Israël durcit sa guerre aérienne
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Conforté par l'échec de Rome, le gouvernement mobilise des réservistes. L'ONU est «choquée et bouleversée» mais ne condamne pas.

Photo: Agence Reuters
Les termes de cette déclaration ont été très adoucis par rapport aux premières versions, à l'insistance des États-Unis, ont indiqué les diplomates. Un paragraphe, qui condamnait toute attaque délibérée contre des employés de l'ONU, a ainsi été supprimé. Même chose pour un passage qui demandait que l'enquête sur le drame de Khiam soit menée conjointement par Israël et les Nations unies.
L'ambassadeur de la Chine à l'ONU, Wang Guangya, qui avait pris l'initiative de proposer cette déclaration, a exprimé sa satisfaction après l'adoption du texte à l'unanimité, tout en regrettant que celui-ci ait été «édulcoré». Il a aussi ajouté que «la frustration» ressentie lors de la négociation «demeurait». M. Wang a d'ailleurs eu des mots durs hier matin, critiquant les États-Unis qu'il rendait responsables du blocage. Il a même brandi la menace de représailles diplomatiques, notamment lors de négociations sur d'autres sujets brûlants comme le nucléaire iranien.
Cet échec onusien n'a pas surpris Fadi Hammoud, journaliste d'origine libanaise qui a travaillé au pays du Cèdre pendant 22 ans. «Les Libanais ne sont pas surpris parce que, dans l'optique du "nouveau Moyen-Orient" voulu par les États-Unis, personne ne peut défier l'hégémonie israélienne dans la région. Et pour Israël, le message est: je peux poursuivre mes opérations», a-t-il expliqué en entrevue.
Et le message a effectivement été reçu de cette façon par Tsahal, qui a estimé que l'échec de la rencontre de Rome constituait une légitimation de son action militaire destructrice, qui a déjà fait plus de 600 victimes du côté libanais, selon le ministre libanais de la Santé, Mohammad Khalifeh. «Hier [mercredi], lors de la conférence de Rome, nous avons reçu de fait la permission du monde -- la moitié en grinçant des dents, l'autre moitié en donnant sa bénédiction -- de poursuivre notre opération, cette guerre, jusqu'à ce que la présence du Hezbollah au Liban soit éradiquée et qu'il soit désarmé», a fait savoir le ministre israélien de la Justice, Haïm Ramon. Toutefois, Israël a décidé de ne pas étendre son offensive au Liban, après la perte de neuf soldats mercredi, préférant rappeler quelque 30 000 réservistes pour leur faire reprendre les entraînements.
Les propos de M. Ramon ont immédiatement été démentis par l'Union européenne (UE) et l'hôte italien de cette conférence internationale. S'exprimant au nom de l'Union européenne, le ministre finlandais des Affaires étrangères, Erkki Tuomioja, dont le pays exerce la présidence tournante de l'UE, a dénoncé «une interprétation totalement fausse» de l'issue de la conférence par Israël.
Un haut responsable américain se trouvait par ailleurs à Bruxelles hier pour discuter de la future force internationale pour le Liban, avec l'OTAN et l'Union européenne. Philip Zelikow, un des plus proches conseillers de la secrétaire d'État Condoleezza Rice, «a eu des conversations avec le secrétaire général de l'OTAN», Jaap de Hoop Scheffer, a déclaré un porte-parole du ministère américain des Affaires étrangères, Tom Casey. Ces entretiens sont consacrés à «l'élaboration et à l'organisation de la force internationale qui a été décidée à Rome», ainsi qu'à la composition de cette force internationale, a poursuivi M. Casey.
Même si une telle force «n'est pas pour demain», elle devrait venir prêter main-forte à la FINUL de toute urgence, selon Stéphane Pfister, qui a servi en 2001-02 en tant qu'officier humanitaire de la FINUL. «La FINUL ne peut absolument plus travailler. Elle ne peut pas partir et elle a de la difficulté à être ravitaillée», a-t-il expliqué au Devoir. Mais «les divergences demeurent très profondes» entre l'UE et les États-Unis sur la façon de procéder. «Je ne pense pas qu'on s'achemine vers une mission de maintien de la paix de l'ONU, mais plutôt vers une force dirigée soit par l'OTAN, soit par l'UE, ou encore par une coalition de pays volontaires», a jugé M. Pfister.
Et si, au final, «la mission sert seulement à protéger Israël, elle sera perçue comme une force d'occupation qui réduirait le Liban à une sorte de bande de Gaza, ce que les Libanais refuseraient», a estimé de son côté M. Hammoud. Ce qui ne ferait qu'empirer la situation, selon lui. Déjà, «l'absence d'une véritable paix a poussé certains à reprendre le chemin de la guerre, ce qui a isolé le gouvernement».
Pendant que la diplomatie piétinait, les frappes aériennes de l'État hébreu s'intensifiaient hier, avec quelque 120 raids dans la plaine de la Bekaa, dans l'est et le Liban sud, au coeur de la ville portuaire de Tyr et autour de Bint-Jbeil. Au moins 20 civils ont perdu la vie. Quelque 30 000 tonnes de pétrole se sont aussi déversées dans la Méditerranée et ont souillé les plages des environs de Beyrouth, après une attaque de Tsahal sur un dépôt de carburant.
Avec l'Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
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À la russe - par Claude L'Heureux (claude.lh@sympatico.ca)
Le vendredi 28 juillet 2006 17:00

