Dorval-Trudeau, aéroport chantier

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Clairandrée Cauchy
Édition du samedi 29 et du dimanche 30 juillet 2006

Mots clés :

Désuet, triste, clinquant... Des experts en design ne mâchent pas leurs mots à l'égard des nouvelles installations aéroportuaires

L'aire de restauration à l'étage des départs. «C'est aberrant de donner tout cet espace déambulatoire aux commerces, ça fait mercantile», critique Anne-Marie Broudehoux, professeure à l'école de design de l'UQAM. Manque d'espace, donc, pour les voyageurs en partance, note-t-elle, manque aussi de luminosité, «alors que les grands aéroports jouent beaucoup sur ces deux notions».

Photo: Jacques Nadeau

Comment faire du neuf avec du vieux? Voilà le défi auquel s'est attaqué Aéroport de Montréal (ADM) depuis la décision controversée de rapatrier à Dorval les vols internationaux en 1997, puis les vols nolisés en 2001. Pour quel résultat? Les experts ne sont pas unanimes.

Plus de 700 millions ont été dépensés ou sont sur le point de l'être pour faire de Dorval-Trudeau un aéroport international digne de ce nom. Depuis cinq ans ont notamment été construites une nouvelle jetée pour les vols internationaux et une autre pour les liaisons avec les États-Unis. Le bâtiment principal a été agrandi afin d'aménager de grandes salles d'embarquement. Les bureaux des douanes et de l'immigration ont été déménagés d'un sous-sol sombre vers une grande salle éclairée à la lumière du jour, ce qui a permis de pratiquement doubler le nombre de postes de douaniers.

L'aéroport est en chantier perpétuel depuis 2001. Aujourd'hui encore, le couloir qui sépare les arrivées des vols internationaux et les arrivées des vols intérieurs est parsemé de planches de contreplaqué qui cachent les rénovations. La construction de l'hôtel qui accueillera le siège social d'ADM, les douanes américaines et la gare de l'hypothétique liaison ferroviaire, a également commencé.

«Quand on a pris l'aéroport, peu de travaux avaient été faits depuis [sa] construction en 1961. On a pris un aéroport des années 1970 pour l'amener dans les années 2000. C'est beaucoup de travail. [...] Chaque fois qu'on ouvrait un mur, il y avait de l'amiante», indique une porte-parole d'ADM, Jacqueline Richard.

Verdict des experts en design? «Pour quelqu'un qui a beaucoup voyagé, on a l'impression d'arriver dans [un endroit] désuet, faussement clinquant, qui manque de sourire et d'audace. C'est beige et triste. [...] C'est un petit aéroport qui se veut international», tranche sur un ton polémique Frédéric Metz, professeur de design à l'UQAM. Il qualifie d'«horrible» la salle des arrivées où parents et amis viennent accueillir les voyageurs. «Le plafond est très bas, ce n'est pas du tout sympathique», observe M. Metz. Les bancs y sont rares et la porte semble bien petite lorsqu'un flot important de voyageurs s'y déverse.

Collègue de M. Metz à l'école de design de l'UQAM, Anne-Marie Broudehoux n'est guère plus tendre à l'égard du nouvel aéroport. «C'est une belle occasion manquée. Montréal a la prétention d'être une ville de design de calibre international. Concrètement, elle n'est même pas capable de se doter d'un aéroport international!», lance la professeure.

Aire de restauration

Mme Broudehoux est particulièrement critique au sujet de l'aire de restauration à l'étage des départs. Située en plein coeur du bâtiment principal, derrière les comptoirs de pré-embarquement, l'allée est bordée de restaurants et de commerces. Des terrasses ont été aménagées en plein centre. «C'est aberrant de donner tout cet espace déambulatoire aux commerces. Cela fait mercantile. En plus, il y a un manque flagrant d'espace et de luminosité, alors que les grands aéroports jouent beaucoup sur ces deux notions. Les gens vont être confinés dans des espaces restreints pendant plusieurs heures», critique Mme Broudehoux. Les passagers en partance et leur famille n'ont pas vraiment d'autre choix que cette cafétéria qui rappelle une foire alimentaire s'ils veulent passer un peu de temps ensemble avant de se dire au revoir. Il y a bien une petite salle d'attente discrète au deuxième étage, mais elle est désuète et les dossiers de plusieurs bancs sont déchirés. Là aussi, des rénovations sont en cours.

Chez ADM, on explique qu'on a sacrifié la lumière naturelle de l'aire de restauration lors de l'agrandissement de l'aéroport. En contrepartie, la zone où les passagers attendent leur vol est très vaste et bien éclairée. «De nos jours, avec les mesures de sécurité, les gens veulent être à leur porte d'embarquement le plus rapidement possible. Il a fallu changer la philosophie de l'aéroport pour accorder plus d'espace dans cette section, où il y a beaucoup de lumière», explique Mme Richard.

