OMC: la libéralisation du commerce mondial compromise
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Photo: Agence Reuters
Néanmoins, les déclarations de plusieurs personnes proches des négociations au cours de la fin de semaine portent à croire qu'on s'est davantage rapproché d'une rupture complète que d'une entente dans ce blitz à six interlocuteurs, à savoir l'Australie, le Brésil, les États-Unis, l'Inde, le Japon et l'Union européenne. Par exemple, pour Kamal Nath, ministre indien du Commerce, les négociations sont «entre les soins intensifs et le crématorium». Celson Amorim, ministre brésilien des Affaires étrangères, a fait pour sa part ce commentaire: «C'est un revers majeur. C'est aussi près que l'on puisse l'être d'une catastrophe.» Ces deux pays ont joué un rôle influent au sein du G20, qui réclame une réduction de 54 % des barrières douanières agricoles alors que l'Union européenne offre 39 % et que les États-Unis disent vouloir éventuellement réduire les subventions à leurs propres producteurs, mais demandent une ouverture immédiate des marchés mondiaux.
Bref, les trois parties participantes à cet exercice de rapprochement en fin de semaine, soit l'Union européenne, les États-Unis et les économies émergentes, se sont accusées mutuellement de l'échec de cette rencontre à Genève. Peter Mandelson, négociateur et commissaire européen au Commerce, a déclaré que «les États-Unis ont été incapables ou n'ont pas voulu montrer la moindre souplesse sur la question des subventions agricoles». En revanche, pour les Américains, la responsabilité de l'impasse se trouve chez les partenaires qui ont cherché à protéger toute une série de produits agricoles sensibles de la baisse des droits de douane agricoles. Quoi qu'il en soit, une ONG britannique, Christian Aid, a lancé que cet échec est le fruit de «l'intransigeance égoïste des États-Unis et de l'Europe, dont les dirigeants devraient avoir honte».
Réaction canadienne
À Ottawa, les ministres David Emerson et Chuck Strahl ont exprimé la déception du gouvernement en soulignant que «le Canada demeure profondément attaché à l'OMC, la seule organisation internationale vouée à la promotion d'un commerce réglementé entre les pays». À Québec, Yvon Vallières, le ministre de l'Agriculture, des Pêches et de l'Alimentation, n'est pas loin de croire qu'il faudra encore quelques années avant d'en arriver à une entente. Cette impasse est peut-être, selon lui, une bonne occasion de repenser tout le processus, et on pourrait en arriver à penser que le modèle canadien de la gestion de l'offre serait une bonne solution.
Quel sera l'impact de cet échec? À court terme, c'est un coup dur pour le multiculturalisme et, par voie de conséquence, pour l'OMC. En revanche, il y a une possibilité de recrudescence des accords bilatéraux de libre-échange. On constate d'ores et déjà que les États-Unis cherchent à multiplier ces alliances en Amérique centrale et du Sud ainsi qu'avec le Japon et l'Europe. Le cadre bilatéral favorise particulièrement une grande puissance comme les États-Unis, comme on a pu le constater au Canada à plusieurs reprises et de façon criante dans le dossier du bois d'oeuvre. Comme le souligne Peter Morici, professeur d'économie à l'Université du Maryland, avec un échec du cycle de Doha, des pays importants comme la Chine, l'Inde et le Brésil n'auront pas grand-chose à gagner de nouvelles négociations avec les États-Unis et seront alors en mesure d'imposer des conditions onéreuses aux multinationales américaines. Celles-ci vont certainement mettre de la pression sur le président Bush pour qu'il négocie des ententes bilatérales avec ces pays. Il y en a d'ailleurs en cours avec la Corée du Sud, la Malaisie, Panama, les Émirats arabes unis et les cinq pays de l'Union douanière d'Afrique australe.
De son côté, M. Lamy n'a pas voulu jeter la pierre à qui que ce soit, mais il a reconnu que le Congrès américain tient la barre en matière commerciale aux États-Unis. Il a souligné que les pays membres de l'OMC sont soumis à des facteurs politiques dans chacun de leur pays. L'approche de plusieurs élections, notamment aux États-Unis et au Brésil, ne facilitera pas l'atteinte d'un consensus, a-t-il prévenu. Son mot de la fin pour l'instant: «Maintenant, c'est à la maison qu'il faut réfléchir. Savoir s'il faut payer un peu plus pour obtenir un peu moins, ça ne peut résulter que d'un travail intérieur».
Avec l'Agence France-Presse
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