projet de cinéma. Trois équipes ont réalisé leur propre film, de l'écriture du scénario au montage vidéo en passant par la distribution des rôles et les répétitions. Les compétences variées concernaient la langue française, le dialogue, l'expression orale, l'organisation, la méthodologie de travail, la gestion du temps, l'utilisation de techniques informatiques, etc.

«Les enfants se sont rendu compte que, pour 15 minutes de film, 30 à 35 heures de tournage pouvaient s'avérer nécessaires. Ce qu'ils voyaient à la télévision n'était pas nécessairement facile.» Quant à la participation des enfants, elle fut naturellement exemplaire. Présents même en dehors des heures habituelles de cours, tournage oblige, il leur arrivait de rester certains soirs. L'une des réalisations s'intitule Nuit blanche à l'école!

Parmi les projets récurrents chaque année se distingue celui d'une correspondance avec des personnages de 1852. En fait, les rôles sont tenus par des enseignants sur le site Internet du village Prologue. L'histoire débute avec le «rallye secrets et confidences» durant lequel les élèves cherchent des indices. Ainsi, ils apprennent à mieux connaître les personnages et leur époque et sont plus aptes à choisir leur correspondant. Les lettres qu'ils composent transitent à travers une ligne spatio-temporelle qui est sans pitié pour les fautes. Une coquetterie orthographique est repérée? Le courrier revient inexorablement à son expéditeur pour correction avant de recevoir la réponse tant attendue.

Responsabilisation et environnement social

Si les enfants sont suffisamment autonomes, ils travailleront également en atelier. Les périodes de modélisation sont maintenues et complétées par des menus qui décrivent les travaux que les enfants doivent réaliser et terminer dans la semaine. Ils organisent ainsi eux-mêmes leur agenda. «Ils ne sont pas obligés de faire tous la page de mathématique en même temps. S'ils ont plus envie de faire du français à ce moment-là, ils sont libres de le faire. Ils doivent toutefois s'assurer que l'intégralité de leurs travaux soit achevée, faute de quoi ils devraient les emporter à la maison en fin de semaine, ce qui n'est guère attrayant.» Aussi, ceux qui perdent du temps apprennent par la suite à mieux le gérer.

Certaines matières sont cependant exclues des ateliers, tels la catéchèse, l'univers social ou les sciences et technologies, que les professeurs de l'école se partagent. Si les forces des enfants sont soulignées, celles des professeurs le sont également. Pour Nathalie, il s'agit des sciences et technologies, dont la robotique. Sa collègue Sandra Girard a quant à elle voyagé de par le monde; elle peut donc apporter beaucoup plus de contenu en matière d'univers social.

Les thèmes des ateliers varient. La classe de Sandra est en sport-étude. Chaque année, les élèves organisent une levée de fonds pour financer un séjour sportif. Ils se sont rendus par exemple trois jours au parc de la Mauricie. L'atelier «Tintin autour du monde» visait cet objectif. Les enfants ont travaillé individuellement ou à deux sur l'un des pays où Tintin s'est aventuré et ont ensuite présenté à la classe le résultat de leurs recherches.

Plusieurs domaines sont rattachés à cet atelier. L'univers social, certes, mais aussi le français et la mathématique, grâce à la conversion des devises par exemple. Pour le soir des présentations, les enfants avaient en outre concocté une recette typique du pays.

Motivation exceptionnelle

Les garçons, à qui l'on prête plus de difficultés ou moins de motivation, accrochent particulièrement dans la classe de Nathalie. Ils arpentent le monde de l'informatique avec passion, que ce soit du point de vue technique ou en tant qu'utilisateurs. Ils pénètrent les entrailles de tel ordinateur, connectent des boîtiers afin que leur robot soit capable de traverser le cratère de la planète Mars qu'ils ont étudié. Ils sont également capables de réaliser un diaporama PowerPoint avec une maîtrise à faire pâlir de jalousie plus d'un adulte. Mais au-delà de la maîtrise de l'outil, ils n'en doivent pas moins respecter les règles inhérentes à l'écrit, de la table des matières à la conclusion.

Outre les éléments de motivation liés à ce type d'enseignement, les enfants prennent conscience que l'univers qu'ils considèrent comme ludique est également un univers de travail. L'ordinateur n'est plus réservé au jeu, il devient un outil de travail. Si le monde du cinéma reste apparenté à l'imagination et au plaisir du spectateur, il révèle désormais une somme d'efforts considérable. «Les enfants prennent conscience de leur environnement car ils ont la possibilité de le découvrir à travers de multiples facettes.» Si, pour Nathalie Bédard, certains points comme l'évaluation pourraient être améliorés, la réforme pousse avant tout les enseignants à innover et à s'impliquer davantage. L'enseignement magistral ne convient pas à tous. Aussi, les différents types d'enseignement permettent d'atteindre une plus grande variété d'enfants. Il est vrai que l'investissement personnel lié au montage des projets est exigeant. En contrepartie, l'enseignante demande aux enfants de donner leur maximum, attente à laquelle ils semblent vouloir répondre.

Collaboratrice du Devoir


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