Selon les spécialistes, le quidam qui ne voyage pas souvent peut éprouver des difficultés à s'orienter dans l'aérogare. «La psychologie de l'aéroport est ratée, les gens ont de la difficulté à s'y retrouver», soutient Mme Broudehoux. Professeure en aménagement à l'Université de Montréal, Jacqueline Vischer constate elle aussi qu'il n'est pas aisé de trouver ses repères: «C'est difficile de se faire une carte cognitive de l'endroit. Peut-être parce que tout change tout le temps avec les travaux», avance-t-elle, en soulignant qu'il s'agit plus d'un problème d'organisation de l'espace que d'un problème de signalétique. À titre d'exemple, elle cite l'allée consacrée à la restauration, dont seul un simple pictogramme indique l'existence lorsqu'on entre dans l'aéroport.

Tous ne sont cependant pas aussi critiques à l'égard du nouvel aménagement. «Le design est bien fait lorsqu'on tient compte des limites de budget. Avec l'argent qu'ils avaient, ils ont fait un travail magnifique», soutient Poldma Tiiu de l'École de design industriel de l'Université de Montréal. Elle observe néanmoins que l'aire de restauration est particulièrement bruyante et peu confortable: «Mais après tout, le but d'un tel espace n'est pas le confort, c'est que les gens dépensent un peu et que les voyageurs poursuivent ensuite leur chemin rapidement.»

Longue marche et attente

Si chacun a un commentaire à faire sur le nouveau Dorval, il n'en demeure pas moins que, selon les sondages commandés par ADM, 96 % des usagers se disent très satisfaits des services de l'aéroport, soit 9 % de plus que l'année dernière.

La plupart des passagers interrogés à la sortie de l'avion notent l'amélioration des installations, en particulier la nouvelle jetée internationale ouverte l'an dernier. Deux points noirs sont cependant mentionnés: les distances à parcourir à pied et le temps d'attente aux douanes. «C'est bien plate, on marche beaucoup. C'est bien beau et propre, mais avec deux enfants, ce n'est pas pratique», commente Martine Nortman tout juste arrivée de Hawaï. Des tapis roulants ont pourtant été installés pour accélérer un peu le trajet dans les jetées.

L'attente aux douanes et les longues distances, combinées aux problèmes d'accessibilité de l'aéroport aux heures de pointe ont d'ailleurs convaincu Laurent Bourdeau de Québec d'éviter à tout prix de transiter par Trudeau. Le directeur du certificat en gestion du développement touristique de l'Université Laval préfère en effet passer par Moncton, Halifax ou Toronto lorsqu'il doit aller en Europe. «Un samedi soir, avec seulement trois postes de douanes ouverts, certains poussaient des jurons, et des gens ont d'ailleurs manqué leur vol de correspondance», raconte M. Bourdeau.

La vue de la salle des arrivées peut d'ailleurs être décourageante pour les passagers éreintés. Avant de s'y rendre en escalier roulant, les voyageurs l'aperçoivent en effet à partir d'une mezzanine. Ils ont ainsi droit à une vue directe sur la file d'attente de quelques centaines de mètres de long qui mène aux guérites des douaniers.

Chez ADM on reconnaît que les heures de grande affluence sont parfois difficiles, mais on s'empresse de renvoyer la balle à l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), «qui dispose de l'horaire de tous les vols», précise la porte-parole.

À l'Agence, on estime toutefois que les temps d'attente ne constituent pas vraiment un problème. «La norme de service de 20 minutes est généralement respectée», fait valoir le porte-parole Éric Paradis, soulignant qu'en moyenne 22 des 26 guérites sont ouvertes aux heures de pointe. «Si un gros porteur arrive avec 300 passagers et que deux autres suivent à 15 minutes d'intervalle, oui, il va y avoir des files d'attente», poursuit M. Paradis. Fait à noter, les nouveaux Airbus 380 d'Air France, qui comptent près de 600 passagers, devraient desservir Montréal à partir de 2008...

Passer de la jetée internationale à celle des départs intérieurs est aussi particulièrement long. «On n'a pas envie de payer 1500 $ pour des billets d'avion et d'être obligé de se taper une course pour prendre son vol avec le décalage horaire dans le corps», observe le professeur Laurent Bourdeau, à qui un préposé a récemment conseillé littéralement de «courir pour attraper [son] vol».

L'expert en tourisme qualifie la cure de beauté de Dorval-Trudeau de «raboudinage». «Dans le fond, on change quatre trente sous pour une piasse. Ce n'est pas mieux ni pire qu'avant», dit le professeur, convaincu que Montréal se fait de plus en plus damer le pion par Toronto, qui confirme sa position de plaque tournante du transport aérien. «Montréal est en train de devenir doucement un satellite pour Toronto», estime M. Bourdeau.


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heureux - par John Fooks (jofo2005@yahoo.com)
Le samedi 29 juillet 2006 12:00

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